Quiconque songe aux anciens combattants pense nécessairement à de valeureux, et plus ou moins âgés, ex-soldats, aux parcours tous plus héroïques les uns que les autres et arborant fièrement, sur le cœur, de nombreuses médailles. Il est vrai que nombreux sont les individus à correspondre à ce modèle. À Rennes, Charles Frédouet est l’un des fondateurs de l’Union nationale des combattants (UNC). Employé de L’Ouest-Éclair, il est mobilisé, à 44 ans, dès le mois d’août 1914 et effectue une brillante campagne qui lui vaut d’ailleurs d’accéder à l’épaulette et d’être démobilisé, en 1919 en tant que lieutenant et muni de deux citations, l’une à l’ordre du régiment, l’autre de la division ». S’il n’est pas élu à la tête de l’UNC dans ce département en 1920, la section d’Ille-et-Vilaine désigne un autre valeureux ancien combattant comme président, à savoir Léon Thébault, ancien lieutenant du 47e RI, cité à l’ordre de la division et de l’armée, titulaire de la Légion d’honneur et aveugle de guerre. Même chose pour Georges Rivollet, ancien sergent vaguemestre du 47e RI, plusieurs fois blessé et titulaire de la Médaille militaire. Il devient rapidement un cadre de l’Union national des mutilés et anciens combattants jusqu’à accéder à la rue de Bellechasse, au lendemain du 6 février 1934, au sein du cabinet dirigé par Gaston Doumergue. On pourrait assurément multiplier les exemples de ce genre. Ajoutons du reste que cette représentation n’a rien de spécifiquement bretonne. Lorsqu’il se remémore le 14 juillet 1914, l’ancien chasseur alpin François Tisserand songe aux anciens combattants de 1870 et les décrit ainsi : « petit groupe de bonshommes un peu vieillots, l’insigne vert et noir à la boutonnière »[1]. S’ils n’arborent pas la Croix de Guerre, c’est que celle-ci n’est instituée qu’en 1915. Quant à la Légion d’honneur, elle est encore distribuée très parcimonieusement. Pourtant, à Pontivy, le parcours de Stéphane Strowski, élu dès janvier 1920 à la tête de la section locale de l’Union nationale des combattants, semble relever d’une autre logique[2]. Lui aussi mobilisé à l’âge de 44 ans, il est en effet rendu à la vie civile le 12 février 1919 sans accéder à l’épaulette mais, surtout, sans jamais avoir été blessé ni pouvoir justifier de la moindre décoration à titre militaire[3]. Comment expliquer cela ?
Du fait de son patronyme, il n’est pas difficile de retrouver la fiche matricule de Stéphane Strowski, en l’occurrence aux archives départementales de Haute-Garonne puisque le futur président de l’UNC de Pontivy dépend du bureau de Toulouse. Né le 11 novembre 1870 à Mont-de-Marsan, dans les Landes, il déclare lors de son passage devant le Conseil de révision exercer la profession d’étudiant. L’archive nous apprend même qu’il est bachelier, ce qui ne concerne à l’époque qu’environ 2% d’une cohorte de conscrits[4]. C’est dire donc si le profil de cet individu renvoie à une exception culturelle et sociale aux antipodes de son cursus honorum militaire, pour le moins ordinaire[5]. En effet, Stéphane Strowski est ajourné deux ans de suite avant d’être affecté dans la réserve. Il n’effectue donc pas son service militaire, ce qui ne le dispense toutefois pas d’obligations vis-à-vis de l’institution. C’est pourquoi il est versé dans la réserve en novembre 1894. C’est également ce qu’il explique qu’il informe l’autorité de son changement de domicile, d’abord au numéro 39, en 1897, puis au 50, en 1904, de la rue Nationale, à Pontivy. En conséquence, il dépend désormais du bureau de recrutement de Lorient, bureau qui l’appelle à l’activité le 1er août 1914 du fait de la mobilisation générale.
Récupéré, Stéphane Strowski est classé service armé par une commission de réforme le 26 novembre 1914, ce qui lui vaut d’être affecté au 88e régiment d’infanterie territoriale. Arrivé au corps le 18 mars 1915 – délai du reste assez tardif – il est transféré quelques semaines plus tard, le 22 juillet 1915, après vraisemblablement une première période de classes, au 55e RIT, unité dont le dépôt se trouve à Bourg-en-Bresse et qui est affectée à la défense du camp retranché de Belfort. Le territorial de 2e classe est alors dans la zone des armées depuis le 29 juin 1915 et est fait caporal-fourrier le 29 juin 1915. Cette affectation dans un poste administratif, pour ne pas dire dans un emploi de bureau, doit selon toute vraisemblance être rapprochée de son capital scolaire, Stéphane Strowski étant à l’évidence plus doué stylo que pelle en main. Donnant manifestement satisfaction dans ces fonctions, il est nommé sergent le 1er octobre 1915 puis adjudant, le 7 février 1917. Là est toutefois, on l’a dit, son bâton de maréchal.
Les archives ne nous permettent pas d’en savoir plus à propos de la campagne de Stéphane Strowski, ce qui n’est par ricochet pas sans dévoiler un savoureux paradoxe. Relativement éloigné du danger des premières lignes dans son emploi de bureau – certains n’hésiteront probablement pas à parler d’embusquage – le territorial n’a en même temps que peu d’occasions de se distinguer, ce qui réduit d’autant les opportunités d’accéder à l’épaulette ou de conquérir une croix de guerre. La campagne du 55e RIT est elle-même manifestement assez clémente et le journal des marches et opérations ne rapporte pour la période que quelques blessés, à l’exception d’une « vive fusillade » avec « envoi de torpilles » le 20 septembre 1915. Deux morts sont à déplorer ce jour-là[6]. De l’aveu même de l’historique officiel de l’unité, les années 1916 et 1917 se passent sans engagement et, manifestement, sans déplorer de pertes[7]. Toujours est-il que Stéphane Strowski est transféré le 22 novembre 1917 au 11e régiment du Génie, mutation annulée le 4 décembre suivant. Une telle décision est très rare et laisse perplexe. Les archives ne permettent en effet pas de saisir les tenants et aboutissants de ce volte-face. Faut-il y voir la marque d’une compétence très relative ? Ou au contraire la marque de solides inimitiés ? Toujours est-il que Stéphane Strowski est transféré le jour même – comme si sa réaffectation au 55e RIT était inenvisageable – au 85e RIT, régiment dont le dépôt se situe à Vannes. Décidément instable, il est ensuite envoyé au 1er RIT de Maubeuge le 5 avril 1918 puis au 61e RIT de Cosne le 1er novembre 1918. C’est avec cette unité qu’il est démobilisé le 12 février 1919.
