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Saisir la Grande Guerre en couleurs : un défi pour l’historien

Cette anecdote résume bien le paradoxe des couleurs de la Grande Guerre. Conseiller scientifique pour un documentaire prévu pour être diffusé en prime time à l’occasion du 11 novembre 2024, j’ai vite saisi que la colorisation des archives s’imposait. La chaîne refusait en effet de proposer un film en noir et blanc à une heure de grande écoute, et cette contrainte était déjà acceptée par toute l’équipe de production. Restait donc à retrouver les couleurs de la Grande Guerre — une tâche bien plus ardue qu’il n’y paraît. Profitons d’ailleurs de l’occasion pour avancer l’idée que cette question est vraisemblablement très largement périmée puisqu’il est probable que l’injonction se pose en des termes très différents aujourd’hui. En effet, la réticence de l’historien – car ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’un être structurellement réticent ! – porte probablement moins en 2026 sur la colorisation d’images que sur leur génération par une intelligence artificielle. Or, là encore, sans doute faut-il faire preuve de souplesse et se garder de tout rejet a priori de l’innovation, sauf à vouloir tomber absolument dans le piège de l’illusion technologique. L’historiographique de la Grande Guerre montre en effet combien la nécessaire illustration du conflit par et pour les organes de presse de l’époque pose déjà les termes d’une équation autrement plus complexe que la simple dichotomie « vrai / faux » pour faire intervenir des termes tels que « vraisemblable » ou « plausible »[1]. C’est dire donc si la question des couleurs doit être appréhendée dans un spectre éminemment subtil et qui, surtout et contrairement à ce que l’on veut trop souvent penser, n’a rien d’inédit.

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Gardes mobiles (1868), image d'Epinal (détail). Collection Musée de Bretagne : 2013.0000.120.

A la recherche de l’invisible vétéran : Léon Jamin

Léon Jamin n’est probablement pas le plus connu des hommes politiques nantais. Né à Angers le 27 janvier 1845 et décédé le 20 janvier 1920 en cette même ville, il est pourtant une figure marquante de la Cité des Ducs. Centralien, capitaine d’industrie, conseiller municipal puis adjoint au maire de 1888 à 1919, Président du Conseil général de Loire-Inférieure de 1898 à 1919 et officier au 29e régiment de mobiles du Maine-et-Loire pendant la guerre de 1870, Léon Jamin est assurément l’homme de plein de vies. Mais le fait est que son engagement au cours de « l’année terrible » n’est quasiment jamais mentionné par les nombreuses nécrologies qui sont publiées à son décès. Il est vrai que sa mort, subite, prend manifestement les rédactions de court. Toutefois, il semble que cette amnésie n’est pas que la conséquence des contraintes journalistiques liées à son décès mais témoigne au contraire d’une page qui se tourne et, pour le dire autrement, du refroidissement (définitif ?) de la mémoire de la guerre de 1870[1].

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Le Pacifique : espace de détotalisation de la Grande Guerre ?

L’ouvrage que fait paraître M. Reynaud chez Passés Composés, volume portant sur la Première Guerre mondiale dans l’espace Pacifique, est de ceux qu’il faut connaître tant la bibliographie disponible sur ce conflit dans cette partie du monde est lacunaire[1]. Cette référence s’imposera donc, à n’en pas douter, comme un manuel indispensable à quiconque souhaite travailler sur cette partie du globe : chercheurs patentés, étudiants ou simples curieux y trouveront leur compte. Mais il n’est pas interdit de penser que ce livre parviendra à toucher un public beaucoup plus vaste tant, en définitive, il invite à se poser un certain nombre de questions qui dépassent très allègrement l’espace Pacifique.

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