Archives par mot-clé : Commerçant

Portrait de Louis Guérin publié le 21 juillet 1917 dans L'Ouest-Eclair.

Officier et garçon de café

Reconstituer la vie d’un individu en Grande Guerre exige de recourir à de nombreuses et très diverses archives[1]. Mais tout n’est pas qu’affaire de technique, loin de là. La curiosité, l’inventivité mais aussi, il faut bien l’avouer, la sérendipité et une certaine dose de chance, sont ici choses primordiales. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que toute la complexité du réel, que tout l’enchevêtrement des identités sociales (professionnelles, familiales, politiques et syndicales…) peut se dévoiler. C’est ce que rappelle le parcours étonnant, au croisement du civil et du militaire, du capitaine du 47e RI et patron d’un débit de boissons de Rennes, Louis Guérin[2]. L’appellation de « limonadier » ou de « garçon de café » que l’on retrouve fréquemment dans les archives paraît en effet assez largement abusive : c’est bel et bien d’un chef d’entreprise dont il s’agit ici. Ou précisément de plusieurs entreprises puisque derrière cet établissement se cache en réalité un second café, situé lui à Saint-Malo. Dès lors, la trajectoire du commerçant Louis Guérin se révèle comme tendue par une courbe indéniablement ascendante, et faisant du reste remarquablement écho à son cursus honorum militaire. De là à soupçonner un lien de cause à effet ?

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Portrait de Charles Frédouër publié le 10 octobre 1906 dans L'Ouest-Eclair. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Charles Frédouët et les racines ouvrières de l’UNC

Canoniquement, il est d’usage de faire remonter la naissance de l’Union nationale des combattants à l’alliance de deux hommes : le révérend-père Daniel Brottier d’une part, le Président du Conseil et ministre de la Guerre Georges Clemenceau d’une part. Un tel récit place donc la création de cette association dans le sillage de l’Union sacrée – d’où d’ailleurs la devise de l’UNC, « unis comme au front » – mais aussi des célèbres propos du Tigre affirmant à la tribune de la Chambre le 20 novembre 1917 : « Ces Français que nous fûmes contraints de jeter dans la bataille, ils ont des droits sur nous ». Il n’est pas difficile de voir combien il y a là, d’une part, une habile fiction politique faisant fi du secteur déjà très concurrentiel des associations dédiées à la préservation des « intérêts matériels et moraux des anciens combattants et victimes de guerre », pour reprendre la formule consacrée, d’autre part un narratif éminemment vertical dont on peut se demander s’il n’est pas, d’une certaine manière, un écho des organisations éminemment hiérarchisées que sont les armées et l’Église[1]. Il est intéressant de remarquer que ce ruissèlement syncrétique est répliqué au niveau départemental. En Ille-et-Vilaine, bastion traditionnel de l’UNC, le comité de patronage de la section rennaise regroupe ainsi en 1919 le général Antoine Baucheron de Boissoudy commandant la 10e région, le maire du chef-lieu du département Jean Janvier (par ailleurs officier de réserve), des parlementaires (Alexandre Lefas, Robert Surcouf, René Brice…), le cardinal René Dubourg évêque de Rennes ainsi que des représentants des deux quotidiens rivaux, l’abbé Félix Trochu pour L’Ouest-Éclair et Eugène Delahaye pour le Nouvelliste de Bretagne[2]. Mais cette manière de voir a l’inconvénient de jeter dans l’ombre un homme, Charles Frédouët, dont l’action pour l’implantation de l’UNC est d’autant plus remarquable qu’elle franchit allègrement, grâce au pouvoir de la presse moderne, les frontières de l’Ille-et-Vilaine.

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Fragments de correspondance d’Albert Henry

Que serait notre compréhension de la Grande Guerre sans les archives du for privé et, plus particulièrement encore, les correspondances de combattants ? Difficile de répondre à une telle question tant ce matériau est devenu incontournable au sein du répertoire d’action historien. Si l’opération intellectuelle que permet une telle source n’est pas nécessairement aisée à mener, puisqu’il faut sans cesse se demander en quoi le corpus soumis à l’analyse est conforme, ou non, à ce que l’on sait des comportements globaux des poilus, il n’en demeure pas moins qu’il y a là une source qu’il est difficile d’ignorer. Les quelques fragments de la correspondance d’Albert Henry, un fantassin de carrière au parcours remarquable, qui sont parvenus jusqu’à nous n’échappent pas à ce constat tant ils sont d’un grand intérêt pour qui réfléchit à la Grande Guerre, plus encore au 47e régiment d’infanterie pendant ce conflit. Après avoir présenté rapidement le corpus, il s’agira de revenir sur la fonction première de ces lettres avant de voir en quoi elles constituent un bon indice de la globalité des échanges entre le front et l’arrière d’une part, de la sociabilité sous l’uniforme pendant la Grande Guerre d’autre part.

