Archives par mot-clé : Documentaire

Saisir la Grande Guerre en couleurs : un défi pour l’historien

Cette anecdote résume bien le paradoxe des couleurs de la Grande Guerre. Conseiller scientifique pour un documentaire prévu pour être diffusé en prime time à l’occasion du 11 novembre 2024, j’ai vite saisi que la colorisation des archives s’imposait. La chaîne refusait en effet de proposer un film en noir et blanc à une heure de grande écoute, et cette contrainte était déjà acceptée par toute l’équipe de production. Restait donc à retrouver les couleurs de la Grande Guerre — une tâche bien plus ardue qu’il n’y paraît. Profitons d’ailleurs de l’occasion pour avancer l’idée que cette question est vraisemblablement très largement périmée puisqu’il est probable que l’injonction se pose en des termes très différents aujourd’hui. En effet, la réticence de l’historien – car ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’un être structurellement réticent ! – porte probablement moins en 2026 sur la colorisation d’images que sur leur génération par une intelligence artificielle. Or, là encore, sans doute faut-il faire preuve de souplesse et se garder de tout rejet a priori de l’innovation, sauf à vouloir tomber absolument dans le piège de l’illusion technologique. L’historiographique de la Grande Guerre montre en effet combien la nécessaire illustration du conflit par et pour les organes de presse de l’époque pose déjà les termes d’une équation autrement plus complexe que la simple dichotomie « vrai / faux » pour faire intervenir des termes tels que « vraisemblable » ou « plausible »[1]. C’est dire donc si la question des couleurs doit être appréhendée dans un spectre éminemment subtil et qui, surtout et contrairement à ce que l’on veut trop souvent penser, n’a rien d’inédit.

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Navarin : de la victoire manquée (1915) à la victoire oubliée (1918)

Le 47e Ri est fort lié à la Marne et à la Champagne, que cela soit du fait des terribles pertes consenties lors de l’offensive du 25 septembre 1915 puis les longs mois passés dans le secteur jusqu’à la fin du printemps 1916, ou par les combats de l’été 1918, ceux-là même qui conduisent à l’Armistice du 11 novembre, sans oublier bien entendu le « miracle » de septembre 1914 et les assauts sur le fort de la Pompelle. Pour autant, évoquer l’histoire de cette unité sur cette portion illustre du front de la Grande de Guerre n’est pas chose aussi aisée qu’il n’y paraît. Reposant sur la critique interne et externe des sources, la méthode historique est assurément indissociable de la découverte d’archives. Mais cette science sociale ne saurait se limiter à un répertoire d’action s’incarnant, peu ou prou, en un inventaire documentaire méticuleusement rédigé par des archivistes-paléographes. Réduire l’opération historique à une simple mécanique reviendrait à oublier que ce processus est non seulement autrement plus complexe mais faillible, ce qui implique que la découverte de sources ne va pas nécessairement de soi. Pour le dire autrement, s’il est essentiel de disposer d’une documentation sur laquelle forger une réflexion, encore faut-il, pour que la construction intellectuelle puisse germer, que ce matériau « parle », c’est-à-dire qu’il évoque quelque chose au cerveau du chercheur. C’est précisément là que réside la complexité de la démarche puisque l’esprit humain n’est pas sans failles, loin de là.

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Image extraite du film "1914, et soudain la guerre!" de Cédric Gruat. Tous droits réservés.

Rendez-vous sur France 5 le 26 octobre !

Je n’avais pas eu le temps de l’évoquer l’année dernière, lors de sa diffusion en prime time sur France 2 le 12 novembre 2024, mais l’excellent documentaire 1914, et soudain la guerre! réalisé par Cédric Gruat, co-produit par Roche Productions et l’ECPAD, film sur lequel j’ai eu le bonheur d’officier en tant que conseiller historique, sera rediffusé le 26 octobre prochain à 21.05 sur France 5. Du coup, sans doute est-ce le moment de revenir sur cette expérience par bien des égards enrichissante.

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Image extraite du film "1914, et soudain la guerre!" de Cédric Gruat. Tous droits réservés.

Le 12 novembre c’est soirée TV !

Le 12 novembre prochain, France 2 diffusera en prime time, à 21h05, le documentaire 1914, et soudain la guerre ! réalisé par Cédric Gruat, film pour lequel j’ai eu l’honneur d’officier en tant que conseiller historique. Co-produit par Roche productions et l’ECPAD, et proposé dans le cadre des commémorations du 110e anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce documentaire bénéficie du concours d’un prestigieux narrateur, le célèbre acteur Vincent Lindon. S’il n’est pas toujours facile pour un historien d’évoluer au sein d’une si lourde machine, et de faire entendre un point de vue scientifique, ce beau film n’en est pas moins intéressant et, j’ai même la faiblesse de croire, à certains égards neuf.

