Archives par mot-clé : Sang-froid

Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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Détail de la fiche matricule de recrutement. Arch. dép. I&V : 1 R 2182.1619.

Albert Henry : « intrépide et brave » fantassin du 47e RI

J’avais croisé dans le cadre de la thèse de doctorat que j’ai consacré au 47e régiment d’infanterie (RI) de Saint-Malo pendant la Première Guerre mondiale la figure d’Albert Henry mais n’avais pas outre mesure détaillé son parcours. De manière assez contre-intuitive, c’était d’ailleurs moins sa trajectoire militaire que son milieu social d’origine qui avait attiré mon attention. En effet, celui qui est alors sergent, est présenté au printemps 1916 par le périodique malouin Le Salut comme étant « le fils de Mme Henry, propriétaire du magasin Aux marins bretons, rue Broussais à Saint-Malo »[1]. Mais, sollicité il y a peu par des descendants de ce fantassin, je me suis plongé plus précisément sur un parcours qui s’est révélé aussi riche qu’instructif malgré la maigreur des sources disponibles. En effet, si l’on fait exception d’une – par ailleurs plutôt dodue – fiche matricule de recrutement, c’est bien la disette documentaire qui règne en maîtresse. Il est vrai que le patronyme de cet individu n’aide pas et rend inutile le recours à la presse via la reconnaissance optique de caractères : entre une marque de « pâtés de foie gras » et le concepteur d’un modèle de canot de sauvetage, les occurrences sont trop nombreuses pour qu’un tel outil puisse être d’un quelconque secours[2].

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Vue panoramique de l'hôtel de la préfecture du Morbihan à Vannes (carte postale, début du XXe siècle). Musée de Bretagne : 970.0049.13949.

A propos de l’arrivée en Morbihan d’Alfred Roth (1909)

Aujourd’hui, le nom d’Alfred Roth n’évoque plus grand-chose. Seuls quelques érudits se rappellent que ce préfet du Morbihan trouve la mort pendant la bataille de la Somme, en tant que sous-lieutenant du 69e RI. C’est donc d’une figure du sacrifice pour la patrie dont il s’agit. Là est d’ailleurs le sens du buste qui est réalisé en son honneur à la fin de la Grande Guerre et qui, un siècle après les faits, trône toujours dans une des salles de la préfecture, à Vannes. Mais, la mémoire étant autant outil politique du temps présent qu’organisation de l’oubli, cette mise en lumière de cette glorieuse mort au champ d’honneur a aussi pour corollaire de plonger dans l’ombre l’action de ce représentant de l’État et, pour ce qui nous intéressera ici, la haine difficilement imaginable suscitée par l’arrivée de ce haut-fonctionnaire en Morbihan. En témoigne la presse, essentiellement morbihannaise, de la seconde partie de l’année 1909.

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Bristol adressé le 22 novembre 1917 par Joseph de Gouyon de Coipel au préfet du Morbihan (détail). Arch. dép. Morbihan : 3 M 293.

De l’art de (ne pas) raconter sa guerre : Joseph de Gouyon de Coipel

On ne dira jamais assez combien la sérendipité est chose absolument nécessaire quand on fait de la recherche[1]. Certes, il faut savoir terminer des dépouillements et achever une rédaction, tout particulièrement dans cet exercice rempli de figures imposées qu’est la thèse. Mais il faut aussi savoir lâcher prise, se laisser porter par les sources et les trouvailles glanées au hasard de cartons dont le contenu s’est différant de qui avait été subodoré au moment de la commande en salle de lecture. C’est précisément ce qui m’est arrivé alors que je travaillais sur les séances des Conseils d’arrondissement du département du Morbihan au lendemain de la Première Guerre mondiale. Dans une liasse, cotée 3 M 293, je suis tombé sur un carton de correspondance produit par le comte Joseph de Gouyon de Coipel, député du Morbihan, et adressé au préfet de ce même département. En quelques lignes, datant de la fin de l’année 1917, l’élu s’explique sur sa situation militaire et peine, à dire vrai, à masquer l’embarras qui semble être le sien. Face à une telle archive, difficile de ne pas commencer à cogiter…

