Archives par mot-clé : 247e RI

Le capitaine Pierre Herambourg, instructeur de la guerre d’avant ?

Le quotidien catholique La Croix annonce, dans son édition du 19 octobre 1916, la mort du chef de bataillon Herambourg[1]. Cet officier succombe en effet quelques jours plus tôt, le 28 septembre 1916, à ses blessures, au Quesnel, dans la Somme[2]. Un tel article constitue une source intéressante à plus d’un titre. En effet, cette nécrologie montre combien l’Église met en avant « ses » morts pendant le conflit, en d’autres termes expose La Preuve du sang de manière à contrer la « rumeur infâme ». Il est ainsi bien rappelé que le défunt est avant le conflit engagé au sein d’une association familiale catholique et, plus encore, qu’il est le frère du « R.P. Prieur de la Trappe de Bricquebec ». Ce faisant, et à rebours d’une « Union sacrée » qui ne doit pas leurrer, il s’agit de suggérer que l’effort de guerre est moins mené par Marianne que par la « fille aînée de l’Eglise ». Il est à cet égard intéressant de noter que, d’après une citation d’un officier – anonyme – reproduite dans ce journal, c’est à son « pays » que se consacre ce militaire de carrière, pas à la République… Mais cette grille de lecture très politique en appelle également une autre, plus strictement militaire cette fois-ci. Car la trajectoire de cet officier est aussi celle d’un individu qui, effectuant toute sa carrière au 47e RI, et même un peu plus du reste, sort du rang jusqu’à devenir officier supérieur et connaître une réussite qui n’est pas sans faire songer… à la méritocratie républicaine.

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Carte postale. Collection particulière.

Quand un 47 en cache deux autres (en 1870)

Que le tableau de l’armée française de 1870 soit d’une rare complexité est chose entendue, surtout quand on vient le comparer à celui de « l’Armée nouvelle » fondée dans la décennie qui suit[1]. Point de tripartition en effet entre active, réserve et territoriale autour d’un même dépôt, comme à Saint-Malo par exemple avec les 47e et 247e RI ainsi que le 78e RIT, mais une succession d’unités renvoyant de plus à des régimes différents mais toutes liées par une législation – la loi Niel de 1868 – insuffisante et toujours mises sur le pied de guerre dans l’urgence[2]. Sans doute cette complexité a-t-elle pu rebuter un certain nombre d’auteurs, ce d’autant plus que la discipline semble par bien des égards désormais s’intéresser moins au fait guerrier qu’à ses représentations. D’où, par exemple, les travaux très stimulants de J.F. Lecaillon sur la mémoire de la guerre de 1870. Mais du point de vue de l’histoire de l’institution militaire, et notamment de ses régiments, le constat, dressé au moment du 150e anniversaire, demeure valide : les études sont rares et le plus souvent dépassées car trop souvent dans la droite ligne de textes publiés dans les années suivant le conflit[3]. Aussi, pour un panorama rapide à propos de la France de l’Ouest, et donc de la Bretagne, on ne pourra que renvoyer à l’article aujourd’hui classique du général Bertin publié… au moment du centenaire[4]. C’est dire donc si c’est bien une certaine forme de léthargie qui caractérise ce champ, quand bien même cette appellation pourrait ici être recevable. Il va sans dire que les quelques lignes qui vont suivre n’ont nullement la prétention de rebattre les cartes. Pour autant, nous aimerions à notre tour mettre en lumière la grande complexité de l’armée française de 1870-1871 en nous focalisant, comme on a pu le faire à propos de la Première Guerre mondiale, sur le 47e régiment. En effet, derrière cette unique appellation se retrouvent en réalité trois unités distinctes, aux parcours bien différents, et dont la portée heuristique est réelle.

