Archives par mot-clé : Athlétique

Portrait de Charles Frédouër publié le 10 octobre 1906 dans L'Ouest-Eclair. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Charles Frédouët et les racines ouvrières de l’UNC

Canoniquement, il est d’usage de faire remonter la naissance de l’Union nationale des combattants à l’alliance de deux hommes : le révérend-père Daniel Brottier d’une part, le Président du Conseil et ministre de la Guerre Georges Clemenceau d’une part. Un tel récit place donc la création de cette association dans le sillage de l’Union sacrée – d’où d’ailleurs la devise de l’UNC, « unis comme au front » – mais aussi des célèbres propos du Tigre affirmant à la tribune de la Chambre le 20 novembre 1917 : « Ces Français que nous fûmes contraints de jeter dans la bataille, ils ont des droits sur nous ». Il n’est pas difficile de voir combien il y a là, d’une part, une habile fiction politique faisant fi du secteur déjà très concurrentiel des associations dédiées à la préservation des « intérêts matériels et moraux des anciens combattants et victimes de guerre », pour reprendre la formule consacrée, d’autre part un narratif éminemment vertical dont on peut se demander s’il n’est pas, d’une certaine manière, un écho des organisations éminemment hiérarchisées que sont les armées et l’Église[1]. Il est intéressant de remarquer que ce ruissèlement syncrétique est répliqué au niveau départemental. En Ille-et-Vilaine, bastion traditionnel de l’UNC, le comité de patronage de la section rennaise regroupe ainsi en 1919 le général Antoine Baucheron de Boissoudy commandant la 10e région, le maire du chef-lieu du département Jean Janvier (par ailleurs officier de réserve), des parlementaires (Alexandre Lefas, Robert Surcouf, René Brice…), le cardinal René Dubourg évêque de Rennes ainsi que des représentants des deux quotidiens rivaux, l’abbé Félix Trochu pour L’Ouest-Éclair et Eugène Delahaye pour le Nouvelliste de Bretagne[2]. Mais cette manière de voir a l’inconvénient de jeter dans l’ombre un homme, Charles Frédouët, dont l’action pour l’implantation de l’UNC est d’autant plus remarquable qu’elle franchit allègrement, grâce au pouvoir de la presse moderne, les frontières de l’Ille-et-Vilaine.

Continuer la lecture de Charles Frédouët et les racines ouvrières de l’UNC →

L’officier selon Dick May : un relégué ?

Dans le formidable ouvrage qu’elle consacre aux Jeanne Weil et Weill, cette dernière étant Dick May, la fondatrice de l’École des hautes études sociales, S. Al-Matary cite une courte nouvelle écrite par elle, intitulée Dame d’officier, et diffusée le 18 janvier 1890 par le supplément littéraire du Figaro[1]. Ramassé et occupant à peine deux colonnes, ce texte n’en constitue pas moins une archive fort intéressante pour qui s’intéresse au fait militaire et notamment à la place de l’officier dans la société française de la Belle époque. Car loin des clichés, entre antimilitarisme viscéral et affirmation d’une prétendue élite sociale, c’est bien une situation d’entre-deux qui fort souvent caractérise ces individus. En effet, si ces galons renvoient assurément à une certaine notabilité, en aucun cas ils transportent celui qui les porte dans l’élite. Non seulement cet état ne débute qu’avec le généralat mais une telle affirmation participe d’une partition trop binaire de l’espace social, entre dominants et dominés, officiers et hommes du rang, représentation faisant fi des catégories intermédiaires[2]. Or si celles-ci sont si importantes, c’est que sont elles qui, globalement, constituent le socle électoral sur lequel se consolide la République ; l’armée de ce point de vue ne faisant pas exception à une tendance beaucoup plus vaste bien mise en lumière notamment par I. Dasque à propos du quai d’Orsay et V. Wright pour le Conseil d’État[3]. Il en résulte une économie morale de la reconnaissance faisant par bien des égards figure d’arbre cachant la forêt[4]. Et là est une chose que comprend parfaitement Dick May, ce qui confère à cette nouvelle une charge critique probablement insoupçonnée. Car loin d’être anodine, l’histoire de cette famille – un lieutenant d’infanterie, selon toute vraisemblance saint-cyrien bien cela ne soit pas mentionné, sa femme et leur enfant – partie au Bon marché, un fameux grand magasin parisien, acheter un chapeau, dit l’ambivalence du statut militaire et suggère l’idée d’une sorte de relégation de l’officier, comme si l’ascenseur social républicain n’était en fin de compte pas aussi performant que vanté par le régime.

Continuer la lecture de L’officier selon Dick May : un relégué ? →

Marcel Landegren : fantassin et footballeur

Le nom de Marcel Landegren, pour l’état-civil, son patronyme étant usuellement écrit Landgren, n’est pas le plus connu des sportifs bretons. Seuls les plus fins connaisseurs de l’histoire du Stade rennais se rappellent qu’il en est le président en 1938, alors que le club traverse une profonde crise financière et qu’il n’est pas nécessairement l’institution solide et synonyme d’excellence que l’on connait aujourd’hui. Mais, paradoxalement, c’est sous les couleurs d’une autre équipe, beaucoup moins célèbre, que le parcours footballistique de Marcel Landegren nous intéresse, l’Union sportive servannaise. En effet, avec ce maillot, le malouin mène une carrière d’autant plus intéressante qu’elle met en lumière le rôle d’un acteur assez inattendu : l’institution militaire. En effet, on y découvre un acteur d’autant plus surprenant du marché des transferts qu’il est manifestement décisif : le 47e régiment d’infanterie de Saint-Malo.

Continuer la lecture de Marcel Landegren : fantassin et footballeur →

29 novembre 1944 : un échange de prisonniers en Bretagne… vu par la presse américaine

C’est un petit article figurant en première page de l’édition du 30 novembre 1944 du Monitor Leader, quotidien publié à Mount Clemens, non loin de Détroit, dans l’industrieux état du Michigan. Alors que ce journal titre sur les défenses allemandes qui semblent sur le point de craquer en Rhénanie ainsi que sur le dernier raid aérien mené par l’US Air Force sur Tokyo, un entrefilet attire l’œil de celui, ou celle, qui s’intéresse à la Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Composé à partir d’une dépêche de l’agence Associated Press envoyée depuis Pornic, en Loire-Inférieure, ce texte revient en quelques lignes sur la libération de 53 prisonniers alliés, dont 19 Américains, détenus dans une « obscure » prison de Saint-Nazaire[1]. Un épisode de la Seconde Guerre mondiale qui, s’il a fait l’objet d’un certain nombre de récits dans le pays de Retz, n’a pour l’heure jamais été examiné sous l’angle de l’écho qu’il a aux Etats-Unis. Or c’est là une perspective qui ouvre un certain nombre de nouvelles questions.

Continuer la lecture de 29 novembre 1944 : un échange de prisonniers en Bretagne… vu par la presse américaine →