Archives par mot-clé : Haute-Bretagne

La guerre d’Algérie, locale et globale

Remarquablement construite et composée à partir d’impressionnants dépouillements d’archives, la synthèse qu’Y. Gourhand et H. Routhiau consacrent à la guerre d’Algérie en Loire-Atlantique est un ouvrage qu’il faut impérativement connaître[1]. Jouant parfaitement des échelles d’analyse, avec l’intention (réussie) de dépouiller local tout en pensant global (p. 16), sans négliger quelques pas de côté afin de dresser d’utiles comparaisons, les auteurs livrent une enquête d’autant plus précieuse qu’elle rappelle combien cette séquence 1954-1962 renvoie à une période charnière. En effet, il serait à première vue tentant de reléguer ce département dans un espace de faible intensité de la guerre d’Algérie du fait, notamment, d’une présence « nord-africaine » de faible ampleur mais également de contestations du conflit qui n’ont pas la vigueur que l’on peut observer, par exemple, en région parisienne. Or Y. Gourhand et H. Routhiau montrent avec cet ouvrage que la « guerre sans nom » est bel et bien un événement, en ce qu’elle définit un avant et un après, et s’accompagne de bouleversements majeurs[2].

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Albert Després : deux fois condamné à mort mais, plus encore, dégradé

Parmi les centaines de défunts que déplore le 47e RI pendant la Première Guerre mondiale figurent 4 individus au destin particulier, non pas morts pour la France mais tués par l’unité, précisément pour avoir manqué de la servir correctement : Léon Peyrical, François Denès, Toussaint Besnard et Louis Bellamy[1]. Bien compris, ces dossiers n’invitent à aucune précision supplémentaire sauf à rappeler qu’ils ne constituent, à l’évidence, que la face émergée d’un appareil coercitif beaucoup plus vaste et dont les effets peinent encore à être exactement cernés. Bien entendu, il ne s’agit pas de rejouer ici les termes de la dialectique entre contrainte et consentement, opposition historiographique qui a beaucoup contribué au renouvellement des connaissances mais qu’il convient aujourd’hui de dépasser au moyen de nouveaux schémas interprétatifs[2]. D’ailleurs, on remarquera que dans les 4 cas de figure évoqués plus haut, il ne s’agit pas tant de maintenir la relation d’autorité que les apparences une fois celle-ci rompue, la désobéissance étant manifeste[3]. Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette logique ne cesse pas avec l’Armistice du 11 novembre 1918, bien au contraire. C’est ce que vient rappeler l’exemple d’Albert Després, clerc de notaire né à Saint-Servan en 1883, déclaré déserteur le 8 juin 1916 et condamné à mort le 11 août 1916, puis une nouvelle fois, le 25 juin 1919, trois jours donc avant la signature du Traité de Versailles[4].

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La Francisque du marquis

La date du 11 octobre 1942 était censée être marquée d’une pierre blanche pour l’Emsav. En effet, ce jour-là, à l’occasion d’un fastueux jubilé à Rennes, le « maréchal des Français » fait remettre par le préfet Jean Quenette la Francisque à Régis de l’Estourbeillon, « marquis des Bretons pour ses quarante ans de lutte bretonne »[1]. Là s’exprime donc à la fois le credo régionaliste de Vichy mais aussi, d’une certaine manière, l’aboutissement de quatre décennies de combats politiques pour le dirigeant de l’Union régionaliste bretonne (URB). Mais si la mise en scène est savamment organisée, elle demeure ambigüe et, en définitive, ne parvient pas à masquer les dissensions, tant au sein de l’Emsav qu’à l’extérieur du reste. En examinant la manière dont la presse, en Bretagne tout particulièrement, traite de ce jubilé, il s’agira d’essayer de déterminer comment l’opinion – pour délicate d’emploi que cette notion soit – s’accorde des revendications régionalistes en cet automne 1942, alors que tous les yeux sont braqués sur Stalingrad.

