Archives par mot-clé : Sportif

Pierre Lecerf, la FNACA et les racines du handisport

En tant qu’expérience sociale, le port de l’uniforme n’est pas sans témoigner d’un certain nombre de paradoxes. On ne compte plus les discours antimilitaristes assimilant la caserne à un lieu de perdition, où les conscrits sombrent dans une véritable faillite morale et cherchent volontiers à trouver le réconfort dans la dive bouteille[1]. Ancien saint-cyrien breveté mais démissionnaire et entré en politique, Adolphe Messimy en est un bon exemple. Dans le cadre des débats autour de la loi portant le service militaire à deux ans, finalement adoptée le 9 décembre 1905, il fustige ces casernes qui ne remplissent pas suffisamment leur rôle d’éducateur et « où les soldats, restés trop longtemps sous les drapeaux, s’apparentant à des soldats de métier qui ne font guère autre chose que de traîner leurs guêtres de cantines en cantines, de cabarets en cabarets, livrés à l’ oisiveté déprimante de la vie en garnison »[2].  Dans un autre genre, on connaît aussi les discours bretonistes imputant aux tranchées l’apprentissage de la boisson, manière de suggérer que l’uniforme, donc la France, rend alcoolique. Or le fait est que la caserne est non seulement un haut lieu d’éducation physique, nécessités de l’instruction obligent, mais que l’armée est un acteur méconnu de développement du sport de haut-niveau en France. Des disciplines comme l’escrime ou l’équitation ont d’ailleurs directement à voir avec « l’art de la guerre ». Mais celle-ci n’est également pas sans dommages sur les corps, plus encore au XXe siècle où l’industrialisation de la bellicosité mutile massivement les corps. L’exemple de Pierre Lecerf, blessé en Algérie en 1955 après avoir fait ses classes à Nantes et adhérent de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA), montre combien le monde combattant est un acteur méconnu du développement du sport paralympique, ce même jusqu’à rapporter des Jeux de Tokyo une médaille d’argent en tir à l’arc.

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Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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Portrait de Charles Frédouër publié le 10 octobre 1906 dans L'Ouest-Eclair. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Charles Frédouët et les racines ouvrières de l’UNC

Canoniquement, il est d’usage de faire remonter la naissance de l’Union nationale des combattants à l’alliance de deux hommes : le révérend-père Daniel Brottier d’une part, le Président du Conseil et ministre de la Guerre Georges Clemenceau d’une part. Un tel récit place donc la création de cette association dans le sillage de l’Union sacrée – d’où d’ailleurs la devise de l’UNC, « unis comme au front » – mais aussi des célèbres propos du Tigre affirmant à la tribune de la Chambre le 20 novembre 1917 : « Ces Français que nous fûmes contraints de jeter dans la bataille, ils ont des droits sur nous ». Il n’est pas difficile de voir combien il y a là, d’une part, une habile fiction politique faisant fi du secteur déjà très concurrentiel des associations dédiées à la préservation des « intérêts matériels et moraux des anciens combattants et victimes de guerre », pour reprendre la formule consacrée, d’autre part un narratif éminemment vertical dont on peut se demander s’il n’est pas, d’une certaine manière, un écho des organisations éminemment hiérarchisées que sont les armées et l’Église[1]. Il est intéressant de remarquer que ce ruissèlement syncrétique est répliqué au niveau départemental. En Ille-et-Vilaine, bastion traditionnel de l’UNC, le comité de patronage de la section rennaise regroupe ainsi en 1919 le général Antoine Baucheron de Boissoudy commandant la 10e région, le maire du chef-lieu du département Jean Janvier (par ailleurs officier de réserve), des parlementaires (Alexandre Lefas, Robert Surcouf, René Brice…), le cardinal René Dubourg évêque de Rennes ainsi que des représentants des deux quotidiens rivaux, l’abbé Félix Trochu pour L’Ouest-Éclair et Eugène Delahaye pour le Nouvelliste de Bretagne[2]. Mais cette manière de voir a l’inconvénient de jeter dans l’ombre un homme, Charles Frédouët, dont l’action pour l’implantation de l’UNC est d’autant plus remarquable qu’elle franchit allègrement, grâce au pouvoir de la presse moderne, les frontières de l’Ille-et-Vilaine.