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Saisir la Grande Guerre par les conseils d’arrondissement

Instance méconnue, le conseil d’arrondissement offre un regard particulièrement intéressant, car largement inédit, sur la Grande Guerre. C’est ainsi par exemple qu’en Morbihan, département où les archives laissées par cette assemblée sont pourtant très riches, le conseil d’arrondissement est complètement ignoré par la grande synthèse publiée à l’occasion du centenaire, en 2014[1]. Or l’expérience montre qu’il y a là un moyen de saisir finement le conflit, que cela soit du point de vue de sa temporalité ou de quelques fronts intérieurs qui émergent avec le déclenchement des hostilités[2]. Notons néanmoins, en préambule, que les différents conseils d’arrondissements du département du Morbihan sont inégalement documentés, les fonds étant assez disparates suivant que l’on se trouve à Lorient et Vannes, ou Pontivy et Ploërmel où les archives sont moins bien conservées. Il n’en demeure pas moins qu’il y a là des cartons d’autant plus alléchants qu’ils ne sont quasiment, ou presque, jamais dépouillés.

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Une histoire méthodique d’Alliance

Osons ici l’idée qu’il y a des histoires plus difficiles que d’autres à écrire, celle des organisations clandestines et notamment des réseaux de Résistance comptant assurément parmi les plus ardues. C’est précisément le sentiment qui reste dans la bouche du lecteur après avoir lu les plus de 600 pages de la monographie d’Alliance que G. Caraes publie aux Editions Ouest-France, volume touffu et dense qui ne manquera pas d’être utile aux historiens de la Seconde Guerre mondiale, aux prosopographes en particulier, mais qui peinera sans doute à dépasser le statut – déjà fort honorable par ailleurs – de précieux outil de travail[1].

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Carte d'invalidité (détail). Collection particulière.

Georges Voisin : caractère difficile ou capital de négociation ?

On ne cessera pas de dire combien la fiche matricule de recrutement est une source particulièrement complexe et posant bien des questions devant demeurer, malheureusement, trop souvent sans réponse. C’est ce que montre celle, conservée aux Archives départementales des Côtes d’Armor, de Georges Voisin, célèbre militant socialiste de la région de Guingamp et pilier dans les années 1920-1930 d’En Avant, non moins célèbre société sportive réputée notamment pour ses résultats en football[1].

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La Bretagne dans « l’année terrible » : un essai de géographie

La séquence 1870-1871 est marquée par de grands mouvements : ceux des troupes pendant la guerre franco-allemande mais aussi ceux de nombreux séismes politiques, de la chute de l’Empire à la proclamation de la République, en passant par la Commune de Paris. Bien souvent, à en croire la vulgate mémorielle, la Bretagne apparaît en périphérie de ces dynamiques, immobile comme ces soldats englués dans la boue du camp de Conlie. Pourtant, c’est une toute autre géographie qui émane des archives, la péninsule armoricaine n’étant nullement exclue de « l’année terrible », bien au contraire. La mémoire n’est pas l’histoire et le souvenir associé à la Bretagne pendant la séquence 1870-1871 – grille de lecture bien souvent orientée et focalisée sur le seul camp de Conlie – ne saurait résumer la période. Si aucun combat ne se déroule dans la péninsule armoricaine, la région est au premier rang de bien des mouvements de troupes tout en constituant une sorte d’arrière jugé relativement sûr : en témoignent les bijoux de la Couronne impériale et les trésors du Musée du Louvre entreposés par mesure de sécurité à Brest. Dès lors, c’est l’image d’un espace à la fois en périphérie mais en même temps parfaitement connecté à la succession des événements qui se dévoile. Le propos n’est donc pas ici d’esquisser l’histoire de la Bretagne, des Bretonnes et des Bretons pendant la fort complexe séquence 1870-1871 mais, plus modestement, de tenter un état des lieux, une sorte de tableau nullement exhaustif de la péninsule armoricaine pendant cette période et de montrer, ce faisant, combien elle s’insère dans l’histoire globale de « l’année terrible »[1].

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