Archives par mot-clé : Chromatique

Saisir la Grande Guerre en couleurs : un défi pour l’historien

Cette anecdote résume bien le paradoxe des couleurs de la Grande Guerre. Conseiller scientifique pour un documentaire prévu pour être diffusé en prime time à l’occasion du 11 novembre 2024, j’ai vite saisi que la colorisation des archives s’imposait. La chaîne refusait en effet de proposer un film en noir et blanc à une heure de grande écoute, et cette contrainte était déjà acceptée par toute l’équipe de production. Restait donc à retrouver les couleurs de la Grande Guerre — une tâche bien plus ardue qu’il n’y paraît. Profitons d’ailleurs de l’occasion pour avancer l’idée que cette question est vraisemblablement très largement périmée puisqu’il est probable que l’injonction se pose en des termes très différents aujourd’hui. En effet, la réticence de l’historien – car ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’un être structurellement réticent ! – porte probablement moins en 2026 sur la colorisation d’images que sur leur génération par une intelligence artificielle. Or, là encore, sans doute faut-il faire preuve de souplesse et se garder de tout rejet a priori de l’innovation, sauf à vouloir tomber absolument dans le piège de l’illusion technologique. L’historiographique de la Grande Guerre montre en effet combien la nécessaire illustration du conflit par et pour les organes de presse de l’époque pose déjà les termes d’une équation autrement plus complexe que la simple dichotomie « vrai / faux » pour faire intervenir des termes tels que « vraisemblable » ou « plausible »[1]. C’est dire donc si la question des couleurs doit être appréhendée dans un spectre éminemment subtil et qui, surtout et contrairement à ce que l’on veut trop souvent penser, n’a rien d’inédit.

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Les couleurs au menu de Meaux

L’université d’été du Musée de la Grande Guerre de Meaux est un rendez-vous qui, au début du mois de juillet, marque traditionnellement la fin de l’année académique. Mais, plus encore, cette manifestation, conçue généralement en écho avec l’exposition temporaire présentée par le Musée, permet de faire le point sur une thématique en associant, sous la houlette de l’historien F. Cochet, chercheurs venus d’horizons disciplinaires multiples et archivistes. En 2021, par exemple, c’était la narration du conflit qui était au programme quand, l’année dernière, les chevaux s’invitaient au menu. Le 4 juillet 2026, dans le sillage du splendide catalogue publié par les éditions LIBEL, ce sont les couleurs de la Grande Guerre qui seront au cœur des échanges : une thématique évidente, d’apparence simple et pourtant éminemment complexe et, pour tout dire, stimulante[1].

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Image extraite du film "1914, et soudain la guerre!" de Cédric Gruat. Tous droits réservés.

Rendez-vous sur France 5 le 26 octobre !

Je n’avais pas eu le temps de l’évoquer l’année dernière, lors de sa diffusion en prime time sur France 2 le 12 novembre 2024, mais l’excellent documentaire 1914, et soudain la guerre! réalisé par Cédric Gruat, co-produit par Roche Productions et l’ECPAD, film sur lequel j’ai eu le bonheur d’officier en tant que conseiller historique, sera rediffusé le 26 octobre prochain à 21.05 sur France 5. Du coup, sans doute est-ce le moment de revenir sur cette expérience par bien des égards enrichissante.

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Marketer la Bretagne : une petite histoire (militaire) entre romantisme et culture de masse

La marque Bretagne est de création récente. Si l’on s’en tient au récit diffusé sur le site officiel de cette enseigne, l’idée de « brander » cet espace émerge manifestement au cours des années 2000, quand la région éponyme « constate que l’économie et le tourisme ont des enjeux et des problématiques communs liés à l’identité de la Bretagne et à son attractivité ». En d’autres termes, il s’agit là d’une politique publique de communication qui s’insère à la fois dans une réalité décentralisée et dans une économie résolument connectée puisque le constat de départ est celui d’une concurrence désormais mondialisée entre « territoires ». Pour autant, ceci ne signifie pas que la Bretagne ne soit pas, et ce depuis fort longtemps, un élément essentiel de communication. Ainsi, au XIXe siècle, elle est à la fois le support de discours publicitaires destinés à vendre des produits de grande consommation comme du savon, des huitres, du thon en boite, des bicyclettes, de l’eau-de-vie, des briquettes allume-feu pour le chauffage ou encore du vin sans oublier des biscuits – que l’on songe par exemple à Lefevre Utile – et l’objet même de cette stratégie dans le cadre de campagnes de promotion de ce que l’on ne nomme pas encore le tourisme – la massification induite par la « civilisation des loisirs » apparaissant avec la seconde moitié du XXe siècle n’est pas encore advenue – mais la villégiature.

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Détail de la couverture de l'ouvrage "Les Ciels de la Grande Guerre. Aquarelles d’André des Gachons, Champagne".

Is sky the limit ? A propos d’André des Gachons

Peut-être faut-il voir là la marque d’un esprit peu aventureux, ou tout du moins lent à déceler l’intérêt d’une problématique, mais après m’être essayé brièvement à l’histoire environnementale du 47e RI, je dois confesser que j’ai longtemps douté de la pertinence de cette approche pour l’histoire de la guerre, tout du moins dans ce qu’elle a de plus opérationnel[1]. Avouons-le sans détour, cet ouvrage très neuf, croisant histoire militaire, mais aussi géographie, histoire de l’art ou encore climatologie, centré sur la figure d’André des Gachons, ne m’a malheureusement pas fait changer d’avis, ce qui du reste n’enlève absolument rien à ses qualités[2].À l’inverse d’un Mathurin Méheut ou d’un Pierre Galle, André des Gachons ne s’intéresse pas aux hommes, aux combattants, mais aux cieux, rien qu’aux cieux (p. 18). Il en résulte un corpus documentaire d’une extraordinaire originalité puisque, comme le rappellent fort justement les auteurs, M. Tabeaud et X. Browaeys, « il est très difficile, faute d’archives, de retrouver les paysages célestes de 1914-1918 » (p. 7). Mais encore une fois, cet ouvrage fort stimulant refermé, je dois avouer ne toujours pas être convaincu par les apports d’une approche environnementale des opérations militaires, l’histoire du combat devant par définition s’intéresser à l’environnement du guerrier, et donc au temps qu’il fait.

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