Archives par mot-clé : Poche

13 octobre 1914 : Joseph Morel part au front

L’histoire est par bien des égards une discipline ingrate. Au cours de la décennie que j’ai consacrée au 47e RI de Saint-Malo pendant la Première Guerre mondiale, j’ai pu appuyer mes recherches sur un vaste panorama de sources et, notamment, sur une quarantaine d’écrits combattants de toutes sortes : correspondances plus ou moins lacunaires, carnets ou mémoires[1]. Il en a résulté un sentiment diffus. En effet, j’étais certes content d’avoir pu amasser autant d’archives sur une seule et même unité mais, en même temps, étais – et par ailleurs reste – particulièrement conscient du caractère dérisoire de ce corpus. Ayant estimé le nombre d’individus ayant porté l’uniforme de cette unité entre le 1er août 1914 et le 11 novembre 1918 à une dizaine de milliers, le thésaurus constitué équivaut à 0,4% de l’ensemble, soit largement de quoi interroger la représentativité de l’échantillon et, plus encore, inviter à la modestie quant à la portée des résultats obtenus. Mais il faut toutefois prendre garde à ne pas voir le verre trop vide tant la gestion du vide documentaire est un art propre à la discipline. F. Houdecek rappelle ainsi que les quelques 1 700 témoignages de soldats de la Grande Armée sur lesquels les historiens peuvent baser leurs travaux ne représentent que 0,07 % des effectifs, soit une portion encore plus dérisoire[2]. On comprendra donc aisément que la découverte de nouvelles archives privées de poilus du 47e RI, le plus souvent par l’intermédiaire de descendants de ces combattants, soit à chaque fois un moment excitant. Or, ces derniers mois, j’ai été particulièrement gâté puisque, grâce à ces familles, que je ne saurais d’ailleurs jamais trop remercier, j’ai pu approfondir les cas du sous-lieutenant Albert Henry et du commandant Gabriel Dufaure de Citres. Ces exemples montrent combien la connaissance biographique des fantassins d’un régiment pendant la Grande Guerre s’apparente à un véritable tonneau des danaïdes, même en l’absence d’archives du for privé. En témoignent sur ce carnet de recherches les notes récemment consacrées au capitaine Pierre Herambourg ou encore au soldat Albert Després, clerc de notaire qui présente la particularité d’avoir été condamné à mort deux fois. La découverte de ces nouvelles sources, de nature parfois différente, est toujours un moment précieux, permettant de confirmer des conclusions mais ouvrant aussi parfois de nouvelles perspectives. C’est ainsi que la question de la sélection des effectifs restant à Saint-Malo au début du mois d’août 1914, c’est-à-dire n’ayant pas l’honneur de partir pour le front afin de répondre à l’appel de la défense en armes de la patrie, s’est imposée avec une certaine récurrence à travers les figures de Gabriel Dufaure de Citres et Pierre Herambourg, mais aussi, plus récemment, grâce au carnet de Joseph Morel[3].

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L’anticommunisme militaire au prisme du rapport de force

Spécialiste de l’histoire politique de l’armée française, et plus particulièrement de ses rapports difficiles avec le drapeau rouge, G. Vidal est de ces historiens discrets mais dont le travail est à bien des égards incontournable. Portant sur la séquence 1939-1935, cette Armée française et le communisme se situe dans le prolongement d’une réflexion poussée sur le rapport de cette même institution à la figure de l’ennemi intérieur, excellente enquête déjà publiée aux Presses universitaires de Rennes[1]. Du fait d’un emploi du temps particulièrement chargé, je n’avais pu rendre compte de cet ouvrage sorti à la fin de l’été 2023. C’est donc avec beaucoup de retard que je me permets de m’atteler à cette recension qui m’apparaît doublement nécessaire. En effet, non seulement cet ouvrage vient encore une fois démontrer tout le profit qu’il y a à tirer d’une histoire politique du militaire mais invite à bien des approfondissements, tout particulièrement en ce qui nous concerne ici à l’échelle de la Bretagne.