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Du régiment de Paul Belliard

Paul Belliard est sans doute plus intéressant pour ce qu’il dit, malgré-lui, du processus d’élaboration des connaissances en histoire que pour son parcours, qui demeure encore très largement méconnu et pour ce qu’on peut en saisir fort banal. Alors qu’il est aujourd’hui de bon ton d’incriminer, assez paresseusement du reste, les réseaux sociaux, on oublie trop facilement que ceux-ci permettent non seulement de créer du lien entre des personnes travaillant sur des thématiques voisines mais qu’ils favorisent la circulation des informations… et des archives. C’est ainsi que S. Bossy-Guérin, excellente doctorante travaillant sur l’histoire du rugby dans l’Ouest de la France sous la direction de S. Jeannesson et O. Chovaux, m’a transmis il y a quelques jours une minuscule coupure de presse relative à un « lieutenant-adjoint au trésorier du 47e ». À peine 5 lignes qui invitent à deux réflexions. En premier lieu, on soulignera combien le réseau social est une pratique numérique et historienne discrète favorisant aussi l’inflation des corpus documentaires. En second lieu, et s’il faut savoir, pour paraphraser Maurice Thorez, terminer une thèse, force est de constater que celle-ci n’en a jamais complètement fini avec son auteur. La tentation d’en savoir un peu plus sur cet officier était en effet trop forte pour pouvoir y résister. D’où ce rapide billet…

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Collection Musée de Bretagne : 995.0008.3437.

A propos d’une faveur obtenue pour un ancien poilu

Il est difficile de comprendre la société française – et donc pour ce qui nous intéresse ici bretonne – des années 1920-1930 sans en passer par l’ombre portée de la séquence 1914-1918 et le poids du deuil. Il y a le deuil des morts pour la France bien entendu mais aussi celui de ces années passées en tranchées, en d’autres termes d’une jeunesse perdue et d’une époque que l’on ne qualifie pas encore de belle – cela viendra après la Seconde Guerre mondiale – mais que l’on regarde déjà rétrospectivement comme heureuse car non encore souillée par une guerre devenue industrielle et synonyme de déshumanisation du champ de bataille. C’est cette réalité que heurte de plein fouet le commentaire anonyme publié le 25 juin 1922 à la suite des obsèques de Jean-Baptiste Prioux, maire de Guilliers, conseiller d’arrondissement et ancien combattant de la Grande Guerre[1]. À peine 25 lignes publiées en dernière page du Courrier de Pontivy et qui ne manquent pas de faire surgir un certain nombre d’interrogations chez qui les lit.

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Céline, poilu ordinaire ?

La publication le 5 mai 2022 d’un roman inédit de Louis-Ferdinand Céline, Guerre, a constitué un événement comme les aime tant le Landerneau des arts et lettres[1]. Mais quid de l’histoire ? En effet, ce texte ne constitue-t-il pas aussi une source, à l’instar des œuvres d’autres grands écrivains combattants comme Maurice Genevoix et Roland Dorgelès, à l’instar aussi d’autres livres produits par des auteurs compromis dans la collaboration ? Et l’on songe, immédiatement ou presque, à la Comédie de Charleroi de Pierre Drieu la Rochelle, roman publié d’ailleurs au moment où Céline écrit Guerre[2]. Question évidente à la réponse qui l’est tout autant mais approche qui, curieusement, ne semble pas avoir retenu l’attention tant les débats, à dire vrai, se sont cantonnés à une sorte de positivisme célinomaniaque n’apportant, en définitive, pas grand-chose. C’est pourtant sous l’angle de l’histoire du fait militaire et guerrier, et plus singulièrement encore de la Bretagne tant les références à la péninsule armoricaine sont nombreuses dans ce roman, que je souhaite aborder ici ce qui à mes yeux est aussi une archive.

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Des actes aux discours : les socialistes finistériens et l’Armée (1910)

Si la SFIO est bien une section de l’Internationale ouvrière, on oublie trop souvent qu’elle est aussi et peut-être même surtout, française. L’internationalisme ne doit en effet pas tromper. Loin d’être un post-nationalisme, comme une sorte de dépassement de cet horizon patriotique, il s’agit le plus souvent d’une juxtaposition en un même lieu d’identités nationales. C’est précisément ce que montre l’historien  P. Alayrac à propos du Congrès socialiste international de Londres, en 1896[1]. Il en résulte un positionnement par rapport à l’institution militaire, bras armé de la Nation, qui ne doit pas tromper. C’est ce que rappelle la profession de foi des candidats socialistes aux législatives dans le Finistère lors du scrutin de 1910[2].

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