Archives par mot-clé : Confins

Albert Després : deux fois condamné à mort mais, plus encore, dégradé

Parmi les centaines de défunts que déplore le 47e RI pendant la Première Guerre mondiale figurent 4 individus au destin particulier, non pas morts pour la France mais tués par l’unité, précisément pour avoir manqué de la servir correctement : Léon Peyrical, François Denès, Toussaint Besnard et Louis Bellamy[1]. Bien compris, ces dossiers n’invitent à aucune précision supplémentaire sauf à rappeler qu’ils ne constituent, à l’évidence, que la face émergée d’un appareil coercitif beaucoup plus vaste et dont les effets peinent encore à être exactement cernés. Bien entendu, il ne s’agit pas de rejouer ici les termes de la dialectique entre contrainte et consentement, opposition historiographique qui a beaucoup contribué au renouvellement des connaissances mais qu’il convient aujourd’hui de dépasser au moyen de nouveaux schémas interprétatifs[2]. D’ailleurs, on remarquera que dans les 4 cas de figure évoqués plus haut, il ne s’agit pas tant de maintenir la relation d’autorité que les apparences une fois celle-ci rompue, la désobéissance étant manifeste[3]. Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette logique ne cesse pas avec l’Armistice du 11 novembre 1918, bien au contraire. C’est ce que vient rappeler l’exemple d’Albert Després, clerc de notaire né à Saint-Servan en 1883, déclaré déserteur le 8 juin 1916 et condamné à mort le 11 août 1916, puis une nouvelle fois, le 25 juin 1919, trois jours donc avant la signature du Traité de Versailles[4].

Continuer la lecture de Albert Després : deux fois condamné à mort mais, plus encore, dégradé
Barbelés dans le bois de Remières, au nord-est de Seicheprey, en Meurthe-et-Moselle (détail). La Contemporaine : VAL 153/061.

Le barbelé pour saisir la guerre dans sa complexité temporelle

L’histoire du barbelé en Grande Guerre est connue et il n’est vraisemblablement pas utile d’y revenir ici : tant son emploi que ses conséquences sur les opérations sont désormais bien appréhendés par l’historiographie[1]. F. Cochet, à qui l’on doit le concept de « système-tranchées », a d’ailleurs synthétisé récemment, et en quelques mots seulement, toute la complexité du warfare qui se développe sur le front ouest lors du premier conflit mondial : « entre la fin de l’année 1914 et le printemps 1918, la guerre connaît une situation militaire paradoxale : elle se technologise sans cesse mais, malgré cette sophistication technologique croissante, elle ne parvient pas à sortir des tranchées »[2]. C’est cette réalité d’un fil barbelé qui résiste à l’artillerie toujours plus puissante, aux gaz, aux chars d’assaut ou encore aux lance-flammes et aux mitrailleuses, que je souhaite interroger ici mais moins pour ce que cette ronce métallique dit du champ de bataille que pour ce qu’elle trahit des multiples temporalités qui régissent le fait militaire. Pour cela, j’opérerai en trois temps, d’abord celui de l’individu, puis celui des sociétés belligérantes avant, enfin, d’appréhender la simultanéité des couches chronologiques.

Continuer la lecture de Le barbelé pour saisir la guerre dans sa complexité temporelle

Le Pacifique : espace de détotalisation de la Grande Guerre ?

L’ouvrage que fait paraître M. Reynaud chez Passés Composés, volume portant sur la Première Guerre mondiale dans l’espace Pacifique, est de ceux qu’il faut connaître tant la bibliographie disponible sur ce conflit dans cette partie du monde est lacunaire[1]. Cette référence s’imposera donc, à n’en pas douter, comme un manuel indispensable à quiconque souhaite travailler sur cette partie du globe : chercheurs patentés, étudiants ou simples curieux y trouveront leur compte. Mais il n’est pas interdit de penser que ce livre parviendra à toucher un public beaucoup plus vaste tant, en définitive, il invite à se poser un certain nombre de questions qui dépassent très allègrement l’espace Pacifique.

Continuer la lecture de Le Pacifique : espace de détotalisation de la Grande Guerre ?

2020 : retrouver Stéphane Audoin-Rouzeau ?

Nous ne saurions trop conseiller ce recueil d’articles de l’historien S. Audoin-Rouzeau, série de textes méconnus opportunément publiée par les Editions du Félin[1]. Car en permettant de (re)découvrir des articles anciens, publiés dans des catalogues d’exposition, diffusés en allemand ou en espagnol et donc trop souvent sortis des radars bibliographiques, voire même en donnant à lire des textes inédits, ces « petits sujets sur la violence de guerre » permettent de revenir sur l’œuvre d’un intellectuel important et dont la pensée dépasse de très loin le strict cadre de la discipline historique. Comme une sorte de bilan devenu nécessaire dans la mesure où, de l’aveu même de l’auteur, « s’achève un parcours de recherche rendant inévitable un bref retour sur le travail accompli, au moment où l’on dresse l’inventaire des forces et des faiblesses d’une proposition scientifique étendue sur quarante années et touchant nécessairement à son terme » (p. 8).

Continuer la lecture de 2020 : retrouver Stéphane Audoin-Rouzeau ?