Archives par mot-clé : Élévation

Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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La chanteuse Fély Clement, de l'opéra de Boston, drapée dans la bannière étoilée. Library of Congress: LC-B25546.

Les Consuls des États-Unis en Bretagne pendant la Grande Guerre

L’historien Y.-H. Nouailhat a montré combien les autorités présentes le 26 juin 1917 pour accueillir les premiers éléments du corps expéditionnaire américain débarquant en France sont réduites à la portion congrue : le secrétaire général de la préfecture de Loire-Inférieure, le sous-préfet de Saint-Nazaire et un officier de Marine[1]. Le secret entourant cette opération, qui est imposé par la guerre sous-marine « à outrance » décrétée par les Allemands, explique à bien des égards la modestie de cette délégation. Mais on reste toutefois étonné par l’absence d’autorités consulaires en ce jour marquant la véritable entrée des États-Unis dans la dimension militaire du conflit[2]. On pourra toujours rétorquer que la représentation américaine fait défaut dans le port de l’estuaire de la Loire. Il faut en effet attendre le 12 septembre 1917 pour que le Département d’État installe à Saint-Nazaire un consulat, tenu par deux hommes précédemment en poste à Nantes, le consul de VIIe catégorie Milton Beckwith Kirk et son adjoint le vice-consul Arthur L.V. Hutt, un sujet britannique[3]. Quelques semaines plus tard, le 30 novembre 1917, le consul de VIIIe catégorie Sample B. Forbus arrive pour sa part à Brest, où il prend la suite d’un agent consulaire de nationalité française, mais ayant officié aussi pour le compte de l’Italie, Alfred Pitel[4]. S’il est faux de dire que l’implication militaire des États-Unis est sans conséquence sur les représentations consulaires américaines en Bretagne, alors que la péninsule armoricaine constitue une porte d’accès essentielle des Doughboys au théâtre européen des opérations, le fait est que l’influence du conflit sur ce réseau diplomatique est sans commune mesure avec l’effort de guerre fourni par l’Oncle Sam : plus de 4 millions de mobilisés, dont 2 sont projetés sur le Vieux continent, et 114 000 morts, dont la moitié au combat[5]. Il n’est dès lors pas étonnant que les consuls soient les grands absents de l’historiographie de la présence américaine en Bretagne, même si l’histoire de ces diplomates méconnus a déjà été abordée sur ce carnet de recherche.

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