Malgré cette fiche matricule assez riche, il n’est pas difficile de mesurer que si la Grande Guerre de Stéphane Strowski nous échappe très largement – faute notamment de correspondance[8], carnets ou mémoire – elle n’est pas de celles qui permettent immédiatement d’accéder au panthéon de l’héroïsme. Non pas que le futur président de l’UNC de Pontivy n’ait pas fait son devoir. S’il n’a pas démérité et rempli visiblement sans barguigner ses obligations civiques, il n’a pas non plus spécialement brillé sous l’uniforme. Faute d’occasions pourra-t-on toujours avancer, puisque son emploi de fourrier le cantonne à un bien confortable et administratif emploi de bureau.
Cette relative sècheresse des sources contraste singulièrement avec la pléthore de résultats que donne la reconnaissance optique de caractères lorsqu’on soumet l’entrée Strowski à la presse numérisée conservée par les Archives départementales du Morbihan et consultable sur leur site. Ce faisant, se dévoile un homme formidablement complexe, aux multiples vies, si l’on veut bien nous pardonner ce lieu commun, et qui à dire vrai mériterait une enquête un peu plus poussée que ce modeste billet : il y a en effet là un formidable sujet de mémoire de master.
Stéphane Strowski est pour la première fois mentionné dans la presse morbihannaise – à savoir l’Avenir de Bretagne et le Progrès du Morbihan, soit des titres de sensibilité républicaine, ainsi que le Journal de Pontivy – à l’automne 1894 quand il est nommé, par vacance d’emploi, au lycée de Pontivy pour y enseigner la philosophie. Il est alors présenté comme « élève de l’école normale supérieure » et « admissible à l’agrégation de philosophie », concours qu’il finit par avoir… en 1919[9]. Originaire, on, l’a dit, du sud-ouest de la France, il revendique néanmoins des origines bretonnes par sa mère mais ne dispose, selon toute vraisemblance, d’aucune attache en Morbihan lorsqu’il y est nommé[10]. Ceci ne l’empêche pour autant pas de rapidement se faire un nom à Pontivy, ville où il passe l’essentiel de sa vie. Preuve d’une certaine insertion dans les réseaux notabiliaires locaux, il est en avril 1896 témoin du mariage de la fille du sous-préfet de Pontivy avec un procureur de la République[11]. En août 1898, à l’occasion de la distribution des prix du Lycée, le président de l’Association amicale des anciens élèves peut déclarer : « M. Strowski n’est plus un inconnu pour nous »[12]. On sait également qu’il est investi au sein de la Société nationale des conférences populaires, ce qui le conduit donc à toucher un public bien plus large que celui de ses seuls élèves du Lycée[13].
Au début de l’année 1900, la presse morbihannaise annonce son mariage avec « Jeanne Marie Mélanie Salmon 32 ans, veuve de Esnaud, Paul Pierre Eugène Théophile ». À cette occasion, le Journal de Ploërmel consigne le patronyme complet de l’enseignant, à savoir Strowski de Lenka, nom d’origine polonaise[14]. Sans doute est-ce pour cela que l’on trouve par la suite régulièrement dans la presse le nom de son nom d’épouse conjugué à la mode slave, Jeanne Salmon devenant « Madame Strowska ». Curieuse coquetterie en réalité que celle-ci puisque l’épouse de Stéphane Strowski est originaire de Plouescat, dans le Finistère[15]. Toujours est-il que l’union est célébrée le 18 février 1900 en la mairie de Pontivy et, visiblement, dans la plus grande discrétion[16]. Pour l’anecdote, on remarquera que Jeanne Salmon réside au 50 de la rue Nationale au moment de la naissance de son premier fils, Paul Esnaud[17]. C’est donc bien Stéphane Strowski qui s’installe au domicile de son épouse, et non l’inverse.
Sans doute sont-ce ces différents réseaux de sociabilité qui lui permettent d’entrer en politique. C’est ainsi qu’on le retrouve dès 1899 comme secrétaire-trésorier du comité républicain de Pontivy[18]. En 1919, il est président de la section locale de l’Alliance démocratique[19]. Logiquement, il figure, lors des élections municipales de 1900, sur la liste du maire républicain sortant, Pierre-Charles Langlais[20]. Ayant recueilli sur son nom 795 voix au soir du 6 mai 1900, il est élu, en dernière position mais est tout de même élu. Cette année-là, sur la liste républicaine, seul Jean Salières, lui aussi professeur au lycée de Pontivy, ne parvient pas à l’être. Deux autres enseignants de cet établissement figurent par ailleurs sur la liste, battue, d’Union républicaine : Émile Havel et François Le Lay[21]. Siégeant en tant que conseiller au sein des commissions du Bureau de bienfaisance, des Fêtes et d’attribution des bourses, Stéphane Strowski débute là une longue carrière d’élu municipal, jusqu’en 1919, et non 1935 comme on peut le lire parfois, devenant même premier adjoint en 1914[22].
Enseignant et élu, le futur président de la section pontivyenne de l’UNC est aussi un juriste émérite qui soutient, en juillet 1922, en la faculté de Rennes, une thèse de droit portant sur la censive et le fief roturier en Bretagne à l’époque médiévale[23]. Là est la conclusion d’un parcours intellectuel initié bien avant la guerre puisqu’on le retrouve, en 1903, inscrit en licence, à la faculté de Rennes[24]. Mais théoricien du droit, il décide, une fois l’heure de sa retraite d’enseignant sonnée, au mitan des années 1930, de devenir avocat[25]. C’est toutefois ainsi qu’il est présenté en février 1938 par le Journal de Pontivy, hebdomadaire qui – on le verra ultérieurement – le connaît particulièrement bien, alors qu’il n’est vraisemblablement encore que stagiaire[26]. C’est en effet l’année suivante qu’il est inscrit en tant qu’avocat de plein exercice au barreau de Pontivy[27]. Toutefois, les archives ne permettent pas de déterminer avec exactitude à partir de quand il plaide et dans quels types de procès. On retrouve néanmoins son nom dans quelques affaires sous l’Occupation, ce qui là encore devrait appeler de plus amples investigations. En novembre 1943, quelques semaines seulement après le décès de sa femme, Stéphane Strowski est même élu bâtonnier du barreau de Pontivy, le précédent ayant démissionné pour raisons de santé[28].
Intellectuel polygraphe, fait en 1932 chevalier de la Légion d’honneur au titre du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Stéphane Strowski compose naturellement des ouvrages juridiques et d’histoire du droit[29]. À commencer par sa thèse sur le droit breton médiéval, parue en 1922 et ayant fait l’objet d’une recension élogieuse par Henri Sée au sein des vénérables Annales de Bretagne[30]. Le professeur du lycée de Pontivy y est en effet comparé à un certain Marc Bloch… Mais là n’est pas son coup d’essai puisqu’en 1905, déjà, il fait paraître un Précis de droit usuel[31]. Philatéliste renommé, Stéphane Strowski publie plusieurs ouvrages spécialisés dont en 1925 un volume – chez Yvert & Tellier, soit dans la maison qui édite sa thèse de droit – sur les estampilles postales de la Grande Guerre, livre ressorti dans les années 1970 et dont la genèse a probablement dû germer au front, avec son emploi de fourrier[32].
