Archives par mot-clé : Japon

Les tribulations d’un breton en Chine : Robert Jacquinot

Affirmant clairement dans sa manchette son républicanisme, L’Avenir du Morbihan est un hebdomadaire publié à Vannes et dont la une est au cours des années 1930,= occupée sur une colonne ou presque par une rubrique intitulée « La Semaine ». En quelques brèves sont évoqués les événements marquants de l’actualité nationale et internationale des jours passés, rappelant par la même occasion que la presse publiée ailleurs qu’à Paris ne saurait être cantonnée au localisme. D’ailleurs, dans l’édition du 29 octobre 1938, une nouvelle ne manque pas d’attirer l’attention : « Grâce à l’initiative du Père Jacquinot, le Jésuite français qui avait déjà organisé la zone des réfugiés de Nantao, à Changaï, une zone analogue a pu être établie à Hankéou »[1]. Bien entendu, l’orthographe approximative pourra faire sourire. Mais elle ne doit pas induire en erreur. En effet, à aucun moment L’Avenir du Morbihan n’éprouve le besoin de préciser à ses lecteurs que Shangaï se trouve en Chine, ce qui suggère tout de même une actualité assez familière. De même, ce Père Jacquinot semble non seulement connu mais paraît même être l’objet d’une certaine fierté nationale, puisque l’hebdomadaire prend soin de rappeler qu’il s’agit d’un « Jésuite français ». Eu égard à la longue et tumultueuse histoire de la question religieuse en Morbihan, là est une précision qui vient rappeler que l’anticléricalisme n’est définitivement pas un produit d’exportation, comme le rappelait Léon Gambetta. Le paradoxe est que le père Robert Jacquinot de Besange est breton et renvoie donc aussi, quelque part, à une actualité locale. Se dévoilent ainsi en quelques lignes les pleins et déliés d’une authentique figure médiatique des années 1930, aujourd’hui complètement sortie des mémoires mais qui vient fort heureusement de faire, grâce à l’historien J.-L. Pinol, l’objet d’une riche biographie dont on ne saurait trop conseiller la lecture[2].

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Pierre Lecerf, la FNACA et les racines du handisport

En tant qu’expérience sociale, le port de l’uniforme n’est pas sans témoigner d’un certain nombre de paradoxes. On ne compte plus les discours antimilitaristes assimilant la caserne à un lieu de perdition, où les conscrits sombrent dans une véritable faillite morale et cherchent volontiers à trouver le réconfort dans la dive bouteille[1]. Ancien saint-cyrien breveté mais démissionnaire et entré en politique, Adolphe Messimy en est un bon exemple. Dans le cadre des débats autour de la loi portant le service militaire à deux ans, finalement adoptée le 9 décembre 1905, il fustige ces casernes qui ne remplissent pas suffisamment leur rôle d’éducateur et « où les soldats, restés trop longtemps sous les drapeaux, s’apparentant à des soldats de métier qui ne font guère autre chose que de traîner leurs guêtres de cantines en cantines, de cabarets en cabarets, livrés à l’ oisiveté déprimante de la vie en garnison »[2].  Dans un autre genre, on connaît aussi les discours bretonistes imputant aux tranchées l’apprentissage de la boisson, manière de suggérer que l’uniforme, donc la France, rend alcoolique. Or le fait est que la caserne est non seulement un haut lieu d’éducation physique, nécessités de l’instruction obligent, mais que l’armée est un acteur méconnu de développement du sport de haut-niveau en France. Des disciplines comme l’escrime ou l’équitation ont d’ailleurs directement à voir avec « l’art de la guerre ». Mais celle-ci n’est également pas sans dommages sur les corps, plus encore au XXe siècle où l’industrialisation de la bellicosité mutile massivement les corps. L’exemple de Pierre Lecerf, blessé en Algérie en 1955 après avoir fait ses classes à Nantes et adhérent de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA), montre combien le monde combattant est un acteur méconnu du développement du sport paralympique, ce même jusqu’à rapporter des Jeux de Tokyo une médaille d’argent en tir à l’arc.

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Rencontres bretonnes en Asie sous le Second Empire

Fruit de longs et patients travaux menés sous l’égide du Congrès international des sciences historiques, ce riche volume collectif publié sous la direction de D. Barjot et J.-F. Klein est de ceux qu’il faut connaître tant il offre un panorama de l’état de l’art relatif aux relations franco-asiatiques pendant le Second Empire[1]. Ce livre s’imposera à n’en pas douter comme un usuel à connaître, ouvrage indispensable à quiconque étant amené à aborder ces rivages lointains, de la Chine au Japon en passant par Hong-Kong et Sumatra. Ce faisant, et sans que cela ne soit le but recherché par les contributeurs de cette somme, il y a là une réflexion globale qui, dans le détail, n’est pas sans inviter à de nouveaux questionnements relatifs à l’histoire du fait militaire et guerrier, et plus précisément encore colonial, à l’échelle de la Bretagne.

