Archives par mot-clé : Mer noire

Georges Rovani : poilu parmi les célébrités combattantes

Ces « Mémoires d’un jeune soldat » nommé Georges Rovani sont intéressantes à plus d’un titre[1]. En premier lieu, il importe de souligner la qualité physique de ce livre : une belle édition, avec de gros caractères d’imprimerie afin que le texte soit accessible à tous les publics, y compris les moins bien voyants. C’est là une initiative qu’il faut saluer. Il faut également préciser que ce volume est le fruit du travail d’une étudiante de la filière Métiers du livre et éditions de Rennes 2, Bérénice Cressard. Ceci implique qu’il soit publié à titre associatif, et c’est du reste pour cela que j’en rends compte sur ce carnet de recherche alors qu’il n’a pas fait l’objet d’un service de presse. Mais là n’est sans doute pas l’essentiel. En effet, ce texte est avant tout une source extrêmement intéressante qui vient avantageusement enrichir le corpus déjà fort volumineux des témoignages d’anciens combattants de la Grande Guerre.

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De l’incapacité de 1870 à dire le monde de 1920

La scène se passe à Quimper, en la caserne La Tour d’Auvergne, où les vétérans de la guerre de 1870 se réunissent le 12 septembre 1920 pour leur congrès annuel. Comme un passage de témoin obligé d’une génération du feu à l’autre, le président de l’amicale, « en ouvrant la séance, […] dit que sa première parole sera pour exprimer au colonel Dizot, la fierté qu’éprouvent les vétérans en le voyant prendre place parmi eux et le remercie de la sympathie qu’il professe pour les vieux combattants de 1870 »[1]. On pourra toujours arguer d’une forme de courtoisie entre officiers, il n’en demeure pas mois que le symbole est très fort : le lieutenant-colonel Roudière, engagé volontaire fait prisonnier à Metz, rend hommage à l’officier commandant alors le 118e RI, régiment tenant garnison à Quimper et s’étant couvert de gloire pendant la Grande Guerre[2]. En d’autres termes, le vaincu d’hier s’incline devant le vainqueur du moment. En quelques mots est ainsi résumée toute l’ambiguïté du souvenir de la guerre de 1870 cinquante ans plus tard, au lendemain de la Grande Guerre[3]. Si celui-ci peine à s’imposer en 1920-1921, c’est bien entendu parce qu’il est occulté par le « souvenir écran » des tranchées[4]. Mais il n’y a pas que le poids des morts, des blessés – pour ne citer qu’un exemple, l’association des mutilés du canton de Malestroit revendique, à elle seule, en septembre 1920 pas moins de 350 membres[5]  – des veuves, bref du deuil, pour expliquer cette situation. La mémoire est l’outil politique du temps présent et si le souvenir de la guerre de 1870-1871 peine à s’imposer en ce début des années 1920, c’est qu’il échoue à dire le monde d’alors.

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Tillon : l’autre grand Charles ?

La biographie que consacre F. Tillon à son illustre grand-père, le breton Charles Tillon, n’est pas un livre respectant les canons de la discipline historique[1]. Le lecteur ne trouvera dans ces pages aucun appareil critique et pourra même, par moments, être étonné par certains jugements et formulations clairement téléologiques (p. 40) ou relevant d’un discours idéologique (p. 12) qui contraste singulièrement avec la nécessaire neutralité de l’approche scientifique. Pourtant, on aurait grand tort de ne pas prêter attention à cet ouvrage dont le premier mérite est d’attirer l’attention sur une grande figure aujourd’hui très largement oubliée et qui mériterait plus de considérations historiographiques. L’auteur a d’ailleurs parfaitement raison de le souligner – même si l’on pourra émettre des réserves sur « l’injustice » (p. 11) que constituerait un tel oubli, une telle grille de lecture ne relevant assurément pas de l’analyse historienne.

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