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Portrait d'Henry Coutant en "une" de Paris-Soir, édition du 1er janvier 1924 (détail). Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Henry Coutant, journaliste breton ?

Puisque fondé à Rennes à l’occasion du procès en révision du capitaine Alfred Dreyfus devant le Conseil de guerre de la 10e région militaire, il est convenu de qualifier le quotidien L’Ouest-Éclair de breton. Il est vrai que cette entreprise ne lésine pas sur la fibre régionaliste, tant en soutenant nombre d’artistes locaux qu’en se muant en ardant promoteur du secteur touristique. Pour autant, là comme en toute chose, la mesure doit demeurer et la bretonnité de ce titre doit être nuancée. Passons rapidement sur le fait que le journal de la veille de la Seconde Guerre mondiale n’a plus grand-chose à voir avec celui de 1899, notamment du fait de ses éditions locales, à Nantes à partir de 1915, mais aussi à Caen à partir de 1912 – en Normandie donc. Rappelons d’ailleurs que ce titre se présente alors comme étant « de la Bretagne et de l’Ouest ». En 1909, il revendique 500 000 lecteurs quotidiens sur 11 départements (de la Manche au Maine-et-Loire, du Finistère à l’Orne et la Sarthe) répartis dans 2 300 communes et affirme aux annonceurs : « La Publicité de L’Ouest-Éclair est la plus importante de la Région et la moins chère de tous les journaux français en proportion de la valeur de chacun d’eux »[1]. Si la rue du Pré-Botté demeure le centre névralgique de la galaxie L’Ouest-Éclair, celle-ci s’étend bien au-delà des frontières de la péninsule armoricaine. Aussi est-ce d’ailleurs pourquoi elle n’emploie pas que – loin de là du reste – des Bretons, même si on se gardera bien de donner une définition trop stricte de ce terme par bien des égards trop difficile d’emploi pour être complètement opérant en sciences sociales. Toujours est-il qu’Henry Coutant ne se définit assurément pas comme tel puisqu’il se révèle être un ardent promoteur de l’identité angevine… tout en étant une des grandes plumes de L’Ouest-Éclair. C’est d’ailleurs lui qui, officiant en tant que « Directeur de l’Agence Parisienne » de ce journal, est l’envoyé spécial du quotidien rennais sur le front anglais au cours de l’été 1916, ce qui le conduit à rendre compte, à la première personne du singulier, d’une partie de la bataille de la Somme[2]. Bien que revendiquant un ancrage local, L’Ouest-Éclair, avec Henry Coutant, confie la couverture de cet événement à un Angevin « monté à la capitale » et diffuse ses reportages dans ses éditions rennaise, nantaise et caennaise. On mesure donc combien la bretonnité de ce journal doit être nuancée et, en définitive, approchée avec circonspection.

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La chanteuse Fély Clement, de l'opéra de Boston, drapée dans la bannière étoilée. Library of Congress: LC-B25546.

Les Consuls des États-Unis en Bretagne pendant la Grande Guerre

L’historien Y.-H. Nouailhat a montré combien les autorités présentes le 26 juin 1917 pour accueillir les premiers éléments du corps expéditionnaire américain débarquant en France sont réduites à la portion congrue : le secrétaire général de la préfecture de Loire-Inférieure, le sous-préfet de Saint-Nazaire et un officier de Marine[1]. Le secret entourant cette opération, qui est imposé par la guerre sous-marine « à outrance » décrétée par les Allemands, explique à bien des égards la modestie de cette délégation. Mais on reste toutefois étonné par l’absence d’autorités consulaires en ce jour marquant la véritable entrée des États-Unis dans la dimension militaire du conflit[2]. On pourra toujours rétorquer que la représentation américaine fait défaut dans le port de l’estuaire de la Loire. Il faut en effet attendre le 12 septembre 1917 pour que le Département d’État installe à Saint-Nazaire un consulat, tenu par deux hommes précédemment en poste à Nantes, le consul de VIIe catégorie Milton Beckwith Kirk et son adjoint le vice-consul Arthur L.V. Hutt, un sujet britannique[3]. Quelques semaines plus tard, le 30 novembre 1917, le consul de VIIIe catégorie Sample B. Forbus arrive pour sa part à Brest, où il prend la suite d’un agent consulaire de nationalité française, mais ayant officié aussi pour le compte de l’Italie, Alfred Pitel[4]. S’il est faux de dire que l’implication militaire des États-Unis est sans conséquence sur les représentations consulaires américaines en Bretagne, alors que la péninsule armoricaine constitue une porte d’accès essentielle des Doughboys au théâtre européen des opérations, le fait est que l’influence du conflit sur ce réseau diplomatique est sans commune mesure avec l’effort de guerre fourni par l’Oncle Sam : plus de 4 millions de mobilisés, dont 2 sont projetés sur le Vieux continent, et 114 000 morts, dont la moitié au combat[5]. Il n’est dès lors pas étonnant que les consuls soient les grands absents de l’historiographie de la présence américaine en Bretagne, même si l’histoire de ces diplomates méconnus a déjà été abordée sur ce carnet de recherche.

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