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L’axe de l’angle mort : à propos d’un jouet de guerre

Avoir des beaux-parents brocanteurs, quand on est historien, c’est à coup sûr être régulièrement confronté à des casse-têtes relatifs à telle ou telle « vieillerie » qu’il faut dater, expliquer, contextualiser, pour mieux pouvoir la vendre. Si je ne suis pas certain de l’exacte valeur ajoutée en espèces sonnantes et trébuchantes de mes analyses, c’est à chaque fois un réel plaisir de me confronter à cette histoire par l’objet qui est d’ailleurs beaucoup plus difficile à pratiquer que ce que l’on pourrait de prime abord croire. C’est ce que rappelle un petit jouet, datant le plus vraisemblablement des années 1940, intitulé « L’Axe » et dont je dois avouer que je ne sais à peu près rien, sauf qu’il est absolument passionnant ![1]

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Le Pacifique : espace de détotalisation de la Grande Guerre ?

L’ouvrage que fait paraître M. Reynaud chez Passés Composés, volume portant sur la Première Guerre mondiale dans l’espace Pacifique, est de ceux qu’il faut connaître tant la bibliographie disponible sur ce conflit dans cette partie du monde est lacunaire[1]. Cette référence s’imposera donc, à n’en pas douter, comme un manuel indispensable à quiconque souhaite travailler sur cette partie du globe : chercheurs patentés, étudiants ou simples curieux y trouveront leur compte. Mais il n’est pas interdit de penser que ce livre parviendra à toucher un public beaucoup plus vaste tant, en définitive, il invite à se poser un certain nombre de questions qui dépassent très allègrement l’espace Pacifique.

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L’aporie nationale du socialisme du XIXe siècle.

Centrée principalement sur l’Allemagne et l’Europe centrale, la vaste enquête que J.-N. Ducange consacre aux rapports qu’entretiennent les théoriciens socialistes du XIXe siècle – et non de la seule Belle époque comme suggéré abusivement dans le titre du volume, la part des soubresauts de 1848 étant ici prépondérante – n’a de prime abord qu’un rapport lointain avec le fait militaire et guerrier vécu de et en Bretagne entre 1860 et 1962[1]. Cela serait pourtant faire gravement fausse route que d’ignorer ce riche volume et ce pour deux raisons. En premier lieu parce que l’Allemagne socialiste rayonne alors sur toute l’Europe, et donc y compris sur la péninsule armoricaine comme le rappelle par exemple le parcours d’un Carle Bahon ; en second lieu parce que la guerre reste, quoi qu’on en dise, un fait politique décidé par le politique, dimension qui rend obligatoire le passage par l’histoire des idées.

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2020 : retrouver Stéphane Audoin-Rouzeau ?

Nous ne saurions trop conseiller ce recueil d’articles de l’historien S. Audoin-Rouzeau, série de textes méconnus opportunément publiée par les Editions du Félin[1]. Car en permettant de (re)découvrir des articles anciens, publiés dans des catalogues d’exposition, diffusés en allemand ou en espagnol et donc trop souvent sortis des radars bibliographiques, voire même en donnant à lire des textes inédits, ces « petits sujets sur la violence de guerre » permettent de revenir sur l’œuvre d’un intellectuel important et dont la pensée dépasse de très loin le strict cadre de la discipline historique. Comme une sorte de bilan devenu nécessaire dans la mesure où, de l’aveu même de l’auteur, « s’achève un parcours de recherche rendant inévitable un bref retour sur le travail accompli, au moment où l’on dresse l’inventaire des forces et des faiblesses d’une proposition scientifique étendue sur quarante années et touchant nécessairement à son terme » (p. 8).

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Oeuvre d'Auguste Nayel (détail). Archives Elisabeth Loir-Mongazon.

D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918

Sur une invitation de la Région Bretagne, j’ai eu le plaisir de donner le 23 septembre 2020, au Ti Ar Vro de Saint-Brieuc et dans le cadre des Journées européennes du patrimoine,  une conférence intitulée « D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918 ». Prenant acte d’une part du foisonnement des questionnements relatifs à la séquence 1870-1871, d’autre part des perspectives offertes par l’exploration de la chronologie ressentie, et non plus strictement diplomatique, du conflit, j’ai procédé à l’analyse de l’une de ces passerelles permettant de dérouler le fil de ces représentations mentales qui, comme en germination, semblent éclore pendant la Première Guerre mondiale. C’est le verbatim de cette conférence que je vous propose de découvrir dans les lignes qui suivent.

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Jean-Yves Le Naour sort de guerre

Historien talentueux à qui l’on doit des travaux pionniers sur le genre ou la dimension régionale en Grande Guerre[1], J.-Y. Le Naour change de braquet en livrant un volume, publié chez Perrin, intitulé 1919-1921. Sortir de la Guerre[2]. Il s’agit là du dernier tome d’une vaste série retraçant chronologiquement, année par année, ce conflit absolument hors-normes qu’est la Première Guerre mondiale et l’on retrouve en ces pages ce qui fait la force de cet auteur : une plume acérée – un peu trop peut-être… – et qui sait conjuguer art du récit et talent analytique tout en croquant efficacement les hommes – peu de femmes dans cette fresque – qui font l’Histoire. Il y a là une recette connue mais difficile à maîtriser et l’on se doit de souligner ici le talent manifeste de J.-Y. Le Naour : écrire ce type d’ouvrage n’est pas à la portée de tout le monde. Le paradoxe est que ce volume est, au contraire, pensé pour pouvoir être accessible au plus large lectorat : écriture aérienne, chapitres ciselés qui rythment l’ouvrage, appareil critique réduit à la portion congrue – et de surcroît en fin de livre ce qui est particulièrement exaspérant.

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