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Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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Portrait de Mgr Jean-Marie Bécel figurant en l'église Saint-Pierre de Béignon (Morbihan), détail. Wikicommons.

Ultramontanisme et guerre de 1870 : réflexions morbihannaises

Dans la thèse qu’elle consacre à Alcime Gouraud, évêque de Vannes, C. Picaud insiste sur l’ultramontanisme très fort en Morbihan, sentiment implanté dans ce département dès le XIXe siècle et tant parmi les laïcs que le clergé :

« Ce dernier n’est d’ailleurs pas seul à manifester ses sentiments ultramontains. Par leur contribution financière (denier de Saint-Pierre) et surtout par leur engagement militaire (zouaves pontificaux), les laïcs morbihannais témoignent de leur attachement au Pape. Avec 154 sous-officiers et soldats engagés pour la délivrance de Rome, le Morbihan se place au troisième rang des départements de l’Ouest, derrière la Loire-Inférieure (300) et l’Ille-et-Vilaine (167). Le contingent de 150 élèves envoyé par le collège Saint-François-Xavier de Vannes fit dire à Pie IX : ‘Le collège Saint-François-Xavier de Vannes….[1] Ah ! De tous les collèges de France, c’est celui qui m’est le plus cher, car aucun ne m’a donné autant de défenseurs’. Il est aisé de comprendre quel cruel dilemme le ralliement devait poser à ces catholiques morbihannais, aussi royalistes qu’ultramontains, d’autant plus royalistes que la République s’identifiait à la législation laïque. »[2]

Cette fidélité au Pape n’est du reste pas une spécificité morbihannaise, ni même bretonne d’ailleurs, comme le rappelle M. Launay dans un article paru en 1983 dans les vénérables Annales de Bretagne. Cette proximité avec Rome et les états pontificaux est même une caractéristique qui s’observe dans tout l’Ouest de la France et qui s’explique par le fait que l’auguste cité « devient la ville sainte par excellence, à cause bien sûr des souvenirs des premiers chrétiens, mais aussi parce qu’elle présente le bastion de la foi contre l’impiété moderne et le siège de la souveraineté de Jésus-Christ incarnée par le successeur de Pierre »[3]. Dès lors, la concrétisation de l’unité italienne à la faveur de la guerre franco-allemande de 1870 et au détriment du Vatican a-t-elle des répercussions en Bretagne, et pour ce qui concerne ces lignes, en Morbihan ?

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La Loire à Nantes, carte postale (détail). Collections Musée de Bretagne : 993.0011.233.

Février 1918 : l’estuaire de la Loire au bord de la Révolution ?

Présentant ses vœux pour l’année 1918 à ses lecteurs, le directeur du Phare de la Loire, Maurice Schwob, entend souligner « l’effort de la France ». À l’en croire, « c’est le meilleur moyen de montrer à nos alliés tout ce qu’ils nous doivent et de nous montrer à nous-mêmes tout ce qui est à notre crédit ». Puis, résolument confiant, il affirme : « On se passera des Russes et on attendra les Américains, en tenant bon comme on a tenu en attendant les Anglais »[1]. Il y aurait beaucoup à dire sur ce propos, notamment en ce qu’il révèle du rapport des Français et de leurs alliés. Mais là n’est pas ce qui étonne le plus en lisant cet article. En effet, et contrairement à l’optimisme serein affiché par Maurice Schwob, les « rapports sur les mouvements ouvriers et politiques » dressés pendant la Grande Guerre par la préfecture de Loire-Inférieure laissent entrevoir de nombreux conflits sociaux en ce début d’année 1918[2]. Pire, ceux-ci semblent participer d’une certaine forme de contagion du monde du travail, réalité que n’élude nullement le préfet de Loire-Inférieure, Louis Hudélo. Dans un courrier qu’il adresse le 28 février 1918 à Jules Pams, ministre de l’Intérieur, il explique même, sans que cela ne semble poser le moindre problème, que « le mouvement qui est signalé à Saint-Nazaire n’est que la suite et la prolongation du mouvement qui s’est récemment produit à Nantes », celui-ci étant inspiré par un autre ayant éclaté à Lyon. Et pourtant, personne ne semble s’inquiéter outre-mesure de la situation. Comment interpréter cela ?

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