Archives par mot-clé : Hypothétique

Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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Céline, poilu ordinaire ?

La publication le 5 mai 2022 d’un roman inédit de Louis-Ferdinand Céline, Guerre, a constitué un événement comme les aime tant le Landerneau des arts et lettres[1]. Mais quid de l’histoire ? En effet, ce texte ne constitue-t-il pas aussi une source, à l’instar des œuvres d’autres grands écrivains combattants comme Maurice Genevoix et Roland Dorgelès, à l’instar aussi d’autres livres produits par des auteurs compromis dans la collaboration ? Et l’on songe, immédiatement ou presque, à la Comédie de Charleroi de Pierre Drieu la Rochelle, roman publié d’ailleurs au moment où Céline écrit Guerre[2]. Question évidente à la réponse qui l’est tout autant mais approche qui, curieusement, ne semble pas avoir retenu l’attention tant les débats, à dire vrai, se sont cantonnés à une sorte de positivisme célinomaniaque n’apportant, en définitive, pas grand-chose. C’est pourtant sous l’angle de l’histoire du fait militaire et guerrier, et plus singulièrement encore de la Bretagne tant les références à la péninsule armoricaine sont nombreuses dans ce roman, que je souhaite aborder ici ce qui à mes yeux est aussi une archive.

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Tombes militaires dans le cimetière de Chalons, 20 septembre 1915. La Contemporaine : VAL 092/051.

Divisions d’élite et approches cliométriques de l’histoire

Dans la soirée du 23 avril 2021, S. Tororov a profité d’une conversation initiée sur twitter par le compte 1 jour 1 poilu pour présenter un jeu de données compilées à partir de l’indexation collaborative des fiches de morts pour la France. A l’en croire, ces éléments montreraient « un pattern très fort d’unités d’élite », position qui contrevient à ce qui est généralement admis par l’historiographie. Or non seulement cette idée ne tient pas une seule seconde la route, ce que je démontrerai dans les lignes qui suivent, mais cette manière de procéder me parait relever d’une méthode d’autant plus inquiétante qu’elle a manifestement de plus en plus pignon sur rue.

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Couverture du troisième numéro de Sao Breiz (détail). Collection particulière.

Sao Breiz : au-delà des clichés bretons

L’association Sao Breiz, qui prend à partir du 18 juillet 1942 la succession de Fidel Armor, regroupe pendant et après la Seconde Guerre mondiale un certain nombre de Bretons de la France libre[1]. Cette institution n’est pas inconnue et a notamment été mise largement à contribution lorsqu’il s’est agi pour certains d’écrire l’histoire de la « conscience bretonne » en Seconde Guerre mondiale, tout du moins lorsque celle-ci était investie aux côtés de la Résistance[2]. Bien évidemment, une telle approche n’a pas été sans susciter un certain nombre de polémiques. C’est néanmoins sur un autre terrain que nous souhaiterions nous situer dans le cadre de ce billet, celui d’une approche fonctionnaliste tendant à objectiver cette dimension régionale dans le but de la resituer dans un cadre à la fois spatial et chronologique plus vaste.

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Protéine de coronavirus. National Institutes of Health (NIH).

War studies et Covid-19

Je n’ai jamais cru en l’histoire immédiate. La très large non-disponibilité des sources et, plus encore, le manque de recul, empêchent à mon sens d’écrire l’histoire sitôt celle-ci déroulée. Certes, là n’est pas une opinion très populaire mais je l’assume pleinement, voire même la revendique. En effet, cet attendu méthodologique me parait encore plus vrai lorsque l’objet étudié est hors-normes, défiant l’entendement, comme la pandémie de Covid-19 que nous traversons depuis maintenant plus d’un an. Mais ceci ne signifie pas que l’histoire, en tant que science humaine et sociale, ne soit d’aucun recours pour tenter de comprendre ce que nous vivons. J’ai d’ailleurs décrit à plusieurs reprises sur ce carnet de recherches comment les War Studies pouvaient nous aider à mieux saisir cette pandémie tout en tentant de mettre en garde contre certains usages du passé, notamment relatifs à la Première Guerre mondiale. C’est cependant à la démarche inverse que je souhaite me livrer ici. En effet, de par sa durée et sa faculté à sans cesse repousser l’horizon d’attente qu’est la sortie de la crise sanitaire, le Covid-19 me semble nous donner quelques clefs pour mieux comprendre la séquence 1914-1918 sur au moins deux points : le rapport au temps ainsi qu’à la presse.

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