Stéphane Strowski s’intéresse également à la chose bretonne, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être dans le viseur de quelques bretonnistes[33]. On lui doit notamment un Essai de psychologie et de caractérologie provinciale, ouvrage publié en 1952, soit deux ans seulement avant sa mort, et qui ne peut manifestement pas, à l’instar des analyses du chanoine Falc’hun sur la langue, être déconnecté de ce contexte d’après Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi qu’il affirme que « cette faculté primordiale d’aimer », qui serait le propre du « peuple breton », ne se manifeste « dans toute son ampleur, que pour de grands et nobles objets, Dieu et la religion, la Bretagne et la patrie française, le clocher de la petite patrie, les compatriotes, c’est-à-dire les hommes avec lesquels on a grandi à l’ombre de ce clocher, les petits et les humbles »[34]. Il y a là visiblement le fruit d’un long cheminement intellectuel puisqu’en 1898, à l’occasion de la distribution des prix du Lycée de Pontivy, c’est sur « le caractère breton » qu’il devise. À l’en croire, celui-ci se distinguerait par trois éléments essentiels : l’attachement au « pays », un goût prononcé pour l’idéalisme et l’imaginaire, « l’esprit de charité » enfin[35]. Pour autant, Stéphane Strowski ne paraît pas devoir être assimilé à un membre de l’Emsav[36]. Son catéchisme apparaît en effet comme très classiquement républicain, mise en lettres de la logique de gigognes identifiée par A.-M. Thiesse[37]. S’adressant à ses élèves en 1898, il leur déclare :
« Il n’y a pas deux patriotismes : le patriotisme local et l’amour de la France. Celui-ci est fait de celui-là. Si vous chérissez votre terre bretonne, vous ne pouvez manquer d’aimer la patrie française, expression vivante et concrète de toutes les provinces qui forment son harmonieuse unité. C’est parce qu’il y a une France qu’il y a encore une Bretagne […]. »[38]
Homme de lettres prolifique, on doit à Stéphane Strowski une quantité importante d’articles que, faute de recensement bibliographique, on est aujourd’hui bien en peine d’évaluer. En avril 1933, il publie ainsi dans le périodique L’Automobile au Pays picard un article sur les incendies de voitures, texte qu’il signe en se présentant comme « agrégé de l’Université » et « Capitaine de Sapeurs-pompiers »[39]. Une telle thématique pourra paraître bien surprenante. Stéphane Strowski compte pourtant parmi les volontaires du Véloce club pontivyen qui, en 1899, organisent une « course d’automobiles »[40]. Mais surtout, il est réellement sapeur-pompier volontaire. Aussi écrit-il cet article sous le signe d’une double expertise. C’est par ailleurs, d’après un article publié par le quotidien Ouest-France, en se revendiquant de cette qualité de « pompier de service » qu’il signerait un certain nombre d’articles dans le Journal de Pontivy. Si la reconnaissance optique de caractères en retrouve la trace, pour l’essentiel d’ailleurs à la fin des années 1930 et pendant l’Occupation, en renvoyant à 277 entrées, la véracité de cette information reste néanmoins à confirmer[41]. C’est cependant bien sous son nom qu’il signe au printemps 1898, dans ce journal, une série d’articles sur « La Bretagne aux Salons de Peinture ». On notera du reste que les locaux de cet hebdomadaire paraissant tous les samedis sont situés au numéro 33 de la rue nationale à Pontivy, soit à quelques mètres seulement du domicile de Stéphane Strowski. En 1938, il est même présenté comme un « collaborateur » de cette publication[42]. L’année suivante, à quelques semaines de la déclaration de guerre, il rédige la nécrologie de Maxime Cadre, maire de Pontivy pendant la Grande Guerre et dont il fut le premier adjoint[43].
De plus amples investigations permettraient certainement de mieux cerner la chronologie de son engagement au sein des sapeurs-pompiers de Pontivy. La presse révèle toutefois qu’il est en mai 1905 aux prises avec un incendie ayant infligé de graves blessures à un « apprenti horloger »[44]. Peut-être y a-t-il là la racine d’une longue carrière ? La presse permet néanmoins, toujours grâce à l’efficacité de la reconnaissance optique de caractères, de retrouver quelques-uns des jalons de son cursus honorum. L’Action républicaine du Morbihan permet ainsi d’apprendre qu’il est, en 1909, le fourrier de la compagnie de Pontivy[45]. Il y occupe donc les mêmes fonctions que sous les drapeaux, 6 ans plus tard. En avril 1912, c’est en tant que sergent-major qu’il apparaît dans les colonnes de L’Ouest-Éclair, puis comme sous-lieutenant le 15 décembre 1913, enfin comme capitaine 12 ans plus tard[46]. En 1936, il est même Inspecteur des services d’incendie et de secours[47]. Dix ans plus tard, la caméra d’Antoine Le Penven l’immortalise, casque Adrian sur la tête, lors de manœuvres de la compagnie[48]. Ajoutons que ces fonctions, qui sont par nature dangereuses, peuvent aussi être très politiques. C’est ainsi qu’au printemps 1919, alors qu’il vient d’être démobilisé, Stéphane Strowski doit faire face à une grève de sa compagnie. En effet, les hommes refusent l’augmentation proposée par le Conseil municipal – au sein duquel, rappelons-le, il siège en tant que premier adjoint – et réclament une solde annuelle de 50 francs, « tant pour les sapeurs que pour les sous-officiers »[49]. Certes, cette chronologie est indicative et demande à être reçue avec prudence. Mais on ne peut toutefois pas ne pas être frappé par le contraste entre les rangs de pompier et de militaire de Stéphane Strowski, puisqu’il n’accède jamais à l’épaulette pendant la Grande Guerre.
La presse morbihannaise permet de retracer à gros traits l’histoire de la création de la section de l’UNC de Pontivy. Certes des zones d’ombre demeurent mais il est toutefois possible d’établir ce qui suit. Avant même l’Armistice, Stéphane Strowski s’intéresse aux questions entourant le souvenir de la Grande Guerre. En avril 1918, il profite selon toute vraisemblance d’une permission pour siéger au Conseil municipal qui, dans une séance extraordinaire, vote un crédit exceptionnel de 10 000 francs pour l’érection d’un « Monument communal aux Morts pour la Patrie »[50]. Démobilisé le 12 février 1919, il effectue son retour définitif dans ses fonctions de premier adjoint le 6 avril suivant et, à cette occasion, s’exprime au nom des « Poilus présents, [de] retour de la guerre » :
« Pendant 4 ans dit-il, nous avons fait notre devoir, parfois dans des moments bien critiques. Nous sommes heureux d’avoir été nous aussi, dans la faible mesure où nous l’avons pu, les agents de la victoire. »[51]
Un des dossiers qui semblent occuper prioritairement Stéphane Strowski au sein l’assemblée municipale à cette époque est, visiblement, la construction du Monument aux morts. Or, il est difficile de ne pas se demander s’il n’est pas possible de voir dans ce Comité d’érection un embryon de la section locale de l’UNC. On remarque d’ailleurs qu’en avril 1919, lorsque celui-ci se réunit pour décider du lancement d’une souscription publique, Stéphane Strowski apparaît à la vice-présidence[52]. D’ailleurs, il s’engage à lui-même participer à la collecte des fonds, en faisant du porte-à-porte[53]. Or là n’est pas son seul engagement au sein du monde combattant. En mai 1919, le Journal de Pontivy indique qu’il préside la section locale de la Société des mutilés de guerre, alors qu’il n’est ni amputé, ni même blessé[54].
