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Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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A Vannes, rue de la Monnaie. Carte postale (détail), collections Musée de Bretagne : 2017.0000.6063.

Quelques prix relevés sur les marchés bretons de l’Année terrible

Chacun le sait, la presse est une archive d’une incomparable richesse. Même en période de conflit, où elle est d’autant moins libre qu’elle doit bien souvent faire face à des restrictions de papier, elle est une source incontournable. Parmi les nombreuses rubriques qui s’offrent à la sagacité historienne, une, à première vue parfaitement anodine et indigne d’intérêt, a attiré mon attention : la mercuriale, à savoir le relevé des cours des denrées vendues sur les marchés. Présentes relativement régulièrement tout au long de la période, ces données autorisent d’intéressantes réflexions sur le coût de la vie dans la péninsule armoricaine au cours de l’Année terrible[1].

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De la portée de Clausewitz

Sans doute pourrait-on à juste titre se demander pourquoi recenser ici, en des pages consacrées à la Bretagne et au fait militaire et guerrier entre 1860 et 1962, le livre qu’H. Drévillon consacre à Carl von Clausewitz, volume publié chez Passés composés[1]. Si l’on ne devait avancer qu’un seul argument, outre la remarquable qualité de l’ouvrage, on renverrait probablement à la courte biographie qu’un certain « commandant Chaperon » publie en janvier 1915 dans les colonnes de La Dépêche de Brest – un quotidien généraliste donc – et qui affirme que « le célèbre écrivain militaire allemand qui s’appelle Clausewitz a eu une telle influence sur la formation des cerveaux d’outre-Rhin que l’on peut faire remonter jusqu’à lui leurs dispositions d’aujourd’hui ». En plein « tournant » de la  « guerre totale »[2], un tel propos pourrait étonner. La suite du discours montre qu’en réalité la démonstration est indissociable de la culture du conflit en cours : « Clausewitz a été pour la guerre ce que Kant fut pour la philosophie ; comme pour le solitaire de Königsberg, il a fait école, et à un tel point, que le grand état-major de l’armée allemande est incontestablement l’héritier direct de sa doctrine stratégique et de sa quintessence de Prussien francophobe »[3]. On comprend dès lors tout l’intérêt du livre d’H. Drévillon, ouvrage qui s’apparente moins à une biographie stricto sensu de Clausewitz qu’à une étude sur la construction du champ de la pensée militaire à travers cet auteur (p. 9).

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Le professeur Mangin faisant son cours au Muséum d'histoire naturelle (détail). Carte postale. Collection particulière.

Eté 1870 : des zoologistes à Roscoff

Si le nom d’Henri de Lacaze-Duthiers est régulièrement associé à la commune de Roscoff, dans le Finistère, puisqu’il est le fondateur de la célèbre Station biologique, ce que cette création a à voir avec la guerre de 1870 est en revanche beaucoup moins connu. Or il nous semble pourtant que, bien que fragmentaires, les quelques traces dont nous disposons et qui nous renseignent quant à cette fascinante aventure scientifique nous offrent un intéressant coup de projecteur sur la Bretagne d’alors et cette guerre franco-allemande qui éclate le 18 juillet 1870.

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Couverture de ROUSSET, commandant Léonce, Histoire populaire de la guerre de 1870-1871, Paris, La Librairie illustrée, sans date (détail).

A propos d’une histoire populaire… de la guerre de 1870-1871.

Malgré le succès rencontré ces derniers mois par M. Zancarini-Fournel, G. Noiriel ou par A. Croix, G. Guillaume, D. Guyvarc’h et T. Guidet avec leurs « histoires populaires » respectives, force est de constater que cette expression n’est pas neuve[1]. En témoigne notamment un volume célèbre, L’Histoire populaire de la guerre 1870-1871, publié vraisemblablement au mitan des années 1890 par le commandant Léonce Rousset, alors professeur à l’Ecole de guerre[2]. Mais reste une question qui demeure entière : qu’est-ce au juste que l’histoire populaire ? En nous basant sur l’exemple particulier que constitue cet ouvrage sans pour autant nous livrer à un exercice exégétique, nous tenterons d’avancer ici quelques éléments de réponse et pistes de réflexion.

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