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Marketer la Bretagne : une petite histoire (militaire) entre romantisme et culture de masse

La marque Bretagne est de création récente. Si l’on s’en tient au récit diffusé sur le site officiel de cette enseigne, l’idée de « brander » cet espace émerge manifestement au cours des années 2000, quand la région éponyme « constate que l’économie et le tourisme ont des enjeux et des problématiques communs liés à l’identité de la Bretagne et à son attractivité ». En d’autres termes, il s’agit là d’une politique publique de communication qui s’insère à la fois dans une réalité décentralisée et dans une économie résolument connectée puisque le constat de départ est celui d’une concurrence désormais mondialisée entre « territoires ». Pour autant, ceci ne signifie pas que la Bretagne ne soit pas, et ce depuis fort longtemps, un élément essentiel de communication. Ainsi, au XIXe siècle, elle est à la fois le support de discours publicitaires destinés à vendre des produits de grande consommation comme du savon, des huitres, du thon en boite, des bicyclettes, de l’eau-de-vie, des briquettes allume-feu pour le chauffage ou encore du vin sans oublier des biscuits – que l’on songe par exemple à Lefevre Utile – et l’objet même de cette stratégie dans le cadre de campagnes de promotion de ce que l’on ne nomme pas encore le tourisme – la massification induite par la « civilisation des loisirs » apparaissant avec la seconde moitié du XXe siècle n’est pas encore advenue – mais la villégiature.

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Le théâtre municipal de Rennes (sans date). Collections Musée de Bretagne : 956.0002.722.

La soirée de gala des amputés

Le programme de la « soirée de gala » du IXe congrès national de la Fédération des amputés de guerre de France qui se tient à Rennes le 4 juin 1938 pourrait paraître par bien des égards comme relevant de l’anecdote[1]. Pourtant, c’est une archive précieuse pour qui s’intéresse au fait militaire et guerrier ainsi qu’aux identités régionales, la « bretonnité » de l’événement étant résolument mise en avant par les organisateurs. Surtout, c’est la seule source à notre disposition puisqu’à notre connaissance la presse, qu’il s’agisse du rennais L’Ouest-Éclair, de L’Union malouine et dinannaise, ou encore du nantais Le Phare de la Loire, n’en dit pas un mot. Précisons toutefois que cette rapide note ne saurait être tenue pour constituer une histoire globale de ce congrès, manifestation bien plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Eu égard au contexte dans lequel il se déroule, tant sur le plan intérieur, deux ans après les élections ayant porté le Front populaire au pouvoir, que du point de vue des relations internationales, il y aurait à n’en pas douter matière à de bien plus amples développements. Mais le propos ne portera ici que sur la soirée récréative du 4 juin 1938.

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Du régiment de Paul Belliard

Paul Belliard est sans doute plus intéressant pour ce qu’il dit, malgré-lui, du processus d’élaboration des connaissances en histoire que pour son parcours, qui demeure encore très largement méconnu et pour ce qu’on peut en saisir fort banal. Alors qu’il est aujourd’hui de bon ton d’incriminer, assez paresseusement du reste, les réseaux sociaux, on oublie trop facilement que ceux-ci permettent non seulement de créer du lien entre des personnes travaillant sur des thématiques voisines mais qu’ils favorisent la circulation des informations… et des archives. C’est ainsi que S. Bossy-Guérin, excellente doctorante travaillant sur l’histoire du rugby dans l’Ouest de la France sous la direction de S. Jeannesson et O. Chovaux, m’a transmis il y a quelques jours une minuscule coupure de presse relative à un « lieutenant-adjoint au trésorier du 47e ». À peine 5 lignes qui invitent à deux réflexions. En premier lieu, on soulignera combien le réseau social est une pratique numérique et historienne discrète favorisant aussi l’inflation des corpus documentaires. En second lieu, et s’il faut savoir, pour paraphraser Maurice Thorez, terminer une thèse, force est de constater que celle-ci n’en a jamais complètement fini avec son auteur. La tentation d’en savoir un peu plus sur cet officier était en effet trop forte pour pouvoir y résister. D’où ce rapide billet…

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Carte de l’abstention en France, 1914 (détail). Tableau des élections à la Chambre des députés pendant la onzième législature (26 avril et 10 mai 1914) dressé aux archives de la Chambre des députés, Paris, Imprimerie de la Chambre des députés, 1916, p. 96.

De l’abstention et de la citoyenneté (en 1914)

C’est par un twitt de l’historien Benoît Kermoal que j’ai pris connaissance d’une fascinante carte répertoriant l’abstention en France, et singulièrement en Bretagne, à l’occasion des élections législatives des 26 avril et 10 mai 1914[1]. Non seulement j’ignorais complètement ce document mais j’avoue que jamais je ne m’étais posé la question de l’abstention. Pourquoi de telles œillères ? Par peur de l’anachronisme ? Peut-être… Sauf que, justement, cette carte montre que cette question se pose aussi à la Belle époque, et même pendant toute la séquence 1870-1914, ce qui n’est pas sans inviter à un certain nombre de réflexions.