Quelques semaines plus tard, à l’occasion des Fêtes de la Victoire, c’est en tant que premier adjoint au Maire que Le Journal de Pontivy évoque sa présence. Mais tout porte à croire qu’à cette occasion il rencontre Charles Frédouët, présenté comme « secrétaire général de L’Ouest-Éclair » mais aussi pionnier méconnu de l’implantation de l’UNC en Ille-et-Vilaine[55]. Faut-il dès lors en déduire que c’est à cette occasion que germe l’idée de créer à Pontivy une section ? Aucune archive ne permet à notre connaissance de confirmer cette hypothèse mais celle-ci est fort plausible. Dans ce cadre, l’UNC viendrait réaliser une sorte de syncrétisme associatif profitant de la dynamique engendrée autour du Comité d’érection et des différentes instances présidées par Stéphane Strowski. Il y aurait là, du reste, un passage de la parole aux actes puisque, lors de son retour au Conseil municipal, le 6 avril 1919, juste après sa démobilisation, l’ancien territorial déclare vouloir « travailler avec plus de zèle, et aussi plus d’union »[56]. Une profession de foi qui vaut pour le responsable politique mais aussi associatif.
Or la chronologie semble confirmer ce raisonnement. Le 2 août 1919, Stéphane Strowski organise au théâtre municipal « une réunion préparatoire pour la création à Pontivy d’un groupement, ouvert à tous ceux qui ont été sous les Drapeaux de 1914 à 1918 » et précise que « les Veuves, les pères et mères, des militaires morts pour la France y sont spécialement convoqués ». Annonçant ce rassemblement, Le Journal de Pontivy donne quelques précieux éléments :
« L’Association projetée entend exclure absolument toute question de parti : on n’y tiendra aucun compte des divergences politiques ou confessionnelles : on y maintiendra l’esprit de concorde qui a fait la victoire des Armées et de la Nation française toute entière. »[57]
Comment ne pas voir là les prémices de la méthode préconisée à la fin de l’année 1919 par Charles Frédouët pour mettre sur pied une section de l’UNC ?[58] En effet, si le communiqué publié le 2 août 1919 par le Journal de Pontivy ne dévoile pas la fédération nationale à laquelle est adossé le projet, il apparaît lors de cette réunion constitutive que c’est bien de l’UNC dont il s’agit. Élu président de la séance et du comité provisoire, avant que n’ait lieu la semaine suivante, toujours au théâtre municipal, l’assemblée général constitutive, Stéphane Strowski fait voter l’adresse suivante, qu’il est néanmoins difficile de ne pas relier à de très anciennes pratiques partisanes :
« 300 soldats de la Grande Guerre réunis au théâtre de Pontivy, pour y fonder une section de l’Union nationale des combattants, adressent respectueusement au Président Clemenceau, premier poilu de France, l’hommage de leur admiration et de leur reconnaissance, pour la façon décisive dont il organisé la Victoire et conquis une paix glorieuse. Ils ont pleine confiance dans son énergie et sa clairvoyance pour donner à la France, grâce à l’union et la concorde intérieure, l’essor économique et le progrès social qui lui sont dûs. »[59]
Mais, le 9 août 1919, l’assemblée est visiblement clairsemée au théâtre municipal et à l’évidence bien loin des 300 poilus revendiqués par le comité provisoire de l’UNC. Le Journal de Pontivy, pourtant peu critique quand il s’agit de Stéphane Strowski et de ses divers engagements, confesse d’ailleurs qu’ils étaient « peut-être pas très nombreux », tout en s’empressant de mentionner la présence d’un « certain nombre de veuves de guerre ». Toujours est-il que le bureau de la toute nouvelle section est élu ce soir-là, trahissant un œcuménisme qui est bien dans la ligne de cette association dont la devise est « Unis comme au front ». En effet, outre Stéphane Strowski, nommé président, on trouve à la vice-présidence un secrétaire de la sous-préfecture et en tant qu’assesseur un sacristain. Plus significatif encore de cette volonté de perpétuer le mythe de l’Union est sacrée est la liste des présidences d’honneur, celles-ci étant dévolues au sous-préfet, au commandant la place d’armes, officier qui est également à la tête du 2e régiment de chasseurs, au maire ainsi qu’à un curé-archiprêtre[60].
Il est difficile de ne pas remarquer que quelques semaines seulement après son élection à la présidence de l’UNC, Stéphane Strowski renonce à briguer un nouveau mandat au sein du Conseil municipal[61]. Faut-il imputer ce choix au désir de préserver le caractère apartisan de l’association ? Certes, on pourra toujours avancer – à raison du reste – que l’emploi du temps du professeur de philosophie du Lycée, alors âgé de près de 50 ans, est d’autant plus chargé que la présidence d’une telle structure est particulièrement chronophage. À cette époque, l’UNC tient par exemple tous les dimanches matin, à « l’école des garçons », une permanence « à la disposition des démobilisés et des veuves de guerre pour toutes démarches à faire »[62]. Mais, soucieuse de se créer une trésorerie, l’association se doit également d’être particulièrement dynamique pour faire rentrer des fonds et « distribuer des secours temporaires aux veuves, aux orphelins, aux parents des militaires morts, qui se trouveraient dans le besoin, aux réformés sans pension ou avec pension insuffisante, aux poilus unionistes qui seraient dans la gêne ». Aussi prévoie-t-elle d’organiser une « matinée théâtrale, payante, en demandant le concours des amateurs et des artistes pontivyens »[63]. Or tout cela prend beaucoup de temps, ce d’autant plus que Stéphane Strowski est visiblement, en cette aube des années 1920, plongé dans la rédaction de sa thèse.
