Archives par mot-clé : Vertueux

Carte postale, collection particulière (détail).

Marthe Dupuy : chroniqueuse de genre ou de guerre ?

Quand les lecteurs de L’Ouest-Éclair découvrent, le 7 février 1916, le nom de Marthe Dupuy dans leur quotidien favori, signature d’une « chronique féminine » consacrée à l’enfance gâchée par la guerre – sous-entendu l’Allemagne, étant acquis que c’est elle qui en est responsable – rares sont sans doute ceux qui identifient cette poétesse, lauréate en 1904 du prix Sully-Prdhomme[1]. Aujourd’hui encore cette artiste reste très largement méconnue et même l’Académie française, qui lui décerne en 1951 le prix Saint-Cricq-Theis n’est guère prolixe à son propos. Mais il n’en demeure pas moins que la série d’articles que cette femme publie dans L’Ouest-Éclair au cours de l’année 1916 – enrichie d’une contribution supplémentaire en avril 1917[2] – fournit matière à bien des réflexions à qui s’intéresse à l’histoire de ce quotidien pendant la Grande Guerre. Dans un article publié au début des années 2000, l’historien D. Guyvarc’h a montré combien les éditoriaux que Marthe Dupuy signe pour L’Ouest-Éclair relèvent d’une certaine ambiguïté sur le fond, et participent en définitive d’une véritable division sexuelle du travail journalistique[3]. Néanmoins, les progrès de l’historiographie d’une part, de la numérisation de cette source d’une extraordinaire richesse d’autre part qu’est la presse, permettent sans doute de proposer une analyse plus nuancée. Il est à cet égard notable que le titre de « chronique féminie » employé le 7 février 1916 pour introduire son propos n’est employé… qu’une seule fois.

Continuer la lecture de Marthe Dupuy : chroniqueuse de genre ou de guerre ?

Sylvain Trouillard : haro sur Gambetta !

Présenté comme étant le récit de la campagne d’un Volontaire de l’Ouest pendant la guerre de 1870-1871, ce texte né de la plume de Sylvain Trouillard est en réalité bien plus que cela[1]. Sous la forme d’un classique récit de campagne, ces pages tiennent autant de l’historique régimentaire – celui des Zouaves pontificaux – que de l’acte d’accusation fournissant par la même occasion une explication de la défaite. Mais, malheureusement desservie par un appareil critique singulièrement insuffisant, cette édition ne guide pas suffisamment le lecteur et après avoir refermé cet ouvrage, au demeurant passionnant, il faut bien avouer qu’il demeure un certain nombre de questions qui restent sans réponses.

Continuer la lecture de Sylvain Trouillard : haro sur Gambetta !

À propos de la peur du maquis

Le maquis est un lieu particulièrement ambivalent pour qui s’intéresse à la Seconde Guerre mondiale. Associé aux FFI et à la Résistance, il est le vecteur d’un discours glorificateur qui peine toutefois à passer sous silence certaines représentations plus ambivalentes, quand elles ne sont pas franchement ambigües, celles de « maquis noirs », voire même de « faux maquis »[1]. Mais, lorsqu’appréhendé par le prisme de l’occupant, et donc de la dramatique politique de répression de la Résistance qu’il exerce, le maquis recouvre une image plus univoque, celle d’un repère de bandits, de hors-la-loi et de combattants irréguliers. Bien entendu, cette grille de lecture, qui relève bel et bien d’une véritable culture de guerre, est tout à la fois détonateur libérant les pulsions meurtrières et justification, une fois les troupes du Reich défaites et anciens occupants confrontés à Thémis. Mais il apparaît néanmoins opportun de s’intéresser aux racines de cette représentation mentale, démarche qui conduit à prêter attention à un éditorial, non signé, intitulé « À propos des attentats » et publié en première page de l’édition du 6 novembre 1943 du Progrès du Finistère[2].

Continuer la lecture de À propos de la peur du maquis

Quelques réflexions sur l’indexation collaborative à partir de la prosopographie d’un régiment dans la Grande Guerre

J’ai eu l’honneur et le privilège d’être invité par la Caverne du Dragon et F. Viltart à participer à une journée d’études intitulée 14-18 sur le web : Archives en ligne & généalogie. À cette occasion, j’ai pu revenir sur l’expérience accumulée au cours de ma thèse sur deux types d’archives, la fiche de mort pour la France d’une part, la fiche matricule de recrutement d’autre part. Ceci m’a permis de revenir sur le manque fondamental d’intérêt que porte l’histoire académique à ces sources, la discipline tendant à privilégier l’histoire de la guerre au détriment de celle des armées. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’indexation collaborative – celle engagée par le défi 1 jour 1 poilu pour les fiches de morts pour la France mais aussi les programmes en cours se rapportant aux fiches matricules de recrutement – échappe complètement à la recherche universitaire, quand bien même celle-ci se piquerait d’humanités dites numériques. Pourtant, il y a là une pratique nouvelle qui, à mon humble avis, doit intéresser les sciences sociales bien au-delà des éventuelles retombées historiographiques qu’il y a en attendre.

Continuer la lecture de Quelques réflexions sur l’indexation collaborative à partir de la prosopographie d’un régiment dans la Grande Guerre

Salut à la Russie (détail), vignette publicitaire. Collection particulière.

L’armée au secours de LU ? À propos de sensibilité militaire

Dans la nuit du 4 au 5 mai 1888, l’usine de biscuits Lefèvre-Utile située en plein cœur de Nantes, juste en face du château, est ravagée par les flammes. Comme on pouvait s’y attendre, ce fait divers fait l’objet d’un abondant traitement journalistique constituant, pour l’historien, un matériau précieux. En effet, les articles publiés à cette occasion montrent la part importante prise par l’armée dans ce combat contre les flammes. Ce faisant, c’est sans doute un des ressorts de la sensibilité militaire qui se dévoile en cette occasion.

Continuer la lecture de L’armée au secours de LU ? À propos de sensibilité militaire