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Prothèse ayant équipé Eugène Chotard. Cliché Alain Amet. Collections Musée de Bretagne : 2011.0008.10.

Les prothèses d’Eugène Chotard : de la mise en œuvre du droit à réparation

Parmi les très riches collections du Musée de Bretagne se trouvent deux prothèses d’avant-bras droit ayant appartenu à un mutilé de la Grande Guerre originaire de Pipriac, Eugène Chotard. La première, très sombre et passablement rouillée, est constituée d’une armature en métal venant s’embouter sur le moignon à l’aide d’un manchon en cuir[1]. La seconde, plus récente mais aussi plus élaborée, est plus claire et peut-être plus souple, plus confortable à l’usage[2]. C’est en tout cas ce que suggère le coton qui vient sans doute adoucir le contact entre le cuir et le fer d’une part, le moignon d’autre part. Le musée conserve également une fourchette, destinée à se fixer sur la prothèse – on distingue clairement un petit trou dans le manche devant, à l’évidence, servir de point de fixation – mais d’après le témoignage de la fille d’Eugène Chotard, celui s’en est très peu servi, ayant préféré apprendre à utiliser son autre main, en l’occurrence la gauche[3]. On notera néanmoins que ce couvert orthopédique est produit par la célèbre maison d’orfèvrerie Christofle. Cet ustensile en argent, renvoyant à un univers de luxe, contraste singulièrement avec les crochets métalliques destinés à être vissés sur la prothèse, outillage rudimentaire renvoyant à une image assez ancestrale du mutilé et laissant par ricochet deviner une importante perte des capacités de préhension[4]. Là est un détail à ne pas négliger pour un individu qui, lors de son passage devant le Conseil de révision, affirme exercer la profession de charron : un métier qui consiste en la conception, la fabrication et l’entretien de voitures en bois (carioles, charrettes…), ce qui par définition suppose d’avoir de(ux) bonnes mains[5]. C’est d’ailleurs à ce moment de la réflexion qu’on réalise que la main amovible que conserve aussi le Musée de Bretagne n’a à l’évidence qu’une fonction décorative, puisqu’alliage de cuir, de bois et de plastique, elle n’est pas articulée[6]. Elle comble le vide mais ne remplace pas les fonctionnalités du membre perdu. Faute de témoignage plus détaillé du mutilé quant à son amputation et sa prothèse, il n’est toutefois guère possible d’aller plus loin dans une histoire de ces objets et de leur usage. Mais, en revenant aux sources mêmes du parcours militaire d’Eugène Chotard, il est en revanche possible de deviner une chronologie de la prise en charge des « intérêts matériels et moraux » de cet ancien combattant, pour reprendre la formule consacrée, qui n’est pas sans interroger.

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Le capitaine Pierre Herambourg, instructeur de la guerre d’avant ?

Le quotidien catholique La Croix annonce, dans son édition du 19 octobre 1916, la mort du chef de bataillon Herambourg[1]. Cet officier succombe en effet quelques jours plus tôt, le 28 septembre 1916, à ses blessures, au Quesnel, dans la Somme[2]. Un tel article constitue une source intéressante à plus d’un titre. En effet, cette nécrologie montre combien l’Église met en avant « ses » morts pendant le conflit, en d’autres termes expose La Preuve du sang de manière à contrer la « rumeur infâme ». Il est ainsi bien rappelé que le défunt est avant le conflit engagé au sein d’une association familiale catholique et, plus encore, qu’il est le frère du « R.P. Prieur de la Trappe de Bricquebec ». Ce faisant, et à rebours d’une « Union sacrée » qui ne doit pas leurrer, il s’agit de suggérer que l’effort de guerre est moins mené par Marianne que par la « fille aînée de l’Eglise ». Il est à cet égard intéressant de noter que, d’après une citation d’un officier – anonyme – reproduite dans ce journal, c’est à son « pays » que se consacre ce militaire de carrière, pas à la République… Mais cette grille de lecture très politique en appelle également une autre, plus strictement militaire cette fois-ci. Car la trajectoire de cet officier est aussi celle d’un individu qui, effectuant toute sa carrière au 47e RI, et même un peu plus du reste, sort du rang jusqu’à devenir officier supérieur et connaître une réussite qui n’est pas sans faire songer… à la méritocratie républicaine.

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La chanteuse Fély Clement, de l'opéra de Boston, drapée dans la bannière étoilée. Library of Congress: LC-B25546.

Les Consuls des États-Unis en Bretagne pendant la Grande Guerre

L’historien Y.-H. Nouailhat a montré combien les autorités présentes le 26 juin 1917 pour accueillir les premiers éléments du corps expéditionnaire américain débarquant en France sont réduites à la portion congrue : le secrétaire général de la préfecture de Loire-Inférieure, le sous-préfet de Saint-Nazaire et un officier de Marine[1]. Le secret entourant cette opération, qui est imposé par la guerre sous-marine « à outrance » décrétée par les Allemands, explique à bien des égards la modestie de cette délégation. Mais on reste toutefois étonné par l’absence d’autorités consulaires en ce jour marquant la véritable entrée des États-Unis dans la dimension militaire du conflit[2]. On pourra toujours rétorquer que la représentation américaine fait défaut dans le port de l’estuaire de la Loire. Il faut en effet attendre le 12 septembre 1917 pour que le Département d’État installe à Saint-Nazaire un consulat, tenu par deux hommes précédemment en poste à Nantes, le consul de VIIe catégorie Milton Beckwith Kirk et son adjoint le vice-consul Arthur L.V. Hutt, un sujet britannique[3]. Quelques semaines plus tard, le 30 novembre 1917, le consul de VIIIe catégorie Sample B. Forbus arrive pour sa part à Brest, où il prend la suite d’un agent consulaire de nationalité française, mais ayant officié aussi pour le compte de l’Italie, Alfred Pitel[4]. S’il est faux de dire que l’implication militaire des États-Unis est sans conséquence sur les représentations consulaires américaines en Bretagne, alors que la péninsule armoricaine constitue une porte d’accès essentielle des Doughboys au théâtre européen des opérations, le fait est que l’influence du conflit sur ce réseau diplomatique est sans commune mesure avec l’effort de guerre fourni par l’Oncle Sam : plus de 4 millions de mobilisés, dont 2 sont projetés sur le Vieux continent, et 114 000 morts, dont la moitié au combat[5]. Il n’est dès lors pas étonnant que les consuls soient les grands absents de l’historiographie de la présence américaine en Bretagne, même si l’histoire de ces diplomates méconnus a déjà été abordée sur ce carnet de recherche.

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