Toujours est-il qu’à Pontivy, tout porte à croire que l’UNC bénéficie pour partie de l’agrégation de forces venues d’autres entités, qu’il s’agisse de l’association des mutilés ou du Comité pour l’érection du monument aux morts, et qu’elle sait s’appuyer sur les autorités locales existantes : la sous-préfecture, la mairie, le régiment de chasseurs sans oublier le clergé, toujours influent en Bretagne, plus encore peut-être en Morbihan où la figure d’Alcime Gouraud, évêque de Vannes, est de celles avec qui il faut nécessairement composer[64]. Là n’est pas un cas unique puisque ce sont, en maints endroits, ces différentes dynamiques locales qui expliquent le succès retentissant de cette association. Dès les années 1970 l’historien A. Prost rappelle que l’UNC devient en moins d’un an, puisqu’elle est fondée seulement le 11 novembre 1918, le plus puissant au niveau national des groupements d’anciens combattants. Même la personne que la section de Pontivy désigne pour assurer la présidence paraît conforme à ce qui s’observe ailleurs. En effet, l’association « recrute ses dirigeants dans la bourgeoisie bienpensante des hommes de loi et des médecins, ou des cadres du secteur privé, et son implantation semble réussir surtout dans les régions traditionalistes, où les notables conservent leur influence »[65].
Aussi la perpétuation des hiérarchies habituelles importerait plus que de spectaculaires états de services. Mais le capital symbolique, entendu ici dans sa dimension strictement combattante, de Stéphane Strowski ne saurait pour autant être considéré comme étant de faible envergure. Le penser reviendrait d’ailleurs à postuler que l’on peut accéder à la présidence d’une section locale de l’UNC, sise de surcroît dans une commune chef-lieu d’arrondissement, sans avoir eu à souffrir de la Grande Guerre, comme si celle-ci avait été sans conséquences sur le renouvellement des élites et des sphères notabiliaires. Par extension, cela reviendrait à nier le caractère bleu horizon de la Chambre élue à l’automne 1919. Or on sait que lors de cette campagne électorale, les états de service comptent au moins autant que le faire-savoir qui doit les entourer. Pour l’avoir ignoré, Joseph de Gouyon de Coipel perd son siège de député de la deuxième circonscription du Morbihan. Or Stéphane Strowski est aussi un mari, un père, et un beau-père. Et c’est cette histoire familiale qui lui confère le capital qui, in fine, lui permet d’accéder à la présidence de l’UNC de Pontivy.
Pendant la Grande Guerre, si on retrouve à intervalles réguliers le nom de Strowski dans la presse morbihannaise, c’est moins celui du professeur mobilisé que de sa femme, Jeanne. En effet, celle-ci intervient dans de nombreuses œuvres de bienfaisance. En 1915, on la trouve ainsi investie lors de la journée en faveur de l’Orphelinat des armées, initiative par ailleurs née dans des milieux fermement républicains mais n’ayant manifestement pas réactivé à Pontivy les controverses qui peuvent s’observer ailleurs[66]. Ceci s’explique peut-être pour partie par un engagement parallèle au sein de l’Œuvre diocésaine des orphelins de guerre »[67]. En décembre 1916, elle est investie dans l’organisation d’un arbre de Noël pour les « petits bambins de l’école maternelle » dont les pères sont au front[68]. Les enfants du couple sont également impliqués dans cette mobilisation en faveur de l’effort de guerre et, en septembre 1915, c’est la petite Jeanne, née en 1901, qui est sur le front à l’occasion d’une kermesse[69]. Quant au benjamin de la famille, Michel, alors pas encore âgé de 7 ans, il monte sur scène à l’occasion d’une « matinée artistique »[70]. Surtout, Jeanne Strowski préside le comité pontivyen du Paquet des prisonniers de guerre, association qu’elle crée au début de l’année 1915 et qui est destinée à « apporter quelques adoucissements à la vie toute de privations de nos malheureux compatriotes qui sont détenus dans les geôles allemandes »[71]. Malgré une pagination restreinte du fait des restrictions de papier, la presse permet d’entrapercevoir les multiples activités de cette œuvre qui organise de nombreuses quettes, « séances récréatives », concerts ou encore kermesses. À en croire le Journal de Pontivy, ce ne sont pas moins de 1 220 colis qui sont expédiés au cours des mois de novembre et décembre 1915 au profit des captifs[72]. Dans la région, cette association est tellement liée à l’épouse du professeur de philosophie du Lycée qu’elle est désignée par la presse comme étant « l’œuvre de Mme Strowka » (sic !) [73]. Précisons du reste que ces activités ne sauraient nullement être appréhendées sous le seul angle des circonstances. Les archives permettent en effet d’établir qu’à la Belle époque Jeanne Strowski compte parmi les Dames françaises de la Croix rouge pontivyenne où elle assure, manifestement, la fonction de trésorière[74]. Or, si cette association peut ponctuellement venir en aide aux civils, son action est, dès le tournant du siècle, surtout orientée vers les « Militaires blessés ou malades »[75].
Né le 10 janvier 1889, Paul Esnaud n’est pas le fils biologique de Stéphane Strowski mais celui de Pierre Esnaud, procureur de la République de Pontivy, marié en 1887 à Jeanne Salmon et décédé subitement en 1895[76]. On ne sait s’il bénéficie d’une mesure formelle d’adoption mais l’affection sincère que lui porte le professeur de philosophie transparaît à travers les archives. Ayant grandi dans un milieu de juristes, encore plus si l’on veut bien prendre en compte le cheminement intellectuel de son beau-père, Paul Esnaud entreprend des études de droit avant d’exercer comme avocat à Paris, où il est « attaché au Parquet de la Seine »[77]. Déclaré bon pour le service armé mais bénéficiant de deux sursis du fait de ses études, il effectue son service militaire au 103e RI, unité dont les bataillons tiennent garnison à Alençon et Paris, du 23 novembre 1911 au 23 novembre 1913. Son temps sous les drapeaux donne manifestation toute satisfaction à l’institution, comme en témoignent le certificat de bonne conduite qui lui est accordé ainsi que sa promotion au grade de caporal. Pourtant, mobilisé en août 1914, Paul Esnaud ne profite, malgré son capital socio-culturel évident, que tardivement des opportunités qu’offre le conflit. Il est probable que cette trajectoire contrariée puisse être imputée au fait que le jeune avocat parte en campagne non sous l’uniforme du 103e RI, où il est honorablement connu, mais sous celui du 62e de Lorient, unité certes morbihannaise mais où ses qualités sont, lors de l’été 1914, ignorées. Nommé sergent le 1er avril 1916, il ne devient aspirant en effet que le 1er avril 1916 pour accéder à l’épaulette le 20 juin 1916. Sans doute cette promotion a-t-elle à voir avec la citation à l’ordre de la division qui lui est décernée le 16 novembre suivant : il n’est en effet jamais inutile d’assoir l’autorité légale-rationnelle d’un officier fraîchement nommé avec un surplus de capital symbolique. Toujours est-il que c’est avec le grade de sous-lieutenant que Paul Esnaud, qui occupe manifestement la fonction prestigieuse de porte-drapeau du régiment, est fauché par un éclat d’obus, le 28 septembre 1917, dans le secteur de Jouy, dans l’Aisne[78]. Ni le journal des marches et opérations de l’unité, particulièrement lacunaire, ni l’historique officiel publié en 1920, ne permettent d’en savoir plus[79]. La nouvelle du décès circule manifestement assez vite et, trois semaines plus tard, un communiqué est publié dans le Journal de Pontivy : « M. et Mme Strowski et leurs enfants adressent leurs remerciements les plus émus à toutes les personnes qui leur ont apporté des témoignages de sympathie dans le malheur qui vient de les frapper par la mort de M. Paul Esnaud, attaché au Parquet de la Seine, sous-lieutenant au 62e régiment d’infanterie, leur fils, beau-fils et frère tué à l’ennemi le 28 septembre 1917 »[80].
