Archives par mot-clé : Général de brigade

Carte postale. Collection particulière.

Quand un 47 en cache deux autres (en 1870)

Que le tableau de l’armée française de 1870 soit d’une rare complexité est chose entendue, surtout quand on vient le comparer à celui de « l’Armée nouvelle » fondée dans la décennie qui suit[1]. Point de tripartition en effet entre active, réserve et territoriale autour d’un même dépôt, comme à Saint-Malo par exemple avec les 47e et 247e RI ainsi que le 78e RIT, mais une succession d’unités renvoyant de plus à des régimes différents mais toutes liées par une législation – la loi Niel de 1868 – insuffisante et toujours mises sur le pied de guerre dans l’urgence[2]. Sans doute cette complexité a-t-elle pu rebuter un certain nombre d’auteurs, ce d’autant plus que la discipline semble par bien des égards désormais s’intéresser moins au fait guerrier qu’à ses représentations. D’où, par exemple, les travaux très stimulants de J.F. Lecaillon sur la mémoire de la guerre de 1870. Mais du point de vue de l’histoire de l’institution militaire, et notamment de ses régiments, le constat, dressé au moment du 150e anniversaire, demeure valide : les études sont rares et le plus souvent dépassées car trop souvent dans la droite ligne de textes publiés dans les années suivant le conflit[3]. Aussi, pour un panorama rapide à propos de la France de l’Ouest, et donc de la Bretagne, on ne pourra que renvoyer à l’article aujourd’hui classique du général Bertin publié… au moment du centenaire[4]. C’est dire donc si c’est bien une certaine forme de léthargie qui caractérise ce champ, quand bien même cette appellation pourrait ici être recevable. Il va sans dire que les quelques lignes qui vont suivre n’ont nullement la prétention de rebattre les cartes. Pour autant, nous aimerions à notre tour mettre en lumière la grande complexité de l’armée française de 1870-1871 en nous focalisant, comme on a pu le faire à propos de la Première Guerre mondiale, sur le 47e régiment. En effet, derrière cette unique appellation se retrouvent en réalité trois unités distinctes, aux parcours bien différents, et dont la portée heuristique est réelle.

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Tanguy Le Gentil de Rosmorduc : un officier de série B ?

Né le 23 novembre 1892 à Trémel, dans les Côtes-du-Nord, le lieutenant-colonel Tanguy Le Gentil de Rosmorduc commande au printemps 1940 le 48e RI, unité tenant garnison à Guingamp mais aussi à Landerneau, dans le Finistère[1]. Le parcours de cet officier nous est connu principalement par son dossier de Légion d’honneur, conservé aux Archives nationales, ainsi que par la reconnaissance optique de caractères disponible sur la presse en ligne[2]. Ces sources permettent de dessiner la carrière d’un aristocrate bien né et qu’un certain ethos familial semble promettre au métier des armes. Pour autant, ces prédispositions font-elles de Tanguy Le Gentil de Rosmorduc un bon officier supérieur ? Répondre à cette question exige bien entendu de la prudence tant, en la matière, toute certitude est à proscrire. Mais une telle interrogation est d’importance en ce qu’elle semble dessiner, comme par ricochet, le niveau du 48e RI en 1939.

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Sans lieu, ni date. Collection particulière.

Quand Zeller fait du social

La visite qu’effectue l’abbé Pierre à Rennes le 24 février 1954 à Rennes est globalement bien connue. Celle-ci s’inscrit dans la suite de son célèbre appel lancé quelques semaines plus tôt sur l’antenne de Radio-Luxembourg alors qu’une redoutable vague de froid frappe la France et cause des dizaines de morts parmi les plus mal-logés. Dans le chef-lieu d’Ille-et-Vilaine, le parc immobilier est singulièrement sous-dimensionné et la situation grave. C’est pour cela que le maire Henri Fréville décide de répondre à l’appel de l’ecclésiastique et de lancer la construction d’une « cité d’urgence ». La visite de l’abbé Pierre intervient au lendemain de la mise en chantier de ce qui jette les bases du quartier de Cleunay. Mais ce que la mémoire collective n’a absolument pas retenu, c’est que parmi les personnalités présentes ce jour là autour de l’abbé figure le général André Zeller commandant la 3e région militaire, celui-là même qui quelques années plus tard formera un célèbre « quarteron » avec ses homologues Raoul Salan, Maurice Challe et Edmond Jouhaud. Comment expliquer cette amnésie et en quoi est-elle signifiante ?

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Une de l'édition du 7 juin 1940 de L'Ouest-Eclair (détail). Gallica / Bibliothèque nationale de France.

1940 : l’autre 6 juin du général de Gaulle

Contrairement à ce que la mémoire collective laisse trop souvent entendre, les armées françaises et allemandes disposent au printemps 1940 d’un nombre équivalent de chars d’assaut. Mais bénéficier d’une arme est une chose, savoir s’en servir en est une autre. Or la doctrine d’emploi française est complètement périmée, celle-ci étant établie pour un conflit de longue durée, comme avait pu être la Première Guerre mondiale, et non pour une attaque brusquée, devant aboutir à un succès rapide. C’est dans ce contexte que Charles de Gaulle fait son entrée au Gouvernement, le 6 juin 1940, en tant que Sous-secrétaire d’Etat à la Défense nationale et à la guerre. Annonçant le lendemain la composition du nouveau « ministère français », le quotidien catholique rennais L’Ouest-Eclair consacre deux paragraphes entiers à celui qui « était encore colonel le 28 mai dernier »[1]. Bref, le propos n’en est pas moins particulièrement instructif.

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