Archives par mot-clé : Aristocratique

Navarin : de la victoire manquée (1915) à la victoire oubliée (1918)

Le 47e Ri est fort lié à la Marne et à la Champagne, que cela soit du fait des terribles pertes consenties lors de l’offensive du 25 septembre 1915 puis les longs mois passés dans le secteur jusqu’à la fin du printemps 1916, ou par les combats de l’été 1918, ceux-là même qui conduisent à l’Armistice du 11 novembre, sans oublier bien entendu le « miracle » de septembre 1914 et les assauts sur le fort de la Pompelle. Pour autant, évoquer l’histoire de cette unité sur cette portion illustre du front de la Grande de Guerre n’est pas chose aussi aisée qu’il n’y paraît. Reposant sur la critique interne et externe des sources, la méthode historique est assurément indissociable de la découverte d’archives. Mais cette science sociale ne saurait se limiter à un répertoire d’action s’incarnant, peu ou prou, en un inventaire documentaire méticuleusement rédigé par des archivistes-paléographes. Réduire l’opération historique à une simple mécanique reviendrait à oublier que ce processus est non seulement autrement plus complexe mais faillible, ce qui implique que la découverte de sources ne va pas nécessairement de soi. Pour le dire autrement, s’il est essentiel de disposer d’une documentation sur laquelle forger une réflexion, encore faut-il, pour que la construction intellectuelle puisse germer, que ce matériau « parle », c’est-à-dire qu’il évoque quelque chose au cerveau du chercheur. C’est précisément là que réside la complexité de la démarche puisque l’esprit humain n’est pas sans failles, loin de là.

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Carte postale, collection particulière (détail).

Marthe Dupuy : chroniqueuse de genre ou de guerre ?

Quand les lecteurs de L’Ouest-Éclair découvrent, le 7 février 1916, le nom de Marthe Dupuy dans leur quotidien favori, signature d’une « chronique féminine » consacrée à l’enfance gâchée par la guerre – sous-entendu l’Allemagne, étant acquis que c’est elle qui en est responsable – rares sont sans doute ceux qui identifient cette poétesse, lauréate en 1904 du prix Sully-Prdhomme[1]. Aujourd’hui encore cette artiste reste très largement méconnue et même l’Académie française, qui lui décerne en 1951 le prix Saint-Cricq-Theis n’est guère prolixe à son propos. Mais il n’en demeure pas moins que la série d’articles que cette femme publie dans L’Ouest-Éclair au cours de l’année 1916 – enrichie d’une contribution supplémentaire en avril 1917[2] – fournit matière à bien des réflexions à qui s’intéresse à l’histoire de ce quotidien pendant la Grande Guerre. Dans un article publié au début des années 2000, l’historien D. Guyvarc’h a montré combien les éditoriaux que Marthe Dupuy signe pour L’Ouest-Éclair relèvent d’une certaine ambiguïté sur le fond, et participent en définitive d’une véritable division sexuelle du travail journalistique[3]. Néanmoins, les progrès de l’historiographie d’une part, de la numérisation de cette source d’une extraordinaire richesse d’autre part qu’est la presse, permettent sans doute de proposer une analyse plus nuancée. Il est à cet égard notable que le titre de « chronique féminie » employé le 7 février 1916 pour introduire son propos n’est employé… qu’une seule fois.

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Quelques réflexions sur l’indexation collaborative à partir de la prosopographie d’un régiment dans la Grande Guerre

J’ai eu l’honneur et le privilège d’être invité par la Caverne du Dragon et F. Viltart à participer à une journée d’études intitulée 14-18 sur le web : Archives en ligne & généalogie. À cette occasion, j’ai pu revenir sur l’expérience accumulée au cours de ma thèse sur deux types d’archives, la fiche de mort pour la France d’une part, la fiche matricule de recrutement d’autre part. Ceci m’a permis de revenir sur le manque fondamental d’intérêt que porte l’histoire académique à ces sources, la discipline tendant à privilégier l’histoire de la guerre au détriment de celle des armées. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’indexation collaborative – celle engagée par le défi 1 jour 1 poilu pour les fiches de morts pour la France mais aussi les programmes en cours se rapportant aux fiches matricules de recrutement – échappe complètement à la recherche universitaire, quand bien même celle-ci se piquerait d’humanités dites numériques. Pourtant, il y a là une pratique nouvelle qui, à mon humble avis, doit intéresser les sciences sociales bien au-delà des éventuelles retombées historiographiques qu’il y a en attendre.

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