Mort pour la France, l’avocat pontivyen est d’abord inhumé dans la zone des armées avant que sa dépouille fasse l’objet de de mesures de rapatriement et soit réinhumée dans le Morbihan, le 23 mai 1922[81]. À cette occasion, le sous-lieutenant reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Si la presse morbihannaise n’en dit pas beaucoup plus à propos de ses obsèques, il est important de noter que Stéphane Strowski est à chaque fois associé au deuil en sa qualité de beau-père du défunt[82]. Le professeur du Lycée et sa femme n’hésitent d’ailleurs pas à faire publier dans Le Journal de Pontivy un mot de « remerciements » priant « toutes les personnes qui ont assisté aux obsèques ou qui leur ont exprimé leur sympathie, dans ces douloureuses circonstances, d’agréer l’expression de leur gratitude la plus vive et la plus émue »[83]. Or là est un point essentiel du point de vue du capital symbolique : occupant une position certaine de notabilité, Stéphane Strowski a non seulement fait la guerre mais en souffre par la perte d’un enfant, chose à laquelle bon nombre d’anciens combattants peuvent s’identifier.
Cette logique doit jouer d’autant plus que Paul Esnaud n’est pas le seul beau-fils du futur président de l’UNC de Pontivy à être mobilisé. Né le 27 mai 1891, Pierre Esnaud est lui aussi étudiant en droit au moment de son passage devant le Conseil de révision, ce qui l’amène à faire valoir son droit de sursis. Aussi n’est-il incorporé qu’en octobre 1913 pour son service militaire, qu’il effectue aussi au 103e RI. Mais cette unité tenant garnison à Paris et en Normandie, il n’est pas certain qu’il côtoie son frère pendant les quelques semaines ou les deux jeunes bretons sont sous les drapeaux. Toujours est-il que c’est en tant que soldat de 2e classe assurant les fonctions – éminemment stratégiques bien que résolument administratives – de secrétaire de l’officier des détails du 103e RI qu’il est mobilisé, ce qui lui vaut d’être affecté à la compagnie hors-rang du régiment en juillet 1916. On comprend dès lors que sa campagne soit plus comparable à celle de son beau-père, Stéphane Strowski, qu’à celle de son frère, le sous-lieutenant Paul Esnaud. Pierre Esnaud est en effet démobilisé en août 1919 comme simple soldat de 2e classe. S’il a bien le droit à la carte du combattant, il n’est pas cité à l’ordre et ne peut que se prévaloir du port de la Médaille commémorative de la Victoire[84]. Quant aux enfants que Stéphane Strowski a avec Jeanne Salmon, ils sont trop jeunes pour être mobilisés en 1914-1918. L’ainé, Jean, voit le jour en 1902 ; sa sœur aînée Jeanne l’année précédente, le benjamin, enfin, Michel en 1909[85].
C’est bien, en définitive, le deuil de ce sous-lieutenant Paul Esnaud, son beau-fils, qui confère à Stéphane Strowski le capital symbolique nécessaire à l’accession à la présidence de la section pontivyenne de l’UNC. Ni sa propre guerre, ni celle de son autre beau-fils, Pierre Esnaud, ni même l’activisme de sa femme pendant le conflit, ne paraissent de nature à lui donner la stature nécessaire à un tel mandat. Certes, la logique cumulative des expériences n’est pas à négliger. De même, on sait que le professeur de philosophie du lycée de Pontivy est non seulement une personne estimée mais respectée et ayant démontré de réelles aptitudes à la gestion d’une institution. En mai 1919, le Journal de Pontivy indique d’ailleurs qu’il préside la section locale de la Société des mutilés de guerre alors qu’il n’est ni amputé, ni même blessé[86]. Dans ce cadre, la connexion avec Charles Frédouët semble déterminante mais si, faute d’archives, il est difficile d’en préciser la teneur exacte. Mais plus encore, de par son temps sous les drapeaux et, surtout, la mort de son beau-fils, Stéphane Strowski est moralement en mesure de représenter les différentes catégories de victimes du conflit, comme en octobre 1922, à l’occasion de l’inauguration du monument aux morts, où il parle au nom « des frères d’armes des morts »[87].
[1] Tisserand, François, Le Linge tombeau des Chasseurs. Mémoires d’un Chasseur alpin, Orbey, Association du Mémorial du Linge, 2004, p. 25.
[2] Je remercie très sincèrement David Rivoallan Le Coz de m’avoir mis sur la piste de cet individu au parcours pour le moins stimulant.
[3] Arch. dép. Haute-Gar. : 11 R 173.1021.
[4] Mariot, Nicolas, Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple, Paris, Le Seuil, 2013, p. 14.
[5] Ce d’autant plus si l’on considère les parcours du grand-père, du père et du frère de Stéphane Strowski.
[6] SHD-DAT : 26 N 786/1, JMO 55e RIT, 5 août 1914, 13 mars 1916.
[7] Historique du 55e régiment d’infanterie territoriale, Paris, Librairie militaire universelle, 1920.
[8] Les archives municipales de Pontivy conservent quelques cartes postales adressées pendant le conflit au couple Strowski mais celles-ci n’éclairent pas l’expérience de guerre du futur président de la section de Pontivy de l’UNC.
[9] « Mutations dans le personnel des fonctionnaires du Morbihan », L’Avenir de Bretagne, 4e série, 10e année, n°80, 18 octobre 1894, p. 2 ; « Lycée de Pontivy », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 21e année, n°40, 7 octobre 1894, p. 1.
[10] Strowski, Stéphane, Les Bretons. Essai de psychologie de caractérologie provinciales, Rennes, Plihon éditeur, 1952, p. 7. L’origine bretonne de sa mère est confirmée par Charle, Christophe, « Strowski de Robkowa (Fortunat, Joseph », Les professeurs de la faculté des lettres de Paris. Dictionnaire biographique 1909-1939, Paris, Institut national de la recherche pédagogique, 1986, p. 202. Arch. dép. Mayenne : 4 E 159/139 confirme que sa mère, Julie, Adélaïde Laurence, quoi que née à Laval, serait d’ascendance, tant paternelle que maternelle, nantaise.
[11] « Carnet de mariage », Le Nouvelliste du Morbihan, 36e année, n°34, 27 avril 1896, p. 2-3.
