Quiconque songe aux anciens combattants pense nécessairement à de valeureux, et plus ou moins âgés, ex-soldats, aux parcours tous plus héroïques les uns que les autres et arborant fièrement, sur le cœur, de nombreuses médailles. Il est vrai que nombreux sont les individus à correspondre à ce modèle. À Rennes, Charles Frédouet est l’un des fondateurs de l’Union nationale des combattants (UNC). Employé de L’Ouest-Éclair, il est mobilisé, à 44 ans, dès le mois d’août 1914 et effectue une brillante campagne qui lui vaut d’ailleurs d’accéder à l’épaulette et d’être démobilisé, en 1919 en tant que lieutenant et muni de deux citations, l’une à l’ordre du régiment, l’autre de la division ». S’il n’est pas élu à la tête de l’UNC dans ce département en 1920, la section d’Ille-et-Vilaine désigne un autre valeureux ancien combattant comme président, à savoir Léon Thébault, ancien lieutenant du 47e RI, cité à l’ordre de la division et de l’armée, titulaire de la Légion d’honneur et aveugle de guerre. Même chose pour Georges Rivollet, ancien sergent vaguemestre du 47e RI, plusieurs fois blessé et titulaire de la Médaille militaire. Il devient rapidement un cadre de l’Union national des mutilés et anciens combattants jusqu’à accéder à la rue de Bellechasse, au lendemain du 6 février 1934, au sein du cabinet dirigé par Gaston Doumergue. On pourrait assurément multiplier les exemples de ce genre. Ajoutons du reste que cette représentation n’a rien de spécifiquement bretonne. Lorsqu’il se remémore le 14 juillet 1914, l’ancien chasseur alpin François Tisserand songe aux anciens combattants de 1870 et les décrit ainsi : « petit groupe de bonshommes un peu vieillots, l’insigne vert et noir à la boutonnière »[1]. S’ils n’arborent pas la Croix de Guerre, c’est que celle-ci n’est instituée qu’en 1915. Quant à la Légion d’honneur, elle est encore distribuée très parcimonieusement. Pourtant, à Pontivy, le parcours de Stéphane Strowski, élu dès janvier 1920 à la tête de la section locale de l’Union nationale des combattants, semble relever d’une autre logique[2]. Lui aussi mobilisé à l’âge de 44 ans, il est en effet rendu à la vie civile le 12 février 1919 sans accéder à l’épaulette mais, surtout, sans jamais avoir été blessé ni pouvoir justifier de la moindre décoration à titre militaire[3]. Comment expliquer cela ?
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