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Un chasseur alpin au prisme des Bretons : François Tisserand au Linge

On ne dira jamais assez combien les boites à livres sont des inventions précieuses, qui devraient être déclarées d’utilité publique. C’est ainsi en furetant dans un de ces ravissants refuges pour pages cherchant lecteurs que j’ai pu découvrir un ouvrage qui a immédiatement attiré mon attention, le témoignage de François Tisserand, chasseur alpin ayant notamment participé aux redoutables combats du Col du Linge, en 1915, dans les Vosges, sous l’uniforme des 30e et 70e bataillons[1]. Non seulement le volume est publié par une petite maison d’édition associative, ce qui rend probablement sa disponibilité assez relative, mais il porte sur une arme – les chasseurs alpins – et une portion de front – le col du Linge, dans les Vosges – dont j’ignore tout ou presque[2]. D’où le désir de se plonger dans ce volume et de voir en quoi l’expérience de guerre de ce Bressan diffère des Bretons que j’ai l’habitude d’étudier, et qui ne sont que rarement affectés au sein de ces troupes de montagne.

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Carte postale. Collection particulière.

Quand un 47 en cache deux autres (en 1870)

Que le tableau de l’armée française de 1870 soit d’une rare complexité est chose entendue, surtout quand on vient le comparer à celui de « l’Armée nouvelle » fondée dans la décennie qui suit[1]. Point de tripartition en effet entre active, réserve et territoriale autour d’un même dépôt, comme à Saint-Malo par exemple avec les 47e et 247e RI ainsi que le 78e RIT, mais une succession d’unités renvoyant de plus à des régimes différents mais toutes liées par une législation – la loi Niel de 1868 – insuffisante et toujours mises sur le pied de guerre dans l’urgence[2]. Sans doute cette complexité a-t-elle pu rebuter un certain nombre d’auteurs, ce d’autant plus que la discipline semble par bien des égards désormais s’intéresser moins au fait guerrier qu’à ses représentations. D’où, par exemple, les travaux très stimulants de J.F. Lecaillon sur la mémoire de la guerre de 1870. Mais du point de vue de l’histoire de l’institution militaire, et notamment de ses régiments, le constat, dressé au moment du 150e anniversaire, demeure valide : les études sont rares et le plus souvent dépassées car trop souvent dans la droite ligne de textes publiés dans les années suivant le conflit[3]. Aussi, pour un panorama rapide à propos de la France de l’Ouest, et donc de la Bretagne, on ne pourra que renvoyer à l’article aujourd’hui classique du général Bertin publié… au moment du centenaire[4]. C’est dire donc si c’est bien une certaine forme de léthargie qui caractérise ce champ, quand bien même cette appellation pourrait ici être recevable. Il va sans dire que les quelques lignes qui vont suivre n’ont nullement la prétention de rebattre les cartes. Pour autant, nous aimerions à notre tour mettre en lumière la grande complexité de l’armée française de 1870-1871 en nous focalisant, comme on a pu le faire à propos de la Première Guerre mondiale, sur le 47e régiment. En effet, derrière cette unique appellation se retrouvent en réalité trois unités distinctes, aux parcours bien différents, et dont la portée heuristique est réelle.

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La Francisque du marquis

La date du 11 octobre 1942 était censée être marquée d’une pierre blanche pour l’Emsav. En effet, ce jour-là, à l’occasion d’un fastueux jubilé à Rennes, le « maréchal des Français » fait remettre par le préfet Jean Quenette la Francisque à Régis de l’Estourbeillon, « marquis des Bretons pour ses quarante ans de lutte bretonne »[1]. Là s’exprime donc à la fois le credo régionaliste de Vichy mais aussi, d’une certaine manière, l’aboutissement de quatre décennies de combats politiques pour le dirigeant de l’Union régionaliste bretonne (URB). Mais si la mise en scène est savamment organisée, elle demeure ambigüe et, en définitive, ne parvient pas à masquer les dissensions, tant au sein de l’Emsav qu’à l’extérieur du reste. En examinant la manière dont la presse, en Bretagne tout particulièrement, traite de ce jubilé, il s’agira d’essayer de déterminer comment l’opinion – pour délicate d’emploi que cette notion soit – s’accorde des revendications régionalistes en cet automne 1942, alors que tous les yeux sont braqués sur Stalingrad.