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Fragments de correspondance d’Albert Henry

Que serait notre compréhension de la Grande Guerre sans les archives du for privé et, plus particulièrement encore, les correspondances de combattants ? Difficile de répondre à une telle question tant ce matériau est devenu incontournable au sein du répertoire d’action historien. Si l’opération intellectuelle que permet une telle source n’est pas nécessairement aisée à mener, puisqu’il faut sans cesse se demander en quoi le corpus soumis à l’analyse est conforme, ou non, à ce que l’on sait des comportements globaux des poilus, il n’en demeure pas moins qu’il y a là une source qu’il est difficile d’ignorer. Les quelques fragments de la correspondance d’Albert Henry, un fantassin de carrière au parcours remarquable, qui sont parvenus jusqu’à nous n’échappent pas à ce constat tant ils sont d’un grand intérêt pour qui réfléchit à la Grande Guerre, plus encore au 47e régiment d’infanterie pendant ce conflit. Après avoir présenté rapidement le corpus, il s’agira de revenir sur la fonction première de ces lettres avant de voir en quoi elles constituent un bon indice de la globalité des échanges entre le front et l’arrière d’une part, de la sociabilité sous l’uniforme pendant la Grande Guerre d’autre part.

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De la Bretagne et des chevaux en Grande Guerre

La Première Guerre mondiale a beau, aujourd’hui encore, être indissociable d’une histoire de la modernité technique, de l’augmentation invraisemblable de la puissance de feu et des moyens de donner la mort, il n’en demeure pas moins que l’innovation n’est nullement régie par un schéma positiviste. C’est d’ailleurs bien pour cela que l’historiographie des techniques est assez unanime à affirmer que l’idée de transition ne résiste pas à l’examen des archives : de la même manière que le réacteur nucléaire n’a pas supprimé le moteur à explosion, comme le rappellent les débats du premier quart du XXIe siècle sur l’éolien, la mécanisation des troupes n’a nullement signifié la disparition des chevaux des champs de batailles[1]. Si la Grande armée est dans nos représentations mentales immanquablement associée à la figure du Grognard, celui-ci est tout autant dépendant de l’élément équin que son descendant le poilu. L’historien H. Drévillon rapporte que du temps de Napoléon, « une armée de 100 000 hommes devait mobiliser 650 chariots pour transporter la nourriture de ses 48 000 chevaux, qui consommaient la totalité du fourrage disponible dans un rayon de 7 kilomètres en un jour et demi »[2]. L’historienne G. Tempest rappelle pour sa part que de 1914 à 1918 l’armée française achemine vers le front plus de tonnes de foin que de munitions[3]. Si des nécessités politiques relevant d’une évidente stratégie électoraliste, pour ne pas dire clientéliste, contribuent à plus célébrer le poilu de Verdun que les éléments logistiques qui aident la Voie sacrée à « tenir », et donc permettent en dernière instance que soit forgée cette mythologie de la bataille qui permettra au nécessairement héroïque soldat français d’en être le vainqueur, l’historien n’est pas tenu d’en rester à de tels récits[4].

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Scène de combat, sans lieu ni date. Creative commons.

Pierre de Portgamp : pas nécessairement vrai mais authentique ?

La « lettre de mobilisé » que publie Le Salut, un bi-hebdomadaire de la région de Saint-Malo, dans son édition datée des 25 et 26 avril 1916, est aussi intéressante que difficile d’emploi[1]. Signé Pierre de Portgamp, ce courrier est présenté par ce journal comme étant « profondément imprégné de l’esprit breton ». Ce faisant, cette archive témoigne de la collusion de la petite et de la grande patrie, doubles appartenances gigognes toutes deux investies dans l’effort de guerre[2]. Mais un examen approfondi du parcours biographique de l’auteur amène de nouveaux éléments qui interrogent l’authenticité de ce document, questionnement que n’ont pas manqué de se poser de nombreux historiens face à ces lettres publiées par la presse à une époque où la censure est très largement de mise : s’agit-il ou non d’un matériau exploitable ?

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