Archives par mot-clé : Rejet

La guerre d’Algérie, locale et globale

Remarquablement construite et composée à partir d’impressionnants dépouillements d’archives, la synthèse qu’Y. Gourhand et H. Routhiau consacrent à la guerre d’Algérie en Loire-Atlantique est un ouvrage qu’il faut impérativement connaître[1]. Jouant parfaitement des échelles d’analyse, avec l’intention (réussie) de dépouiller local tout en pensant global (p. 16), sans négliger quelques pas de côté afin de dresser d’utiles comparaisons, les auteurs livrent une enquête d’autant plus précieuse qu’elle rappelle combien cette séquence 1954-1962 renvoie à une période charnière. En effet, il serait à première vue tentant de reléguer ce département dans un espace de faible intensité de la guerre d’Algérie du fait, notamment, d’une présence « nord-africaine » de faible ampleur mais également de contestations du conflit qui n’ont pas la vigueur que l’on peut observer, par exemple, en région parisienne. Or Y. Gourhand et H. Routhiau montrent avec cet ouvrage que la « guerre sans nom » est bel et bien un événement, en ce qu’elle définit un avant et un après, et s’accompagne de bouleversements majeurs[2].

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La sensibilité militaire pour saisir l’antimilitarisme

Publié aux Éditions de la Sorbonne sous la direction de É. Fournier et d’A.-D. Houte, cet ouvrage collectif consacré à l’antimilitarisme en France du XIXe siècle à nos jours est un curieux volume[1]. Réunissant quantité de chercheuses et chercheurs de renom et regroupant une cinquantaine de notices synthétiques, ce livre est de ceux qu’il faut connaître tant il est évident qu’il s’imposera dans les années à venir comme une référence bibliographique difficilement contournable même si, et c’est là le grand paradoxe, il me semble échouer à faire le tour de son – il est vrai fort vaste – objet, faute d’une approche conceptuelle adéquate. Mais, rappelons-le avec force, cette réserve d’importance ne doit en aucunement amener à faire l’impasse sur cette lecture.

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Saisir la Grande Guerre par les conseils d’arrondissement

Instance méconnue, le conseil d’arrondissement offre un regard particulièrement intéressant, car largement inédit, sur la Grande Guerre. C’est ainsi par exemple qu’en Morbihan, département où les archives laissées par cette assemblée sont pourtant très riches, le conseil d’arrondissement est complètement ignoré par la grande synthèse publiée à l’occasion du centenaire, en 2014[1]. Or l’expérience montre qu’il y a là un moyen de saisir finement le conflit, que cela soit du point de vue de sa temporalité ou de quelques fronts intérieurs qui émergent avec le déclenchement des hostilités[2]. Notons néanmoins, en préambule, que les différents conseils d’arrondissements du département du Morbihan sont inégalement documentés, les fonds étant assez disparates suivant que l’on se trouve à Lorient et Vannes, ou Pontivy et Ploërmel où les archives sont moins bien conservées. Il n’en demeure pas moins qu’il y a là des cartons d’autant plus alléchants qu’ils ne sont quasiment, ou presque, jamais dépouillés.

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Quand l’uniforme forme la jeunesse… et le mouvement ouvrier de la IIIe République. Eléments prospectifs

Quoi de plus éloigné du mouvement ouvrier et social que la caserne et l’institution militaire ? Pas grand-chose à première vue. De la Commune de Paris au Carnet B en passant par la fusillade de Villeneuve-Saint-Georges en 1908, il est vrai que nombreux sont les éléments qui contribuent à implanter, au sein des espaces militants, l’idée d’une armée érigée en « chien de garde du capital ». C’est du reste ce qu’explique à Rennes le secrétaire de la section locale de la SFIO Eugène Leprince lors de la séance du Conseil municipal qui doit, le 2 novembre 1910, se prononcer en faveur de la construction de la caserne Margueritte :

« Je ne voterai pas les conclusions du rapport de M. le Maire pour deux raisons : d’abord parce que je ne suis pas partisan de l’augmentation des impôts, ensuite parce que j’estime qu’il y a assez de troupes à Rennes pour réprimer les camarades en grève et les remplacer au besoin sans qu’il soit utile de créer un nouveau régiment. »[1]