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La Libération de Loudéac : pour un tournant spatial

Alors que le 80e anniversaire de la Libération charrie, opportunité éditoriale oblige, un lot assez impressionnant de publications, il est parfois difficile de trier le bon grain de l’ivraie et de faire la part des choses entre les titres dispensables et ceux que l’on ne saurait trop vivement recommander. L’ouvrage que consacrent Y. Lagadec et F. Lostec au pays de Loudéac est indéniablement à ranger dans cette dernière catégorie[1]. Fruit de plusieurs décennies de travail (p. 116 et 378), ce livre propose moins une synthèse qu’une sorte de biopsie historique, carotte géologique rappelant combien ces approches, peu privilégiées par une historiographie demeurée très thématique dans ses questionnements (p. 11) et n’ayant en définitive pas intégré le tournant spatial cher aux géographes, sont pourtant prometteuses. Pour le formuler autrement, c’est bel et bien de micro-histoire dont il s’agit, c’est-à-dire de l’analyse en profondeur d’un secteur pour en distinguer les singularités et les convergences : « une étude locale, par le bas, peut en effet mieux permettre de comprendre le global » (p. 10) affirment à raison les auteurs.

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La République : une identité civile ?

Le volume que la grande historienne de la laïcité J. Lalouette consacre à « l’identité républicaine de la France » intéressera à n’en pas douter quiconque travaille sur l’histoire du fait militaire et guerrier en Bretagne de 1860 à 1962, même si le lien avec cette période peut ne pas paraître évident[1]. En effet, cette expression apparaît dans les années 1980. L’autrice souligne d’ailleurs combien celle-ci conduit à une nécessaire réflexion quant à l’unicité et l’indivisibilité de la République, réflexion qui permet d’historiciser les questions identitaires. D’une certaine manière, c’est de la mémoire de la Révolution et des stigmates de ce que certains historiens ont même qualifié de guerre civile de basse intensité dont il est question avec cette identité affirmée, ou au contraire combattue[2]. Mais ce que dit certainement le plus ce livre, c’est l’avancée du processus de civilianisation de la France du tournant du XXIe siècle. Il est en effet difficile de ne pas remarquer combien cette identité républicaine est conçue en dehors de l’uniforme et de la caserne : un comble quand on songe aux générations du feu qui, de 1870 à 1962, ont servi – exception faite de Vichy et des collaborateurs partis combattre pour le IIIe Reich – les armées de la République.

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Quelques réflexions sur l’indexation collaborative à partir de la prosopographie d’un régiment dans la Grande Guerre

J’ai eu l’honneur et le privilège d’être invité par la Caverne du Dragon et F. Viltart à participer à une journée d’études intitulée 14-18 sur le web : Archives en ligne & généalogie. À cette occasion, j’ai pu revenir sur l’expérience accumulée au cours de ma thèse sur deux types d’archives, la fiche de mort pour la France d’une part, la fiche matricule de recrutement d’autre part. Ceci m’a permis de revenir sur le manque fondamental d’intérêt que porte l’histoire académique à ces sources, la discipline tendant à privilégier l’histoire de la guerre au détriment de celle des armées. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’indexation collaborative – celle engagée par le défi 1 jour 1 poilu pour les fiches de morts pour la France mais aussi les programmes en cours se rapportant aux fiches matricules de recrutement – échappe complètement à la recherche universitaire, quand bien même celle-ci se piquerait d’humanités dites numériques. Pourtant, il y a là une pratique nouvelle qui, à mon humble avis, doit intéresser les sciences sociales bien au-delà des éventuelles retombées historiographiques qu’il y a en attendre.

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A propos du fait militaire en 1972

Il est d’usage de considérer les accords d’Evian d’un strict point de vue diplomatique, c’est-à-dire comme la conclusion des négociations entre la France d’une part, le Gouvernement provisoire de la République d’Algérie d’autre part. S’il n’est bien entendu pas question, ici, de remettre en cause cette grille de lecture, il nous semble important de souligner la césure que constitue, sur un plan strictement franco-français, et donc pour ce qui nous concerne la Bretagne, le 19 mars 1962. En effet, du point de vue du fait militaire, cette date marque la fin d’une longue période, initiée pour faire simple en 1870, et liant la citoyenneté au port de l’uniforme, et non pas uniquement au bulletin de vote. Pour le dire autrement, ce qui débute avec la conclusion des accords d’Evian, ce sont des années 1968 qui amorcent un long processus de démilitarisation de la société française – et bretonne. Une tendance qui s’achève, à bien y penser, en 1997 avec la suppression du service militaire[1]. La commémoration du 10e anniversaire du 19 mars 1962 en donne un bel exemple.

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Le monument aux morts de Plestin-les-Grèves, carte postale (détail). Collection particulière.

Un cas complexe, Francis Choquer

La prosopographie est un exercice ingrat. Consistant à mettre en série des parcours biographiques, cette méthode est aussi, et peut-être même avant tout, une confrontation permanente à l’imperfection des sources. C’est ce que rappelle l’exemple de Francis Choquer, un soldat du 48e RI mort pour la France le 1er juin 1940 dans des circonstances particulièrement nébuleuses. En effet, l’antenne caennaise du Service historique de la Défense qui conserve son dossier individuel le répertorie comme étant décédé à Horfmille, un vocable qui ne renvoie à aucune localité connue[1].

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