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Du régiment de Paul Belliard

Paul Belliard est sans doute plus intéressant pour ce qu’il dit, malgré-lui, du processus d’élaboration des connaissances en histoire que pour son parcours, qui demeure encore très largement méconnu et pour ce qu’on peut en saisir fort banal. Alors qu’il est aujourd’hui de bon ton d’incriminer, assez paresseusement du reste, les réseaux sociaux, on oublie trop facilement que ceux-ci permettent non seulement de créer du lien entre des personnes travaillant sur des thématiques voisines mais qu’ils favorisent la circulation des informations… et des archives. C’est ainsi que S. Bossy-Guérin, excellente doctorante travaillant sur l’histoire du rugby dans l’Ouest de la France sous la direction de S. Jeannesson et O. Chovaux, m’a transmis il y a quelques jours une minuscule coupure de presse relative à un « lieutenant-adjoint au trésorier du 47e ». À peine 5 lignes qui invitent à deux réflexions. En premier lieu, on soulignera combien le réseau social est une pratique numérique et historienne discrète favorisant aussi l’inflation des corpus documentaires. En second lieu, et s’il faut savoir, pour paraphraser Maurice Thorez, terminer une thèse, force est de constater que celle-ci n’en a jamais complètement fini avec son auteur. La tentation d’en savoir un peu plus sur cet officier était en effet trop forte pour pouvoir y résister. D’où ce rapide billet…

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La République : une identité civile ?

Le volume que la grande historienne de la laïcité J. Lalouette consacre à « l’identité républicaine de la France » intéressera à n’en pas douter quiconque travaille sur l’histoire du fait militaire et guerrier en Bretagne de 1860 à 1962, même si le lien avec cette période peut ne pas paraître évident[1]. En effet, cette expression apparaît dans les années 1980. L’autrice souligne d’ailleurs combien celle-ci conduit à une nécessaire réflexion quant à l’unicité et l’indivisibilité de la République, réflexion qui permet d’historiciser les questions identitaires. D’une certaine manière, c’est de la mémoire de la Révolution et des stigmates de ce que certains historiens ont même qualifié de guerre civile de basse intensité dont il est question avec cette identité affirmée, ou au contraire combattue[2]. Mais ce que dit certainement le plus ce livre, c’est l’avancée du processus de civilianisation de la France du tournant du XXIe siècle. Il est en effet difficile de ne pas remarquer combien cette identité républicaine est conçue en dehors de l’uniforme et de la caserne : un comble quand on songe aux générations du feu qui, de 1870 à 1962, ont servi – exception faite de Vichy et des collaborateurs partis combattre pour le IIIe Reich – les armées de la République.

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Détail de la couverture de l'ouvrage "Les Ciels de la Grande Guerre. Aquarelles d’André des Gachons, Champagne".

Is sky the limit ? A propos d’André des Gachons

Peut-être faut-il voir là la marque d’un esprit peu aventureux, ou tout du moins lent à déceler l’intérêt d’une problématique, mais après m’être essayé brièvement à l’histoire environnementale du 47e RI, je dois confesser que j’ai longtemps douté de la pertinence de cette approche pour l’histoire de la guerre, tout du moins dans ce qu’elle a de plus opérationnel[1]. Avouons-le sans détour, cet ouvrage très neuf, croisant histoire militaire, mais aussi géographie, histoire de l’art ou encore climatologie, centré sur la figure d’André des Gachons, ne m’a malheureusement pas fait changer d’avis, ce qui du reste n’enlève absolument rien à ses qualités[2].À l’inverse d’un Mathurin Méheut ou d’un Pierre Galle, André des Gachons ne s’intéresse pas aux hommes, aux combattants, mais aux cieux, rien qu’aux cieux (p. 18). Il en résulte un corpus documentaire d’une extraordinaire originalité puisque, comme le rappellent fort justement les auteurs, M. Tabeaud et X. Browaeys, « il est très difficile, faute d’archives, de retrouver les paysages célestes de 1914-1918 » (p. 7). Mais encore une fois, cet ouvrage fort stimulant refermé, je dois avouer ne toujours pas être convaincu par les apports d’une approche environnementale des opérations militaires, l’histoire du combat devant par définition s’intéresser à l’environnement du guerrier, et donc au temps qu’il fait.

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Gardes mobiles (1868), image d'Epinal (détail). Collection Musée de Bretagne : 2013.0000.120.