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Un dictionnaire à connaître

Devenu trop rare ces dernières années et manquant singulièrement à une historiographie du fait guerrier qui oublie trop souvent les armées, R. Porte publie un utile Dictionnaire d’histoire militaire de la France dont on ne peut que conseiller la lecture tant il s’agit là d’un usuel de grande qualité, et qui rendra maints services[1]. Rassemblant plus de 780 notices, l’ouvrage est dense tout en proposant des entrées diversifiées (les hommes, les lieux, les événements, les organisations, les armes) ainsi que des définitions claires et accessibles au plus grand nombre. Synthèse très pédagogique de décennies de lecture et d’une pratique intense des archives, le volume permet de faire le point sur des points aussi divers que les grades ainsi que quelques batailles emblématiques, des éléments de matériel ou encore quelques grands noms. Le tout pour 23€, somme pour le moins raisonnable et qui souligne le savoir-faire d’un éditeur dont on connaît l’aptitude à proposer des ouvrages originaux à un tarif raisonnable. 

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L’autre Dunkerque

Publiée chez Passés Composés, cette histoire de la poche de Dunkerque pendant la Seconde Guerre mondiale proposée par M. Geagea est un livre stimulant et offrant bien des perspectives de prolongement[1]. Bien entendu, pour qui s’intéresse à l’histoire du fait militaire et guerrier en Bretagne, les comparaisons avec Lorient et Saint-Nazaire s’imposent naturellement. Mais d’autres pistes viennent rapidement à l’esprit, notamment en ce qui concerne les approches environnementales, grilles de lecture qui viennent considérablement dilater la chronologie des conflits. C’est dire s’il s’agit là d’un livre riche, dont la lecture est d’autant plus nécessaire qu’elle renvoie à des événements par bien des égards oubliés : en effet, dans la mémoire collective, Dunkerque renvoie plus au repli britannique de 1940 qu’à la résistance allemande de 1944-1945 (p. 13).

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Un chantier à rouvrir : Châteaudun (18 octobre 1870)

Maître de conférences associé en droit social à l’Université Paris-Descartes, P.-H. Zaidman fait paraître chez L’Harmattan une histoire de la bataille de Châteaudun qui a tout pour susciter l’appétit du lecteur[1]. Haut fait d’armes de la guerre de 1870, celle-ci est aujourd’hui plus connue pour son halo mémoriel qu’autre chose et un retour aux sources, à la manière de la nouvelle histoire du fait guerrier qui se pratique depuis le tournant des années 2000, est une perspective qui ne peut que réjouir. Las, juriste, l’auteur n’est pas historien et c’est en réalité un récit « fifres et tambours » pour reprendre les termes de J. Keegan, en quelque sorte pré-Anatomie de la bataille, qui nous est livré[2]. Les citations ne sont pas sourcées et encore moins mise en perspective, ce qui n’est bien entendu pas sans poser certains problèmes quant à la scientificité de ce volume[3]. Si la déception est réelle, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a rien à retirer de ce petit livre dont une des qualités est de rappeler qu’il y a là, à l’évidence, un sujet qui mérite d’être sérieusement réexaminé.

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Affiche du Ministère de la Défense pour le 50e anniversaire de la Libération de la France et des débarquements, 1944-1945 par Félix Molinari (détail). Collection particulière.

À propos d’histoire environnementale de la Libération

Le mois d’août est celui où, l’espace de quelques heures, on se replonge en 1944, le temps de la commémoration de la Libération de la Bretagne par les troupes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale[1]. Mais l’histoire n’est pas la mémoire et pour légitime que soit ce sincère recueil, il importe de rappeler que dans la péninsule armoricaine le conflit ne s’arrête pas lors de l’été 1944 et dure en réalité beaucoup plus longtemps. On pense bien entendu aux deux poches allemandes de Lorient et Saint-Nazaire qui ne se rendent qu’en mai 1945, c’est-à-dire à l’époque ou rentrent d’Allemagne prisonniers, requis du travail forcé et déportés ayant eu la chance de survivre au système concentrationnaire nazi. Mais il est une autre réalité dont la mémoire collective peine à prendre conscience : si pour les Bretons et les Bretonnes la guerre dure, c’est que les troupes, y compris libératrices, restent pendant des mois après la Libération en garnison dans la région. Et cette présence n’est pas sans conséquences sur l’environnement. C’est ce que rappellent avec acuité quelques précieux documents conservés aux Archives municipales de Pontivy, dans le Morbihan[2].

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