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Les couleurs au menu de Meaux

L’université d’été du Musée de la Grande Guerre de Meaux est un rendez-vous qui, au début du mois de juillet, marque traditionnellement la fin de l’année académique. Mais, plus encore, cette manifestation, conçue généralement en écho avec l’exposition temporaire présentée par le Musée, permet de faire le point sur une thématique en associant, sous la houlette de l’historien F. Cochet, chercheurs venus d’horizons disciplinaires multiples et archivistes. En 2021, par exemple, c’était la narration du conflit qui était au programme quand, l’année dernière, les chevaux s’invitaient au menu. Le 4 juillet 2026, dans le sillage du splendide catalogue publié par les éditions LIBEL, ce sont les couleurs de la Grande Guerre qui seront au cœur des échanges : une thématique évidente, d’apparence simple et pourtant éminemment complexe et, pour tout dire, stimulante[1].

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Colloque : Services militaires et mobilisations (fin XIXe – XXIe siècles)

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 puis l’élection de Donald Trump pour un nouveau mandat de président des États-Unis provoquent en Europe un renouveau du débat sur la conscription et, plus généralement, sur les mobilisations de type militaire. Pour autant, le retour pur et simple au temps du service militaire, tel qu’il peut exister en France dans la première moitié du XXe siècle, n’est pas envisageable. Les années 1968 et la perte de poids de ce régime spécifique de citoyenneté qu’est le port de l’uniforme, autrement dit l’affranchissement du fait militaire et guerrier qui s’observe dans la péninsule armoricaine comme au sein de toutes les démocraties libérales occidentales d’alors, impose de trouver une nouvelle voie. Ainsi, annonçant le 27 novembre 2025 à Varces (Isère) l’instauration d’un « service national, volontaire et purement militaire », Emmanuel Macron déclare : « Nous ne pouvons pas revenir au temps de la conscription, mais nous avons besoin de mobilisation ». À en croire le Président de la République, qui repousse l’universel en la matière au motif que « nos armées n’ont plus vocation à encadrer ni à accueillir la totalité d’une classe d’âge, ce qui représente entre 600 000 et 800 000 jeunes », ce modèle contribuera à maintenir la France dans son statut d’armée « la plus efficace d’Europe ». Il ne fait pas de doute qu’une telle mesure renvoie pour une assez large part à des considérations de politique intérieure et entre en résonnance avec un imaginaire associant à la conscription l’endurance du soldat. Comme si, en définitive, le retour de la perspective de la haute intensité imposait le recours à des solutions déjà éprouvées. Cette perpétuation du mythe de la levée en masse est d’ailleurs pleinement assumée par le Président puisqu’il s’agit, à l’en croire, d’être « fidèle, en cela, à cette chaîne des temps qui relie les volontaires de l’an II jusqu’aux maquisards des Glières et du Vercors », en passant serait-on tenté d’ajouter par les champs de bataille de Verdun et de la Somme.

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La mobilisation d’un établissement d’enseignement supérieur en Grande Guerre

Crée en 1900, l’École des hautes études sociales est une institution d’enseignement supérieur privé absolument passionnante mais qui, de manière assez révélatrice, attend encore que l’on se penche sur elle[1]. Faute d’archives, on ne peut aujourd’hui mesurer avec précision les conséquences de la Première Guerre mondiale sur la vie quotidienne de l’École. On ignore le nombre d’enseignants mobilisés[2] – sans doute assez faible du fait de leur âge généralement assez avancé – tout comme la proportion d’étudiants servant aux tranchées. On sait simplement qu’en 1914 des facilités sont accordées aux individus sous les drapeaux : « Les officiers, sous-officiers et soldats des armées alliées en congé de convalescence à Paris, les étudiants immatriculés aux universités belges et les étudiants français des régions envahies seront admis à toutes les sections de l’École avec remise complète des droits d’inscription »[3]. Sans doute ces dispositions sont-elles élargies au cours du conflit à d’autres soldats, notamment ceux portant les uniformes britanniques et américains[4]. Mais on ne peut en dire plus en l’état actuel des connaissances. Pour autant, la presse permet de certifier que non seulement l’institution ne cesse pas ses activités pendant le conflit mais qu’elle est pleinement engagée au sein de l’effort intellectuel et pédagogique de guerre. En cela, elle suit à n’en pas douter l’exemple de sa fondatrice, Dick May, dont l’activisme est réel, quitte, parfois, à déclencher les foudres de la « désunion sacrée ».

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Oeuvre d'Auguste Nayel (détail). Archives Elisabeth Loir-Mongazon.

D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918

Sur une invitation de la Région Bretagne, j’ai eu le plaisir de donner le 23 septembre 2020, au Ti Ar Vro de Saint-Brieuc et dans le cadre des Journées européennes du patrimoineune conférence intitulée « D’une guerre à l’autre : 1870 pour mieux comprendre 1914-1918 ». Prenant acte d’une part du foisonnement des questionnements relatifs à la séquence 1870-1871, d’autre part des perspectives offertes par l’exploration de la chronologie ressentie, et non plus strictement diplomatique, du conflit, j’ai procédé à l’analyse de l’une de ces passerelles permettant de dérouler le fil de ces représentations mentales qui, comme en germination, semblent éclore pendant la Première Guerre mondiale. C’est le verbatim de cette conférence que je vous propose de découvrir dans les lignes qui suivent.

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Affiche de la Journée d'études "Une approche pluridisciplinaire de la guerre de 1870-1871" organisée le 4 avril 2020 aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (détail).

Retour sur une approche pluridisciplinaire de la guerre de 1870

Le 16 septembre 2020 s’est tenue en l’amphithéâtre Foch des Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan une journée d’études consistant en une approche pluridisciplinaire de la guerre de 1870, manifestation mêlant historiens, sociologues mais aussi juristes et historiens de l’art. Fort riche, cette manifestation dit parfaitement tout l’intérêt de la commémoration du 150e anniversaire de « l’année terrible », la demande sociale de mémoire permettant de mettre en lumière certains des derniers acquis de la recherche.

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Jean-Yves Le Naour sort de guerre

Historien talentueux à qui l’on doit des travaux pionniers sur le genre ou la dimension régionale en Grande Guerre[1], J.-Y. Le Naour change de braquet en livrant un volume, publié chez Perrin, intitulé 1919-1921. Sortir de la Guerre[2]. Il s’agit là du dernier tome d’une vaste série retraçant chronologiquement, année par année, ce conflit absolument hors-normes qu’est la Première Guerre mondiale et l’on retrouve en ces pages ce qui fait la force de cet auteur : une plume acérée – un peu trop peut-être… – et qui sait conjuguer art du récit et talent analytique tout en croquant efficacement les hommes – peu de femmes dans cette fresque – qui font l’Histoire. Il y a là une recette connue mais difficile à maîtriser et l’on se doit de souligner ici le talent manifeste de J.-Y. Le Naour : écrire ce type d’ouvrage n’est pas à la portée de tout le monde. Le paradoxe est que ce volume est, au contraire, pensé pour pouvoir être accessible au plus large lectorat : écriture aérienne, chapitres ciselés qui rythment l’ouvrage, appareil critique réduit à la portion congrue – et de surcroît en fin de livre ce qui est particulièrement exaspérant.

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