Archives par mot-clé : Saint-Maixent

Le capitaine Pierre Herambourg, instructeur de la guerre d’avant ?

Le quotidien catholique La Croix annonce, dans son édition du 19 octobre 1916, la mort du chef de bataillon Herambourg[1]. Cet officier succombe en effet quelques jours plus tôt, le 28 septembre 1916, à ses blessures, au Quesnel, dans la Somme[2]. Un tel article constitue une source intéressante à plus d’un titre. En effet, cette nécrologie montre combien l’Église met en avant « ses » morts pendant le conflit, en d’autres termes expose La Preuve du sang de manière à contrer la « rumeur infâme ». Il est ainsi bien rappelé que le défunt est avant le conflit engagé au sein d’une association familiale catholique et, plus encore, qu’il est le frère du « R.P. Prieur de la Trappe de Bricquebec ». Ce faisant, et à rebours d’une « Union sacrée » qui ne doit pas leurrer, il s’agit de suggérer que l’effort de guerre est moins mené par Marianne que par la « fille aînée de l’Eglise ». Il est à cet égard intéressant de noter que, d’après une citation d’un officier – anonyme – reproduite dans ce journal, c’est à son « pays » que se consacre ce militaire de carrière, pas à la République… Mais cette grille de lecture très politique en appelle également une autre, plus strictement militaire cette fois-ci. Car la trajectoire de cet officier est aussi celle d’un individu qui, effectuant toute sa carrière au 47e RI, et même un peu plus du reste, sort du rang jusqu’à devenir officier supérieur et connaître une réussite qui n’est pas sans faire songer… à la méritocratie républicaine.

Continuer la lecture de Le capitaine Pierre Herambourg, instructeur de la guerre d’avant ? →
Carte postale (détail). Musée de Bretagne : 980.0018.2102.

La fable de la langouste et du 219e RI

Dans son édition du 31 octobre 1914, le quotidien catholique breton L’Ouest-Eclair publie un intéressant article intitulé « La langouste du 219e »[1]. Non signé, ce « fait divers de guerre »[2] a, à première vue, tout du « bourrage de crâne » et de l’anecdote insignifiante : grâce à un fantassin obèse, un certain Le Goaziou, les réservistes du 219e RI de Brest peuvent déguster alors qu’ils sont aux tranchées des huitres ainsi qu’une langouste. Mais pour qui sait le lire, ce texte se révèle être en réalité un propos d’une grande subtilité et un fascinant objet d’histoire.

Continuer la lecture de La fable de la langouste et du 219e RI →

Le 19e RI a désormais son Maurice Genevoix : Joseph Vincent

L’écriture de l’histoire est impossible sans archives. Ceci implique que celles et ceux qui s’adonnent à cette discipline aient une grande proximité avec les archivistes, bien entendu, mais aussi avec les conservateurs de musée : autant de professions susceptibles d’alimenter la réflexion grâce à de la matière première inédite. On sait d’ailleurs que ces deux corps de métiers répondent, aux côtés des enseignants-chercheurs, à la définition de l’historien « de métier » telle que posée par P. den Boer[1]. Il est toutefois une autre profession à qui les historiens, et notamment ceux de la Première Guerre mondiale, doivent énormément, c’est celle d’éditeur. Que serait en effet l’historiographie de la séquence 1914-1918 sans les milliers de témoignages qui, publiés dans le sillage des carnets de Louis Barthas, sont venus alimenter de vives controverses sur le statut du témoin, réactivant soit dit en passant les polémiques initiées à partir de la fin des années 1920 par Jean-Norton Cru ? Pas grand-chose assurément. Parmi ces éditeurs passionnés, militants de la mémoire mais aussi acteurs essentiels de la discipline historique, il y a Yann Prouillet, fondateur et directeur d’Edhisto, une belle maison dotée d’un riche catalogue et qui continue, contre vents et marées, à sortir des nouveautés intéressant la Grande Guerre… mais aussi la Bretagne. Tel est le cas de ce volume de textes dus à Joseph Vincent, vosgien passé par le 106e RI et le 19e RI[2].

Continuer la lecture de Le 19e RI a désormais son Maurice Genevoix : Joseph Vincent →

Couverture de ROUSSET, commandant Léonce, Histoire populaire de la guerre de 1870-1871, Paris, La Librairie illustrée, sans date (détail).

A propos d’une histoire populaire… de la guerre de 1870-1871.

Malgré le succès rencontré ces derniers mois par M. Zancarini-Fournel, G. Noiriel ou par A. Croix, G. Guillaume, D. Guyvarc’h et T. Guidet avec leurs « histoires populaires » respectives, force est de constater que cette expression n’est pas neuve[1]. En témoigne notamment un volume célèbre, L’Histoire populaire de la guerre 1870-1871, publié vraisemblablement au mitan des années 1890 par le commandant Léonce Rousset, alors professeur à l’Ecole de guerre[2]. Mais reste une question qui demeure entière : qu’est-ce au juste que l’histoire populaire ? En nous basant sur l’exemple particulier que constitue cet ouvrage sans pour autant nous livrer à un exercice exégétique, nous tenterons d’avancer ici quelques éléments de réponse et pistes de réflexion.

Continuer la lecture de A propos d’une histoire populaire… de la guerre de 1870-1871. →
Couple de sonneurs du 73e RIT en couverture de L'Illustration du 3 juillet 1915 (détail). Musée de Bretagne: 983.0044.1.

Les binious du 73e RIT

Si le rôle effectif du colonel Paul-Prosper Vermeil de Conchard dans la création de la clique de binious du 48e RI au début des années 1900 reste encore nébuleux, le personnage essentiel de cette histoire semblant avoir été le capitaine Henri Miche de Melleray, l’implication du colonel Aymar Quengo de Tonquédec dans la mise en place, 15 ans plus tard, de celle du 73e RIT ne semble en revanche pas faire de doute. Publié en 1931 dans la revue An Oaled dirigée par Taldir Jaffrennou, le témoignage de Jacques Moreau de Bellaing est à cet égard particulièrement explicite : « Cette fanfare a été créée en Belgique en 1915 sous les auspices du Colonel de Tonquédec et les instruments ont été offerts à la suite de dons d’officiers ou de veuves d’officiers du régiment de la 87e division »[1].

Continuer la lecture de Les binious du 73e RIT →