[12] « Distribution du Lycée », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 25e année, n°34, 14 août 1898, p. 2.
[13] « À propos des conférences populaires », Journal de Ploërmel, 22e année, 7 janvier 1900, p. 2. Sur le sujet, voir Corbin, Alain, Les Conférences de Morterolles (hiver 1895-1896). À l’écoute d’un monde disparu, Paris, Flammarion, 2011.
[14] « Pontivy – mariages », Journal de Ploërmel, 22e année, 25 février 1900, p. 3 ; « Pontivy – mariages », Le Phare de Bretagne, 27e année, n°16, 24 février 1902, p. 3 ; « Pontivy – Promesses de mariages », L’Avenir du Morbihan, 22e année, n°2969, 17 février 1900, p. 3.
[15] Arch. dép. I&V : 10 NUM 35236 584, acte n°40. L’état-civil de la commune de Plouescat n’est pas consultable sur le site des Archives départementales du Finistère.
[16] Arch. dép. Morbihan : 4E_178_053-0001, acte n°61.
[17] Arch. dép. Morbihan : 4E_178_065-000, acte n°11.
[18] « Les Journaux », L’Avenir du Morbihan, 21e année, n°2857, 4 janvier 1899, p. 2. Son nom commence à apparaître à cette époque dans des controverses qui, encore trop nébuleuses, nécessiteraient de plus amples investigations.
[19] « Lettre ouverte », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°49, 7 décembre 1919, p. 1.
[20] « Documents électoraux », L’Avenir du Morbihan, 22e année, n°2993, 2 mai 1900, p. 3.
[21] « Résultats de l’Élection de la Commune de Pontivy (6 mai 1900) », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 27e année, n°19, 13 mai 1900, p. 2.
[22] « Conseil municipal de Pontivy », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 27e année, n°21, 27 mai 1900, p. 2-3 ; « Lettre ouverte », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 47e année, n°49, 7 décembre 1919, p. 1 montre que Stéphane Strowski décide de lui-même de ne pas se présenter aux élections municipales.
[23] « Faculté de droit », L’Ouest-Éclair, 23e année, n°7548, 4 juillet 1922, p. 4.
[24] « Faculté de droit », L’Ouest-Éclair, 5e année, n°1440, 29 juillet 1903, p. 2.
[25] « Le Départ en retraite de M. Strowski, professeur de philosophie au Lycée », L’Ouest républicain, 17e année, n°23, 19 mars 1936, p. 4.
[26] « Nécrologie », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 66e année, n°6, 6 juin 1938, p. 2 ; « Au Tribunal », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 66e année, n°13, 27 mars 1938, p. 2.
[27] « Constitution d’un barreau », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 67e année, n°273, 2 juillet 1939, p. 2.
[28] « Nouveau bâtonnier », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 71e année, n°45, 14 novembre 1943, p. 1.
[29] « Dans la Légion d’honneur », L’Ouest-Éclair, 33e année, n°12899, 1er mars 1932, p. 4.
[30] Strowski, Stéphane, La Censive et le fief roturier en Bretagne : contribution à l’étude du droit breton médiéval, Amiens, Yvert & Tellier, 1922.
[31] Strowski, Stéphane, Précis de droit usuel, Paris, P. Paclot, 1905.
[32] Strowski, Stéphane, Les Estampilles postales de la Grande Guerre, Amiens, Yvert & Tellier, 1925. « Bibliographie », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 50e année, n°29, 16 juillet 1922, p. 1.
[33] Sur ce point, voir les travaux en cours de David Rivoallan Le Coz.
[34] Strowski, Stéphane, Les Bretons. Essai de psychologie de caractérologie provinciales, Rennes, Plihon éditeur, 1952, p. 461. Voir la recension qu’en donne Albert Burloud dans les Annales de Bretagne en 1953.
[35] « Distribution des prix au Lycée de Pontivy », Le Phare de Bretagne, 22e année, n°95, p. 2. Voir aussi « La Distribution des Prix au Lycée », Le Pontivyen, 1e année, n°18, 8 août 1898, p. 3 ainsi que « Distribution des Prix », L’Avenir du Morbihan, 21e année, n°2260, 5 août 1898, p. 2 et « Distribution des prix au lycée », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 25e année, n°31, 1 août 1898, p. 2.
[36] Henry, Lionel, Dictionnaire biographique du mouvement breton, Fouesnant, Yoran Embanner, 2013 ne lui consacre par exemple aucune notice.
[37] Thiesse, Anne-Marie, Ils apprenaient la France. L’exaltation des régions dans le discours patriotique, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme, 1997 ; La création des identités nationales, Europe XVIIIe – XXe siècle, Paris, Seuil, 2001. Voir aussi, toujours de cette autrice, La Fabrique de l’écrivain national. Entre littérature et politique, Paris, Gallimard, 2019.
[38] « Distribution des prix au Lycée de Pontivy », Le Phare de Bretagne, 22e année, n°95, p. 2.
[39] Repris sous le titre « Au feu ! Au feu ! », La Semaine automobile, 7e année (nouvelle série), n°225, 1er avril 1933, non paginé.
[40] « La Course d’automobiles », Le Pontivyen, 2e année, n°29, 22 juillet 1899, p. 2.
[41] Evanno, Yves-Marie, « Le Centre d’information du Morbihan ou la difficile application d’une propagande locale durant la guerre 39-40 », En Envor, revue d’histoire contemporaine en Bretagne, n°9, p. 12 indique que Stéphane Strowski participe un temps aux activités de cette instance, étant momentanément retraité.
[42] « À l’Institut », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 66e année, n°4, 23 janvier 1938, p. 1.
[43] Strowski, « Maxime Cadre. Maire de Pontivy pendant la Grande Guerre 1914-1919 », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 67e année, n°22, 28 mai 1939, p. 1-2.
[44] « Brûlé vif », Le Courrier morbihannais, 10e année, n°38, 14 mai 1905, p. 3. « Trait de courage », Journal de Ploërmel, 29e année, 7 mai 1905, p. 1 suggère même que ce jeune homme est sauvé par Stéphane Strowski. « Trait de courage à Pontivy », Le Phare de Bretagne, 30e année, n°35, 10 mai 1905, p. 2 précise que Stéphane Strowski est alors président d’une compagnie de théâtre, les Korrigans.
[45] « La Sainte-Barbe », L’Action républicaine du Morbihan, 2e année, n°5, 17 janvier 1909, p. 3
[46] « Nos tireurs », L’Ouest-Éclair, 13e année, n°4819, 4 avril 1912, p. 4 ; « Un Incendie », L’Ouest-Éclair, 15e année, n°5465, 15 décembre 1913, p. 5 ; « Médaille d’honneur des sapeurs-pompiers », L’Ouest-Éclair, 26e année, n°8668, 13 juillet 1925, p. 6.
[47] « Chez nos sapeurs-pompiers », L’Ouest- républicain, 17e année, n°63, 9 août 1936, p. 6.