Pourtant, les archives, et tout particulièrement les fiches matriculaires du recrutement, invitent à dépasser ce discours. Qu’on le veuille ou non, depuis 1905 et la fin du tirage au sort, la conscription s’applique à tout le monde et même les plus antimilitaristes des anarcho-syndicalistes effectuent leur service militaire. C’est ce que rappelle du reste le parcours d’Eugène Leprince évoqué plus haut. Né le 29 mai 1879 à Rennes, ce tourneur sur métaux porte l’uniforme du 41e RI pendant un an, à l’occasion de son service militaire qu’il achève en tant que soldat de 1e classe et muni de son certificat de bonne conduite. Effectuant un période de réserve en 1902, il est ensuite classé non affecté comme chef d’équipe à l’atelier de construction de Rennes, poste qui est à l’évidence à mettre en rapport avec le métier qu’il déclare lors de son passage devant le Conseil de révision mais qui n’est pas sans interroger la réalité de son rapport à l’institution militaire. Pendant la Grande Guerre, il est d’abord placé en sursis d’appel puis rejoint en juillet 1915 l’atelier de construction de Rennes, quelques semaines donc avant la promulgation de la loi Dalbiez, avant d’être envoyé au 50e régiment d’artillerie le 1er juillet 1917 et d’être finalement démobilisé le 25 février 1919[2]. Or là n’est pas une trajectoire exceptionnelle, loin de là. Tailleur de pierre et secrétaire, à partir de 1909, de la Fédération des syndicats ouvriers de la région malouine, Jean Batas est condamné le 26 mars 1914 par le tribunal de la Seine à 6 mois de prison et 100F d’amende pour « menées antimilitaristes ». Ceci lui vaut d’être inscrit au Carnet B mais ne l’empêche pas de répondre, à l’âge de 42 ans, à l’appel de la mobilisation générale. Rien de surprenant du reste pour quelqu’un qui, indépendamment de son militantisme, souscrit à « l’impôt du temps » en effectuant entre 1893 et 1895 son service militaire au sein du 47e régiment d’infanterie de Saint-Malo, puis participe à deux périodes de réserve avec cette même unité au cours des années 1900[3]. Aussi est-ce à notre sens faire erreur que de croire que la militance, et donc les réseaux qui structurent l’engagement partisan, s’arrêtent au seuil de la caserne. C’est d’ailleurs ce que rappelle le Sou du soldat, auquel Jean Batas prête son concours et ce malgré le succès tout relatif de cette œuvre.

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Le 19e RI a désormais son Maurice Genevoix : Joseph Vincent

L’écriture de l’histoire est impossible sans archives. Ceci implique que celles et ceux qui s’adonnent à cette discipline aient une grande proximité avec les archivistes, bien entendu, mais aussi avec les conservateurs de musée : autant de professions susceptibles d’alimenter la réflexion grâce à de la matière première inédite. On sait d’ailleurs que ces deux corps de métiers répondent, aux côtés des enseignants-chercheurs, à la définition de l’historien « de métier » telle que posée par P. den Boer[1]. Il est toutefois une autre profession à qui les historiens, et notamment ceux de la Première Guerre mondiale, doivent énormément, c’est celle d’éditeur. Que serait en effet l’historiographie de la séquence 1914-1918 sans les milliers de témoignages qui, publiés dans le sillage des carnets de Louis Barthas, sont venus alimenter de vives controverses sur le statut du témoin, réactivant soit dit en passant les polémiques initiées à partir de la fin des années 1920 par Jean-Norton Cru ? Pas grand-chose assurément. Parmi ces éditeurs passionnés, militants de la mémoire mais aussi acteurs essentiels de la discipline historique, il y a Yann Prouillet, fondateur et directeur d’Edhisto, une belle maison dotée d’un riche catalogue et qui continue, contre vents et marées, à sortir des nouveautés intéressant la Grande Guerre… mais aussi la Bretagne. Tel est le cas de ce volume de textes dus à Joseph Vincent, vosgien passé par le 106e RI et le 19e RI[2].

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