A la recherche de l’invisible vétéran : Léon Jamin

Léon Jamin n’est probablement pas le plus connu des hommes politiques nantais. Né à Angers le 27 janvier 1845 et décédé le 20 janvier 1920 en cette même ville, il est pourtant une figure marquante de la Cité des Ducs. Centralien, capitaine d’industrie, conseiller municipal puis adjoint au maire de 1888 à 1919, Président du Conseil général de Loire-Inférieure de 1898 à 1919 et officier au 29e régiment de mobiles du Maine-et-Loire pendant la guerre de 1870, Léon Jamin est assurément l’homme de plein de vies. Mais le fait est que son engagement au cours de « l’année terrible » n’est quasiment jamais mentionné par les nombreuses nécrologies qui sont publiées à son décès. Il est vrai que sa mort, subite, prend manifestement les rédactions de court. Toutefois, il semble que cette amnésie n’est pas que la conséquence des contraintes journalistiques liées à son décès mais témoigne au contraire d’une page qui se tourne et, pour le dire autrement, du refroidissement (définitif ?) de la mémoire de la guerre de 1870[1].

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La Résistance en ses frontières : Jade objet d’histoire ?

Faire l’histoire d’un réseau de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale est chose éminemment difficile. Lorsqu’il s’agit en plus de Jade, structure à double blanche liée non à la France libre mais à l’Intelligence Service britannique (IS), et dont de nombreuses ramifications parcourent la Bretagne, la tâche est sans doute encore un peu plus ardue. C’est dire si la démarche entreprise par A. Kervella dans ce livre qu’il publie chez Nouveau monde éditions est complexe[1]. Le texte, semblable par bien des égards à un gigantesque kaléidoscope, le reflète pour partie et le lecteur peut parfois perdre pied face à la multitude de récits et de portraits qu’il recèle, comme dans une sorte d’interminable roman choral. C’est d’ailleurs, paradoxalement, ce qui fait la force de ce volume qui constituera, grâce à un judicieux index nominatif, qui aurait pu être doublé d’un index des lieux, un très utile outil de travail pour toutes celles et ceux dont les recherches portent justement sur la Seconde Guerre mondiale. Pour autant, il nous semble que cette enquête pâtit d’un manque de réflexion sur l’objet en lui-même.

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Echelles de la guerre d’Algérie

Particulièrement dynamique, la guerre d’Algérie constitue un véritable défi pour qui s’intéresse à la Bretagne. Éloignée de l’Afrique du Nord, la péninsule armoricaine n’est pour autant nullement déconnectée des « événements » : l’envoi des appelés et les opérations de l’OAS contribuent ainsi à importer l’événement en Bretagne. Sans compter que la perspective de l’indépendance n’est pas sans influer sur le cours de la vie politique, mais aussi économique, locale comme le montre l’exemple d’un Joseph Nader[1]. Pour autant, limiter la guerre d’Algérie à un conflit franco-algérien serait perdre de vue une dimension importante de ce drame, son internationalisation dans un contexte de guerre froide. Aussi est-ce pourquoi on suivra avec attention le colloque organisé le 18 mars 2021 par la Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie, des Combats du Maroc et de Tunisie.

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2020 : retrouver Stéphane Audoin-Rouzeau ?

Nous ne saurions trop conseiller ce recueil d’articles de l’historien S. Audoin-Rouzeau, série de textes méconnus opportunément publiée par les Editions du Félin[1]. Car en permettant de (re)découvrir des articles anciens, publiés dans des catalogues d’exposition, diffusés en allemand ou en espagnol et donc trop souvent sortis des radars bibliographiques, voire même en donnant à lire des textes inédits, ces « petits sujets sur la violence de guerre » permettent de revenir sur l’œuvre d’un intellectuel important et dont la pensée dépasse de très loin le strict cadre de la discipline historique. Comme une sorte de bilan devenu nécessaire dans la mesure où, de l’aveu même de l’auteur, « s’achève un parcours de recherche rendant inévitable un bref retour sur le travail accompli, au moment où l’on dresse l’inventaire des forces et des faiblesses d’une proposition scientifique étendue sur quarante années et touchant nécessairement à son terme » (p. 8).

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Galette à Auray. Wikicommons.

J’aime la galette !

Qu’il s’agisse de crêpes ou de galettes – l’appellation variant suivant les endroits et les dimensions du mets – le sarrasin est indissociable de la Bretagne. Ou tout du moins d’une certaine Bretagne, celle qui se donne à voir à travers ce kit identitaire – pour reprendre les termes de l’historienne A.-M. Thiesse – aussi simplificateur qu’oublieux. Ainsi, et pour ne rester que dans le domaine de cette céréale, quid des bouillies qui, jusque dans les années 1960 au moins, trônent régulièrement sur les tables des fermes de haute-Bretagne ? C’est dire si, au-delà du folklore et des images de carte postale, cette plante constitue un objet historique absolument central pour quiconque s’intéresse à la péninsule armoricaine.

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