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À propos de la « trahison » du comte Bernstorff

La fuite du télégramme Zimmermann, du nom du ministre allemand des Affaires étrangères proposant au Mexique l’aide de son pays dans le cadre d’une attaque des États-Unis, est de ces événements dont le retentissement est non seulement planétaire mais quasi instantané. À Nantes, Le Phare de la Loire affirme le 3 mars 1917, en première page et sur deux colonnes, que « le complot germano-mexicain exaspère les États-Unis »[1]. À Brest, La Dépêche avance le même jour, également en première page et sur deux colonnes, que « le peuple américain [est] contre l’Allemagne »[2]. Et, dans les deux cas, ces quotidiens citent leur source, à savoir l’agence « La Presse associée », autrement dit Associated Press. Or là n’est nullement un hasard et il est d’ailleurs intéressant de voir combien nombreux sont en France les journaux à reprendre les éléments diffusés par cette instance : Le Temps, L’œuvre, Le Petit parisien, Le Gaulois, La Lanterne, Le Figaro, Le Matin, La France militaire mais aussi L’Écho d’Alger, Le Petit provençal, le Journal du Cher, ou La Dépêche du Berry. La presse bretonne est donc à l’unisson et permet même de mesurer l’ampleur de l’onde de choc provoquée quelques jours plus tôt par Woodrow Wilson. C’est en effet le 28 février que le président américain transmet le Télégramme Zimmermann à Associated Press, document qui fait dès le lendemain, 1er mars 1917, la une des journaux américains[3].  Alors que l’entrée en guerre de l’Oncle Sam n’est pas encore actée, la Maison blanche se lance dans une vaste offensive médiatique, preuve s’il en fallait que l’idée d’une bellicosité hybride est à peu près aussi vieille que la guerre elle-même[4]. Que L’Ouest-Éclair dénonce le 2 mars 1917 en première page, sur la base d’informations d’Associated Press, la « main de l’Allemagne » n’a donc rien de surprenant. En revanche, ce qui l’est un peu plus, c’est la façon dont le quotidien de la rue du Pré-Botté insiste sur la responsabilité de l’ambassadeur d’Allemagne à Washington, allant même jusqu’à évoquer en titre « la traîtrise du comte Bernstorff »[5]. Une sévérité qui tranche avec l’indulgence avec laquelle une bonne partie de l’historiographie traite aujourd’hui ce diplomate.

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Eléments du 315th Infantry Regiment de Philadelphie, unité appartenant à la 79e DIUS. CLiché publié dans l'édition du 29 mai 1919 du Evening Public Ledger.

Carl Zeisberg : un Doughboy de passage à Nantes

Les programmes de numérisation et de mise en ligne de la presse constituent assurément une aubaine pour la discipline historique, tout particulièrement lorsqu’on travaille sur des sujets très transnationaux caractérisés par un large éparpillement des sources. Déjà, lorsque je m’étais intéressé au corps expéditionnaire américain à Saint-Nazaire entre 1917 et 1919, j’avais pu mesurer la chance qui était la mienne de pouvoir bénéficier des ressources disponibles sur Chronicling America : par rapport aux temps pionniers des précurseurs comme Y.-H. Nouailhat, c’était un avantage considérable[1]. C’est d’ailleurs sur cette plateforme, qui mériterait du reste des dépouillements systématiques, que j’ai découvert le journal du sergent Carl Zeisberg de la 79th Division (79e DIUS). Reproduit dans le Evening Public Ledger, un quotidien publié à Philadelphie, Pennsylvanie, et destiné aux classes moyennes, ce texte constitue une archive de choix pour qui s’intéresse à la présence américaine en Bretagne.

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Le poids de la carte du combattant

Et si la carte du combattant permettait de mesurer le poids de la Grande Guerre, pour reprendre l’expression de D. Fouchard ?[1] Là est un enjeu beaucoup plus important que ce que l’on pourrait bien, de prime abord, croire. Car le deuil, le chagrin, la souffrance sont difficilement quantifiables. Si l’on se doute que 12 ans après la fin du conflit, les séquelles de 1914-1918 sont encore importantes, les plaies encore béantes, il est difficile d’en mesurer précisément l’ampleur. Là est tout l’intérêt du tableau publié en 1930 dans le bulletin numéroté 8 et 9 de l’Office national des mutilés et réformés de la guerre et de l’Office national du combattant et présentant un « état récapitulatif par classes d’âge des cartes de combattant délivrées par les Comités départementaux à la date du 1er janvier 1930 »[2].

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Tillon : l’autre grand Charles ?

La biographie que consacre F. Tillon à son illustre grand-père, le breton Charles Tillon, n’est pas un livre respectant les canons de la discipline historique[1]. Le lecteur ne trouvera dans ces pages aucun appareil critique et pourra même, par moments, être étonné par certains jugements et formulations clairement téléologiques (p. 40) ou relevant d’un discours idéologique (p. 12) qui contraste singulièrement avec la nécessaire neutralité de l’approche scientifique. Pourtant, on aurait grand tort de ne pas prêter attention à cet ouvrage dont le premier mérite est d’attirer l’attention sur une grande figure aujourd’hui très largement oubliée et qui mériterait plus de considérations historiographiques. L’auteur a d’ailleurs parfaitement raison de le souligner – même si l’on pourra émettre des réserves sur « l’injustice » (p. 11) que constituerait un tel oubli, une telle grille de lecture ne relevant assurément pas de l’analyse historienne.

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