[48] Cinémathèque de Bretagne : Pontivy [7401].
[49] « Nos pompiers en grève », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°16, 20 avril 1919, p. 1.
[50] Arch. dép. Morbihan : 2 0 178, délibération du Conseil municipal de Pontivy, 6 avril 1918.
[51] « Conseil municipal », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°15, 13 avril 1919, p. 1.
[52] « Monument pour les morts », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°16, 20 avril 1919, p. 1.
[53] « Monument aux morts », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°17, 27 avril 1919, p. 1.
[54] « Grande tombola », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°18, 4 mai 1919, p. 1.
[55] « Les Fêtes de la Victoire », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°29, 20 juillet 1919, p. 1.
[56] « Conseil municipal », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°15, 13 avril 1919, p. 1.
[57] « Une Association de Poilus », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°31, 2 août 1919, p. 1.
[58] Frédouët, Charles, « Anciens combattants, organisez-vous », L’Ouest-Éclair, 21e année, n°7285, 27 décembre 1919, p. 1.
[59] « Une Société de combattants », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°32, 10 août 1919, p. 1.
[60] « Union nationale des combattants », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°38, 17 août 1919, p. 1.
[61] « Lettre ouverte », Journal de Pontivy et de son arrondissement, 47e année, n°49, 7 décembre 1919, p. 1.
[62] « À l’Union des combattants », Courrier de Pontivy et de son arrondissement, non numéroté et non daté mais référencé comme étant du 4 janvier 1920 par les Archives départementales du Morbihan, p. 3.
[63] « Union nationale des combattants », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°1, 4 janvier 1920, p. 2 ;
« Pontivy », Le Progrès du Morbihan, 37e année, n°1, 3 janvier 1920, p. 3. Cette source indique que l’association de mutilés de Pontivy continue d’exister mais ne précise pas si Stéphane Strowski en assure toujours la présidence.
[64] Pour de plus amples développements je me permets de renvoyer à Le Gall, Erwan, « Le culte d’un saint comme outil politique du temps présent : la Grande Guerre de Vincent Ferrier », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, n°129-2, 2022, p. 127-147.
[65] Prost, Antoine, Les Anciens Combattants et la société française, 1914-1939, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1977, Tome I, p. 58-63 (p. 62 pour la citation).
[66] « La Journée des Orphelins », Le Nouvelliste du Morbihan, 28e année, n°157, 4 juillet 1915, p. 2.
[67] « Œuvre diocésaine des orphelins de guerre », Semaine religieuse du diocèse de Vannes, 50e année, n°31, 29 juillet 1916, p. 608.
[68] « Fête de l’arbre de Noël », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 44e année, n°51, 24 décembre 1916, p. 1 ; « L’Arbre de Noël des petits », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 44e année, n°52, 31 décembre 1916, p. 1.
[69] « Pour les blessés », Le Nouvelliste du Morbihan, 28e année, n°214, 9 septembre 1915, p. 3. Pour une mise en perspective Pignot, Manon, Allons enfants de la patrie : génération Grande Guerre, Paris, Seuil, 2012.
[70] « Matinées artistiques », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 43e année, n°3, 16 janvier 1916, p. 1.
[71] « Pontivy pendant la Guerre », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 42e année, non numéroté, 21 mars 1915, p. 2.
[72] « Paquet du Prisonnier », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 43e année, n°1, 2 janvier 1916, p. 1.
[73] « L’œuvre de Mme Strowka », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 42e année, n°48, 24 octobre 1915, p. 1 : « Œuvre de Mme Strowska », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 42e année, n°50, 12 décembre 1915, p. 2.
[74] « Dames françaises de la Croix Rouge », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 27e année, n°25, 24 juin 1900, p. 2 ; « Croix-Rouge Française », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 27e année, n°26, 1er juillet 1900, p. 2 ; « Une bonne pensée », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 27e année, 5 août 1900 n°31, p. 2.
[75] « L’Association des Dames Françaises et l’épidémie de Gourin », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 27e année, n°45, 11 novembre 1900, p. 2.
[76] Arch. dép. I&V : 10 NUM 35236 584, acte n°40; Arch. dép. Morbihan : 4E_178_065-000, acte n°11 et 4E_178_061-0001, acte n°153. Cette dernière archive permet d’établir que Paul Esnault naît dans un environnement de profession juridiques. En effet, le frère de son père est avoué et le beau-frère de son père est juge d’instruction.
[77] « Remerciements », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 45e année, n°43, 21 octobre 1917, p.1.
[78] Arch. dép. Morbihan : r_2073.2676 ; « Nos Grands morts », Le Progrès du Morbihan, 39e année, n°22, 28 mai 1922, p. 3 ; « Avis de convoi », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 50e année, n°21, 21 mai 1922, p. 2 ; « Obsèques », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 50e année, n°22, 28 mai 1922, p. 2.
[79] SHD-DAT : 26 N 656/5, JMO 62e RI, 1er janvier 1917 – 6 juin 1918 ; Historique du 62e régiment d’infanterie (1914-1918), Paris, Henri-Charles Lavauzelle, 1920.
[80] « Remerciements », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 45e année, n°43, 21 octobre 1917, p.1. Pour une mise en perspective voir Deperchin, Annie, La Justice à l’épreuve de la Guerre. Magistrats et avocats pendant le premier conflit mondial, Paris, L’Harmattan, 2023.
[81] « Pontivy », L’Ouest-Éclair, 22e année, n°7504, 21 mai 1922, p. 6 ; « Inhumation de militaires ramenés du Front », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 50e année, n°21, 21 mai 1922, p. 2. Pour de plus amples développements, Pau, Béatrix, Le Ballet des morts. État, armée, familles : s’occuper des corps de la Grande Guerre, Paris, Vuibert, 2016.
[82] « Obsèques de braves », L’Ouest républicain, 3e année, n°39, 28 mai 1922, p. 3 ; « Nos Grands morts », Le Progrès du Morbihan, 39e année, n°22, 28 mai 1922, p. 3 ; « Obsèques », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 50e année, n°22, 28 mai 1922, p. 2.
[83] « Remerciements », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 50e année, n°22, 28 mai 1922, p. 2.
[84] Arch. dép. Morbihan : r_2242.909.
[85] Arch. dép. Morbihan : 6 M 243/1911, recensement de Pontivy 1911, feuillet n°21 et 1 R 1338. 239.
[86] « Grande tombola », Journal de Pontivy et de de son arrondissement, 47e année, n°18, 4 mai 1919, p. 1.
[87] « L’Inauguration du monument aux morts », L’Ouest-Éclair, 24e année, n°7682, 16 octobre 1922, p. 4.
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Erwan Le Gall (9 septembre 2026). Stéphane Strowski : un notable président de l’UNC. Ar Brezel. Consulté le 10 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16qx0