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La Bretagne des 10 et 11e régions militaires. Extrait d'une carte publiée dans les années 1880. Musée de Bretagne: 987.0083.1.7.

De l’inscription dans des territoires militaires artificiels

Dans un article de la revue Economie rurale publié en 1977, la géographe A. Guellec affirme que le département des Côtes-du-Nord, aujourd’hui des Côtes d’Armor, est « parfaitement artificiel ». A l’en croire, ce cadre géographique serait « contraire à des habitudes millénaires » et illustrerait, même, « on ne peut mieux la géographie administrative de la Révolution »[1]. Plus de quarante ans plus tard, un propos tel que celui-ci ne manque pas de laisser songeur : certes, en 1790, le département est un espace neuf donc nécessairement « artificiel » mais il n’en demeure pas moins qu’au fil du temps la population s’y identifie, voire même s’y attache réellement. En témoignent les vastes débats du tournant des années 1990 au moment de la transition des Côtes-du-Nord vers les Côtes d’Armor. Et quid des régions militaires ? Tout aussi parfaitement artificielles, elles naissent à la suite de la défaite de 1870 mais n’empêchent pas que se développe un esprit de corps propre aux corps d’armées. De quoi inciter à la réflexion !

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Estampe de Jean-François Huguet représentant le grand incendie qui ravage Rennes en 1720 (détail). Musée de Bretagne: 2016.0000.3389

L’Invisible 150e anniversaire du grand incendie de 1720

Le grand incendie qui ravage une grande part de la ville de Rennes du 22 au 29 décembre 1720 compte assurément parmi les pierres angulaires de la mémoire de la ville[1]. Le processus de reconstruction qui fait suite au sinistre accouche d’ailleurs de l’urbanisme que nous connaissons encore aujourd’hui et dit, d’une certaine manière, combien cette catastrophe est physiquement inscrite dans les murs du chef-lieu du département d’Ille-et-Vilaine. En cette année de tricentenaire, et malgré les aléas de la crise sanitaire du Covid-19 qui ont conduit au report d’un certain nombre de manifestations scientifiques, ce souvenir est particulièrement présent. Mais tel n’a pas toujours été le cas. C’est ainsi que le 150e anniversaire de la tragédie est complètement passé sous silence. Il est vrai que le contexte – la France est alors en pleine de guerre de 1870 – n’est pas particulièrement favorable.

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Oeuvre d'Auguste Nayel (détail). Archives Elisabeth Loir-Mongazon.

D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918

Sur une invitation de la Région Bretagne, j’ai eu le plaisir de donner le 23 septembre 2020, au Ti Ar Vro de Saint-Brieuc et dans le cadre des Journées européennes du patrimoine,  une conférence intitulée « D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918 ». Prenant acte d’une part du foisonnement des questionnements relatifs à la séquence 1870-1871, d’autre part des perspectives offertes par l’exploration de la chronologie ressentie, et non plus strictement diplomatique, du conflit, j’ai procédé à l’analyse de l’une de ces passerelles permettant de dérouler le fil de ces représentations mentales qui, comme en germination, semblent éclore pendant la Première Guerre mondiale. C’est le verbatim de cette conférence que je vous propose de découvrir dans les lignes qui suivent.

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Scène de combat, sans lieu ni date. Creative commons.

Pierre de Portgamp ou la portée heuristique du T

Source précieuse tant elle est riche, la fiche matricule de recrutement est une archive qui peut également se révéler redoutablement piégeuse. C’est ce que rappelle l’exemple du poète Pierre de Portgamp, individu qui semblait être mobilisé sous l’uniforme du 75e RI mais qui en réalité combat sous l’uniforme d’une unité de territoriaux bretons. Or, de prime abord anodine, cette affectation fait surgir de nouvelles hypothèses…

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Couple de sonneurs (détail). Musée de Bretagne: 2007.0012.77.

Jean Choleau, les binious du 270e RI et la misère militaire

Le 38e numéro, daté du 4e trimestre 1931, d’An Oaled publie un intéressant témoignage concernant la musique du 270e RI, formation comportant pendant la Première Guerre mondiale des binious[1]. La chose pourra paraître surprenante pour une unité tenant garnison en Haute-Bretagne, elle n’en était pas moins déjà connue et, du reste, signalée par Y. Lagadec[2]. Pour autant, cet article, intéressant à plusieurs égards, permet de mieux comprendre la genèse de cette formation et de revenir sur les ambiguïtés et les frustrations d’un militant de l’Emsav, Jean Choleau.

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