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Marketer la Bretagne : une petite histoire (militaire) entre romantisme et culture de masse

La marque Bretagne est de création récente. Si l’on s’en tient au récit diffusé sur le site officiel de cette enseigne, l’idée de « brander » cet espace émerge manifestement au cours des années 2000, quand la région éponyme « constate que l’économie et le tourisme ont des enjeux et des problématiques communs liés à l’identité de la Bretagne et à son attractivité ». En d’autres termes, il s’agit là d’une politique publique de communication qui s’insère à la fois dans une réalité décentralisée et dans une économie résolument connectée puisque le constat de départ est celui d’une concurrence désormais mondialisée entre « territoires ». Pour autant, ceci ne signifie pas que la Bretagne ne soit pas, et ce depuis fort longtemps, un élément essentiel de communication. Ainsi, au XIXe siècle, elle est à la fois le support de discours publicitaires destinés à vendre des produits de grande consommation comme du savon, des huitres, du thon en boite, des bicyclettes, de l’eau-de-vie, des briquettes allume-feu pour le chauffage ou encore du vin sans oublier des biscuits – que l’on songe par exemple à Lefevre Utile – et l’objet même de cette stratégie dans le cadre de campagnes de promotion de ce que l’on ne nomme pas encore le tourisme – la massification induite par la « civilisation des loisirs » apparaissant avec la seconde moitié du XXe siècle n’est pas encore advenue – mais la villégiature.

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Marcel Landegren : fantassin et footballeur

Le nom de Marcel Landegren, pour l’état-civil, son patronyme étant usuellement écrit Landgren, n’est pas le plus connu des sportifs bretons. Seuls les plus fins connaisseurs de l’histoire du Stade rennais se rappellent qu’il en est le président en 1938, alors que le club traverse une profonde crise financière et qu’il n’est pas nécessairement l’institution solide et synonyme d’excellence que l’on connait aujourd’hui. Mais, paradoxalement, c’est sous les couleurs d’une autre équipe, beaucoup moins célèbre, que le parcours footballistique de Marcel Landegren nous intéresse, l’Union sportive servannaise. En effet, avec ce maillot, le malouin mène une carrière d’autant plus intéressante qu’elle met en lumière le rôle d’un acteur assez inattendu : l’institution militaire. En effet, on y découvre un acteur d’autant plus surprenant du marché des transferts qu’il est manifestement décisif : le 47e régiment d’infanterie de Saint-Malo.

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La sensibilité militaire pour saisir l’antimilitarisme

Publié aux Éditions de la Sorbonne sous la direction de É. Fournier et d’A.-D. Houte, cet ouvrage collectif consacré à l’antimilitarisme en France du XIXe siècle à nos jours est un curieux volume[1]. Réunissant quantité de chercheuses et chercheurs de renom et regroupant une cinquantaine de notices synthétiques, ce livre est de ceux qu’il faut connaître tant il est évident qu’il s’imposera dans les années à venir comme une référence bibliographique difficilement contournable même si, et c’est là le grand paradoxe, il me semble échouer à faire le tour de son – il est vrai fort vaste – objet, faute d’une approche conceptuelle adéquate. Mais, rappelons-le avec force, cette réserve d’importance ne doit en aucunement amener à faire l’impasse sur cette lecture.

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Photographie publiée dans l'édition du 17 juillet 1939 de L'Ouest-Eclair et légende ainsi : "Les gymnastes défilent devant la tribune officielle".

Gymnastique, musique et nationalisme banal à Vitré (juillet 1939)

Conservé par la Cinémathèque de Bretagne, le film d’un certain Guiot – artiste dont on ignore par ailleurs tout – intitulé « Revue locale cinématographique – Vitré Guiot – 1939 » nous offre une passionnante plongée dans l’édition 1939 du « Concours de gymnastique et de musique » organisée en cette ville. Il s’agit d’une archive d’un grand intérêt qui nous montre combien l’armée en tant qu’institution est présente dans la vie quotidienne desBili Bretons d’alors, l’institution participant d’un véritable « nationalisme ordinaire». Forgé par le sociologue anglais M. Billig, ce concept n’a été que peu mobilisé par la discipline historique alors que, manifestement, il est riche de nombreuses promesses[1]. En effet, le « nationalisme ordinaire » n’est pas celui qui s’exprime dans les pages de L’Action française ou que l’on pourrait observer, par exemple, à l’occasion d’une réunion des Croix de feu[2]. C’est celui beaucoup plus discret de rues pavoisées, de porte-drapeaux de clubs sportifs, de membres de sociétés de tir et de préparation militaire et bien entendu d’une musique régimentaire défilant clairons et tambours en tête… Soit autant d’éléments clairement identifiables dans le film de Guiot conservé à la Cinémathèque de Bretagne. Dans ce cadre, et c’est pour cela que le concept forgé par M. Billig offre un cadre particulièrement stimulant de réflexion, l’institution militaire tient bien évidemment un rôle essentiel. Certes, ceci n’a rien d’étonnant quand on sait que, dans cette seconde moitié des années 1930, même une bien innocente Fête des fleurs accorde une place éminente à l’uniforme. Pour autant, ici, à Vitré, le contexte influe assurément sur l’événement, jusqu’à lui conférer une portée mobilisatrice qui en fait un objet d’histoire particulièrement intéressant.

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